Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'Homme en Noir

L'Homme en Noir

instants de chroniques pour du temps à perdre !


Inglorious battles

Publié par Nicolas Koredly sur 20 Juin 2016, 11:45am

Inglorious battles

L'épisode 9 de la série est, par convention, un épisode charnière qui annonce l'aboutissement de la saison, tant en termes d'argent que de sensations fortes. La saison 5 s'était plantée en fournissant le pic avec l'épisode 8 (décidément la 5 avait tout planté). Si la saison 4 avait fourni un épisode 9 avec une réalisation top niveau, le récit s'était emmêlé dans un besoin d'épique qui allait mal avec les faibles moyens d'une série.

Où en sommes--nous dans cette saison qui, si elle s'annonce meilleure que la précédente, se retrouve vite acculée aux limites de son modèle ? Et qu'est-ce que ça annonce dans un projet aussi problématique que Game of Thrones ? Avec une analyse de fond que je vous propose aujourd'hui, où on va revenir sur le destin de Jon Snow, on va observer ensemble le résultat de six années de tentative d'épique télévisuel.

On attaque !

1/ Tout en haut de l'terril

Visiblement, cet épisode 9 de "bataille" sera différent de ses prédécesseurs en cela qu'on verra un autre arc continuer en parallèle. Eh oui mes amis, on a bien droit à prèsde 15 minutes à Meereen (soit plus de temps encore que la durée effective de la bataille) pour voir la conclusion de ce qu'on avait observé dans l'épisode précédent, à savoir l'attaque des esclavagistes et le retour de Daenerys.

La blonde est de retour, et Tyrion a l'air particulièrement effrayé qu'elle décide de faire du nain le plat principal de sa folie destructrice (re)nouvellement acquise. Il parvient néanmoins à lui faire entendre raison sur la nécessité de ne pas devenir, à l'image de son père, un avatar de la destruction totale.

Donc, plutôt que de laisser libre cours à son envie de destruction, on conseille à Daenerys de faire UNE démonstration de force, qui s'avère au final... Ben, cheap, il faut l'avouer. Okay, c'est la première fois depuis longtemps qu'on a les trois dragons dans le même plan, et ils ont bien grossi. Sauf que là, excusez moi, mais trois dragons galèrent quand même beaucoup à cramer UN navire. D'accord ils se concentrent pour bien le démonter, mais comparez ça au fait qu'un petit Drogon a quasiment pris Yunkai tout seul.

La scène est jolie (j'aime beaucoup le démarrage de l'épisode), mais on est et on reste en deçà de ce qu'on aurait pu espérer, notamment la charge des Dothraki contre les vingt Fils de la Harpie qui ont décidé de... sortir devant les remparts tuer des gens qui passaient par là. Admettons...

Après tout ça, les maîtres décident de se rendre, et Tyrion en épargne uniquement un qui rentrera seul à Astapor prévenir que, maintenant, faut plus déconner.

Quand on retrouve nos joyeux amis, c'est parce que les navires Greyjoy semblent être arrivés. Apparemment la scène lesbienne de Yara inaugurait surtout la possible interaction entre la reine et elle. C'est relativement cohérent, mais l'échange reste un peu "programme politique" et donne une certaine impression de remplissage.

Remplissage ? Oui oui, j'ai osé le dire. Et on va de suite voir pourquoi.

2/ La Bataille : mathématiques purs

La bataille à l'écran dure approximativement 11 minutes. Quand je dis bataille, je parle à partir du moment où la cavalerie s'élance (bien que je devrais prendre en compte le moment du choc). Eh oui, sur les 56 minutes que dure l'épisode, la bataille représente 1/5e. Okay, j'admets que voir le moment de stratégie complet était intéressant, mais il l'aurait été plus s'il avait vraiment servi à quelque chose.

On me rétorquera, à raison, que les 11 minutes sont un flot ininterrompu de bataille, ce qui est quand même impressionnant. Oui, ça l'est sans le moindre doute. Le problème est que c'est justement un flot ininterrompu et que les moments de bravoure sont condensés au maximum, créant un rythme un peu bâtard (lolilol) où on se retrouve piéger sans respiration. Et justement, ce manque de respiration vient nous saisir à la gorge tout le long de la scène.

Car à la différence de ses prédécesseurs qui présentaient des sièges, et où on allait souvent d'une zone à une autre, permettant de rendre les séquences un minimum dantesques (comme on se concentre sur UNE zone à chaque fois, on peut simuler le nombre de forces en présence beaucoup plus simplement).

De la même manière, et c'est LE gros point noir de cette scène : elle souffre d'un goût du plan large qui rend vraiment mal, tant le nombre annoncé de participants n'est pas bien rendu sur le terrain. Comprenez que oui, j'ai sans doute du mal à imaginer six mille personnes, mais là on a l'impression que le compte des armées a été fait par la CGT et les effectifs réels par la police nationale.

Quand on me dit "les Rohirrims du Seigneur des Anneaux dans la charge du Pelennor sont 3000" et qu'ils chargent, j'entends des tambours avec les 3000 gus montés sur les steaks à pattes, je ressens le nombre.

Là, on a certes un contenu très avancé pour une série, mais où la limite se prend un mur en béton armé qui lui claque littéralement dans le pif. Chaque plan large rappelle donc combien les forces en présence sont peu nombreuses, combien le destin d'un territoire plus vaste que l'Europe de l'Ouest tient à 250 personnes dans la boue, et combien il n'y a que Daenerys et ses dragons pour espérer sauver Westeros face à la marée, littérale, qui s'annonce.

3/ La Bataille : résumé pur

Revenons maintenant au déroulé de la bataille. Jon et Ramsay se rencontrent, échangent des politesses à base de "petit zizi" (bien que Jon soit très gentil en fait). Puis, Jon réunit ses compères en amont de la bataille pour voir une stratégie (qui comme on a vu, ne sert à rien). De leur côté, Davos et Tormund offrent une scène très agréable, et on contemple ce que va sans doute faire Davos après l'épisode 9 au vu de ce qu'il a trouvé (le petit bucher d'il y a une saison).

Suite à ça, Sansa explique bien à JOn qu'elle aimerait qu'on arrête de la voir comme un meuble, et qu'elle a son mot à dire. L'échange reste intéressant, chacun ayant une image toute particulière de l'autre. Eh oui, certes, Jon n'est pas un mauvais stratège, mais les ennemis qu'il a affrontés reposaient leur avantage plus sur le nombre que sur une vraie stratégie. Il a beau te promettre que ça ira, tu comprends vite que non, ça n'ira pas.

Pour preuve, Ramsay a regardé la télé hier soir, et il a vu tous les mauvais films (je rigole, Apocalypto est génial) basés sur "allez, tu cours et moi je m'entraine". Et comme il est taquin, il s'entraine avec Rickon, et comme la série est vilaine, elle fait courir Jon qui voit son frère se faire avoir dans les derniers cinq mètres.

Et c'est le bran-le-bas de combat, tout le monde se ruant au secours de Jon qui a décidé de charger solo les hommes des Bolton. Heureusement, la compagnie caribou arrive à temps et emplafonne les chevaux d'en face dans un joyeux bain de sang. Ramsay, décidément très taquin, décide d'ordonner à ses archers de tirer dans le tas, histoire de faire des jolis monceaux de cadavres à la gloire de Korne (par le groupe de musique hein).

Suite à ça, il envoie son infanterie menée par un Omble qui n'est finalement qu'un sale enfoiré (on y reviendra en bilan, promis), avec une tactique d'encerclement rendue relativement aisée par le laissez-faire complet des sauvageons. Suite à ça, c'est un véritable massacre et les sauvageons commencent à se barrer en écrasant Jon sous leur masse.

Jon parvient enfin à sortir pour éviter d'étouffer dans la masse, quand un cor retentit et signe l'arrivée des Rohirr... euh, des Arryn... Enfin, des 300 cavaliers de l'avant-garde sans doute. Les 300 viennent donc massacrer les Bolton tandis que Ramsay opère une retraite tactique.

Mais c'est sans compter sur le trio de choc, à savoir Wun Wun, Tormund et Jonun qui décident de poursuivre seuls Ramsay pour lui "faire la pipe" (cf. Demolition Man). Ils reprennent donc Winterfell après que le Bon Gros Géant ait littéralement explosé la porte, mais comme on s'y attendait ça marque la dernière grande action de Wun Weg Wun Dar Wun.

Suite à ça, Jon tabasse violemment Ramsay et manque de le tuer, jusqu'à ce que Sansa arrive. Je m'attendais à ce qu'il lui amène gentiment, pour qu'elle l'exécute elle-même. Mais en fait non, Jon s'arrête simplement tandis qu'on enterre Rickon dans la crypte.

L'épisode se finit avec Sansa qui file donc Ramsay à bouffer à ses propres chiens, signant ainsi l'arrêt de mort de la jolie rouquine. Eh oui, car si agir par justice (décapitation "propre", même l'égorger dans un coin) peut être acceptable, ici elle fait preuve d'hybris en se vengeant, mais on en reparle plus bas.

4/ La Bataille : réalisation et effets

Et la réalisation, qu'est-ce qu'il en a pensé l'Homme en Noir ? Eh bien encore une fois, je dois retirer mon chapeau. Enfin, disons que je dois acheter un chapeau, le mettre, le retirer, et sans doute le vendre. Oui, ils ont pris leur temps pour installer la bataille (encore une fois, je peux comprendre même si ça fait souffrir de soucis de rythme sur l'ensemble de la saison).

La réalisation est absolument dantesque. Du symbolisme, de la mise en place, un jeu de musique, et une vision réaliste au sens artistique du terme (privilégier la substance vulgaire du quotidien, avec une nuance insolite de violence ou de précision photographique déroutante, cf. le Petit Larousse).

Quand on voit le soin pris à un plan aussi con que Davos devant le bucher, avec un lever de soleil imitant les flammes du passé ; quand on regarde le soin apporté aux FX des dragons, notamment sur l'arrière plan (l'arrivée de Drogon commence dans le lointain, sous la brume) ; on est face à une telle mise en scène, inédite et incroyable, qu'on atteint l'espace d'un épisode les limites du format télévisuel pour atteindre celles du cinéma.

On reviendra certes sur Miguel Sapochnik, réalisateur de cet épisode (petit nouveau sur la série, mais, oh tiens tiens, il vient du story-board) dans l'article bilan de saison. Mais de toute évidence, les showrunners ont misé cette saison sur des réalisateurs neufs, avec de vraies visions (bien que parfois déroutantes).

Le summum est bien sûr la bataille en elle-même, enchainant les plans iconiques les uns derrière les autres (Jon écrasé par la masse et le cadre), avec des mouvements de caméra impressionnants (gestion du traveling et du panoramique comme lorsqu'on tourne autour de Jon pour voir la cavalerie lui arriver devant). Le plan le plus audacieux est encore un plan séquence (on se rappelle les deux de l'épisode 9 de la saison 4) où la caméra suit Jon de dos en plein milieu de la mêlée de cavalerie. On sent l'inspiration du Jeu Vidéo (angle choisi, steady-cam pour suivre au plus prêt l'action) et ça réussit à être brut et violent.

Et c'est sur ce dernier point que j'aimerais revenir : j'ai eu l'impression de redécouvrir une violence dans cette épisode que la série avait perdue. Je parle de cette violence réaliste (voir plus haut) qui fait que pendant quelques instants on pénètre un endroit où il n'y a aucun glamour, aucune déification des guerriers. Ce ne sont pas les beaux héros propres de 300 qui finissent le combat avec le même niveau d'huile sur le torse.

C'est ce réalisme qui soulève l'épisode pour le placer comme l'un des épisodes les mieux réalisés de l'histoire de la série. Et ce réalisme vient toucher au fond même de ce combat, et de la différence principale avec le roman : le statut de Jon, et celui de Ramsay.

5/ La Bataille : Manichéisme et subtilité

J'ai déjà rappelé le statut de héros "Campbellien" de Jon dans l'article bilan de l'année dernière (pour ceux qui n'étaient pas là : http://homme.en.noir.overblog.com/2015/06/game-of-thrones-saison-5-bilan.html ).

On va ici se concentrer sur la différence notable entre les romans et la série à ce sujet, car c'est je pense une donnée intéressante à analyser. On va donc, après la réalisation, parler du cœur du récit, et on va commencer fort : Jon est le Héros de Game of Thrones.

Dès l'année dernière, je vous avais dit qu'il allait revenir, car Jon ne peut faire autrement que d'affronter la mort, les Enfers, avant de lutter contre son véritable ennemi (qui généralement a un lien marqué avec la Mort, souvent parce qu'il la "fuit"). On retrouve chez Jon tout ce qui compose le héros selon Campbell, et si dans les romans il a aussi ce statut, son adversaire final sera sûrement son oncle (dans les romans, il est toujours absent et a peu de chances de revenir dans le bon camp).

Mais dans la série, ils ont choisi de prendre la chose au 1er degré, et de lui mettre un rival encore plus direct. Car oui, Ramsay est le miroir absolu de Jon. Tous deux bâtards du Nord, tous deux dans une absence de reconnaissance et en quête d'un statut. Mais si Ramsay obtient, par la force des choses (et ses dérives), la reconnaissance, la filiation, et finalement même le titre de Seigneur de Winterfell, Jon, lui, n'obtient que des coups de couteaux alors qu'il est le seul à essayer tant bien que mal de sauver le monde.

Jon est prêt à tous les sacrifices de sa personne, il l'a prouvé et le prouve à nouveau dans cet épisode. Ramsay, lui, sacrifie sans remord les autres, les brisent, les humilie, et de fait les rabaisse plus bas que lui. Ramsay écrase les autres, car il est à jamais bâtard, sans statut ni nom... Il doit donc rendre plus misérables les autres pour espérer un "niveau" dans la société. Jon, lui, essaye depuis le début d'élever les autres, de briser les chaines et d'adopter au mieux les points de vue différents.

Ramsay prend, Jon donne.

Et leur confrontation dans la série découle directement de ça. C'est l'affrontement de deux frères aussi semblables que peuvent l'être Batman et le Joker (le rapprochement du clown et de Ramsay dans la série me semble évident) et aussi différents à la fois. Alors oui, il y a une notion de manichéisme dans cet affrontement, mais dans ce gigantesque marasme, UNE donnée place l’ambigüité d'un futur sombre et incertain... Sansa.

Sansa a souvent été traitée de tous les noms par le public. Trop gourde, inutile, blabla... Il y a une seule chose qu'on peut vraiment dire d'elle, c'est qu'elle est une survivante. Et elle a aussi survécu à Ramsay, sauf que le prix de sa survie a été bien trop lourd.

De la même manière que Theon s'est vu nier son identité, Sansa a été brisée. La scène finale qui semble réjouir beaucoup de gens n'est pas là pour faire plaisir au spectateur, mais bien pour montrer que Sansa, elle, y prend du plaisir. Lorsque Ramsay commence à se faire dévorer, elle est sur le point de partir, puis hésite et finalement reste. Elle contemple le calvaire et la scène se termine lorsqu'elle part sous les cris du bâtard Bolton, et alors elle sourit.

Ce sourire n'est pas l'expression salvatrice d'une femme enfin libérée. Il est le signe de la possible véracité de la sentence de Ramsay : "I am a part of you now". Exactement comme dans The Dark Knight (pour rester dans la thématique joker), Ramsay a tenté de faire de Jon son semblable avant la fin. Mais c'est bien Sansa qui lui a donné une mort dans les ombres, les cris, et finalement, comme Harvey Dent, a commencé une descente dans les abysses.

J'avoue, je pensais que ce serait Arya qui, finalement, en combattant les monstres, en deviendrait un semblable. Et finalement, les abysses regardent non plus la petite Stark, mais la grande. Affaire à suivre donc.

6/ Les -, les + et Bilan

Les - : dur dur dur... Je dirais que le fait d'avoir atteint les limites du format télévisuel n'est pas un point négatif, mais il est révélateur.

Allez, quand même, je trouve dommage que la présence d'un tel réalisme fasse que Jon n'a pas le temps de faire des adieux propres à Wun-Wun... Enfin même ça c'est cool.

Tout petit problème de rythme quand même.

Les + : okay, je pense qu'on a atteint le zénith de ce qu'une série peut faire (sans bien sûr passer entre les pattes de réalisateurs confirmés comme le travail de Spielberg sur Band of Brothers).

La réalisation juste merveilleuse, comme quoi symbolisme et réalisme ça peut aller très bien ensemble.

Aucune fausse note de jeu apparente.

Game of Thrones n'a plus qu'un épisode à cette saison, après quoi ils devront aller vers la conclusion de leur histoire. Cet épisode 9 conclut, lui, de manière particulièrement savoureuse une tension mise en place depuis la saison 3. Le travail et le soin apportés à la réalisation parviennent à donner de vrais moments de bravoures et à limiter au maximum les moments où on voit la limite due aux coupes budgétaires.

J'ai pinaillé, dans les grandes lignes, mais on reste à nouveau dans cette même ligne de dépression noire et poisseuse qui saisit l'ensemble de cette saison pour peindre un avenir bien sombre pour l'humanité. Il faut néanmoins bien dire que oui, nous avons à présent touché du doigt quelque chose qui va flirter abondamment avec le cinéma, et j'espère que ce n'est pas la dernière fois qu'on entend parler de Miguel Sapochnik... Mais j'en doute.

7/ Auto-promo

Je vous rappelle à tout hasard qu'il y a une page facebook ici : https://www.facebook.com/Nico.Koredly/

Une page tipeee là : https://www.tipeee.com/les-critiques-de-l-hommes-en-noir

Je lance une deuxième salve d'appel à témoignages sur le monde geek ici : http://homme.en.noir.overblog.com/2015/05/appel-a-temoignage.html

Voilà voilà, n'oubliez pas de liker, de commenter, et critiquer.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents