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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


star wars, rogue level 12

Publié par Nicolas Koredly sur 9 Octobre 2017, 19:22pm

star wars, rogue level 12

J'ai décidé de rattraper mon retard, et de le rattraper avec un film dont j'aurais dû parler depuis un an quasiment. Les gens qui lisent le blog connaissent mon histoire compliquée avec les Star Wars modernes dans l'ère Disney. Peut-être ai-je un peu perdu du temps à cause des réactions à ma critique de Star Wars VII. Il est vrai que critiquer Star Wars, ou critiquer tout film qui marche, en appliquant une analyse concrète réveille et déchaine les passions.

Et après avoir reçu une montagne de merde pour Star Wars VII (et j'en reçois encore dès lors que je murmure la moindre idée n'allant pas dans le sens de la hype) et avoir été un des premiers critiques à sortir un écho négatif à la suite de la trilogie originale, il va de soi que j'avais peur de mon propre point de vue sur Rogue One. Et ses réussites, comme ses échecs, sont plus intéressants à analyser que ceux de son grand frère, car ils correspondent à la volonté d'un studio de donner exactement ce qu'on voulait voir.

On attaque.

1/ I rebel

L'histoire de Rogue One, tout le monde la connait maintenant, mais pour les trois du fond qui suivent pas on va la résumer à nouveau. L'histoire suit le parcours de Jyn Erso, jeune fille qui sait pas très bien ce qu'elle a envie de foutre dans la vie, et qui a dû trop écouter Linkin Park dans sa jeunesse. En effet, alors que sa mère a été tuée par le méchant de l'épisode, Orson Krennic, son père est capturé pour aller compléter les plans de l'Etoile Noire, parce que nos chers vilains impériaux sont pas foutus de lire le plan (pourtant ça a pas l'air compliqué : https://shop.lego.com/fr-FR/Death-Star-10188).

Face à ce monde qui part à la dérive, Jyn veut écrire des pamphlets anti-système sur les murs, voter Mélenchon, aller dans les manifs et surtout pas s'impliquer, parce que les méchants ils ont beau être méchants, elle va quand même pas aller risquer sa vie.

Fort heureusement pour le film, et notre amour propre, le personnage de Cassian Andor existe. Cassian, c'est le rebelle réel, concret, le type qui a grandi dans la connaissance de ce qu'est la rebellion, le combat, et qui sait se salir les mains. Aussi quand on lui dit d'aller trouver Jyn, parce qu'elle est potentiellement le seul lien qui réunit un tas de psychopathes révolutionnaires, son papa ingénieur, et la future super arme de l'empire, il s'éxécute.

Le but dès lors va être de suivre le groupe qui se constitue au fur et à mesure autour de Jyn, sans que je sache trop pourquoi. Et je vais pas raconter plus pour rentrer directement dans le vif du sujet : Je ne vois pas l'intérêt du personnage de Jyn Erso.

Censée clairement être le moteur d'identification du spectateur, le personnage souffre de contradictions sévèrse, et dans la peinture de personnages aux accents variés, aux vies détruites, elle ne ressort pas, n'évolue que peu, et finalement n'accomplit pas grand chose par elle-même (la grande phrase qu'elle utilise sur la base de la rebellion lui étant soufflée par Cassian quelques scènes plus tôt).

Dans la réalité, elle m'a fait l'effet d'un pétard mouillé, d'une image de ces gens engoncés dans une rebellion adolescente et qui pensent bousculer les fondements d'un monde quand des personnages comme Cassian sont là pour nous montrer la réalité de cette guerre et de ses implications.

2/ I shot first

Cassian n'hésite pas à abattre un informateur plutôt que le laisser se rendre. Les rebelles donnent clairement l'ordre d'abattre un scientifique désarmé. Et on les retrouve aussi à agir à coups de bombes dans les foules, et de blaster dans ta gueule. Si le film réussit quelque chose, c'est à rendre crédible cet aspect, tout en omettant une certaine radicalité.

Le film est bien plus violent qu'un Star Wars VII, et même que la plupart des Star Wars, mais jusqu'à l'acte final les folies de ce combat nous sont relativement épargnées. Même dans l'attaque sur les impériaux par les rebelles de Jedda, la victime qu'on aurait pu montrer sans détour est cette petite fille, heureusement sauvée par Jyn avant.

Je ne dis pas qu'il serait cool de voir des enfants se faire dégommer, ni que c'est nécessaire, mais dans une attaque qui a lieu en pleine ville, notamment quand on nous montre les rues bondées, la présentation de victimes collatérales aurait été intéressante.

Reste cette bataille finale, dantesque et particulièrement réussie, sur laquelle je reviendrai. La construction des personnages est donc bien faite, mais souffre quand même de ses propres qualités : car dans un film chorale comme celui-ci, avec des gueules de cinéma comme Mads Mikkelsen, Forest Whitaker ou Donnie Yen, tous relégués à des persos secondaires à la hauteur en termes de backstory, comment s'intéresser aux pérégrinations d'une Felicity Jones qui peine à donner corps à son personnage ?

ATTENTION : J'aime beaucoup l'actrice, mais à 34 ans, je pense qu'elle aurait pu faire un personnage avec largement plus de nuances que ce modèle d'ingénue bobo à la con, que la petite jeunette sans passé. Oui, elle a su camper des rôles importants, de femme, et parfois de mère, et je trouve que ce personnage se perd dans la volonté actuelle du studio de ne créer que des stéréotypes pour ses personnages principaux.

3/ May the force be with...

Revenons sur un autre point positif (mais oui y en a), le fait que le film rectifie la notion de la Force et la réintègre dans l'origine. La Force est une énergie qui nous traverse, et l'utiliser ne vient que de la foi. Oui, la Force c'est pas un destin transmis à certains privilégiés, c'est juste une croyance.

Ainsi la phrase "Que la force soit avec vous" peut tout à fait se comprendre comme "Gardez la foi" ou "Que dieu vous garde". Sauf qu'on est là sur un concept laïc où l'objet de la croyance n'a pas de conscience, cette énergie peut donc être autant utilisée par le mal que par le bien.

C'est en cela que le personnage de Chirrut Îmwe s'illustre. J'avais très peur de cet aveugle et qu'ils se sentent obligés d'en faire un pseudo Jedi, ou pire qu'il utilise la Force de la même manière que Rey.

Mais ils ont été plus intelligents, ils ont réussi à comprendre (enfin, me direz-vous) ce qu'était la représentation de la Force à l'origine. Ce n'est pas vous l'être exceptionnel, c'est la façon dont vous utilisez la Force et ce que vous en faites. Ainsi, ce personnage aveugle arrive à combattre les Stormtroopers grace à son ouie, son odorat et son instinct (et on nous le montre grace aux gros plans qui précèdent la distribution de mandales).

Si le personnage n'était pas aveugle, ça marcherait moins. Le fait de ne pas voir l'isole de la peur, il ressent plus qu'il ne se repose sur ses sens (rappelez-vous Luke dans l'épisode IV), et donc, oui, il peut traverser un champ de bataille sans craindre les tirs, et comme il ne les craint pas, ils ne le touchent pas.

De la même manière, à la différence de l'épisode VII, on t'explique les choses, ainsi s'il repère le cristal de Kyber de Jyn, c'est parce qu'il a vécu près de ces mêmes cristaux pendant des dizaines d'années. Alors merde, si avec de simples phrases on peut rendre le tout cohérent, c'est que c'est pas si compliqué.

4/ And then, there was only one left...

Parlons quand même de l'arc final, les 40 dernières minutes qui m'ont fait décoller de mon siège. La bataille finale est une réussite, dans la vitesse qu'elle a, et l'odeur crasse de mort qui la suit tout du long. Oui, ça pue la mort et c'est un sentiment qu'il fallait nécessairement dans un film ayant lieu avant A New Hope.

La montée en puissance du film, le rythme haché, la fumée et le feu sur la plage, les soldats qui courent et chargent l'ennemi, la mort progressive de tout le monde, la SCENE DE VADOR... Tout n'est qu'une immense course en avant, bourrée de bonnes petites idées de mises en scène (la corvette qui charge le Star Destroyer, l'appel mensonger à la radio pour faire paniquer les impériaux).

La scène m'a fait l'effet d'un jeu de plateau que j'aime beaucoup appelé Assaut sur l'Empire. Dans ce jeu, le principe est que les joueurs incarnent les héros rebelles et doivent accomplir divers objectifs. Et qu'on soit clair, à chaque tour le joueur impérial augmente une jauge dite "de menace" qui lui permet de faire arriver des renforts.

Donc plus le temps passe, plus les rebelles prennent chers, plus la mission devient compliquée, et la seule stratégie est souvent de foncer vers l'objectif, voire de sacrifier certains personnages sur la route. Courir, toujours courir, combattre et courir encore.

Et c'est ça, cette bataille finale. Une course ininterrompue en avant pour juste délivrer le message des codes de l'étoile noire. La mort frappe même jusqu'à l'apparition de Vador, dans un couloir obscur, dans une scène mélant horreur et épique, rappelant la différence terrible de niveau entre le sorcier de l'Empereur et les simples humains.

5/ A New Hope ?

J'ai bien développé les qualités de ce film, il est temps de revenir quand même sur tous ces points, et d'y voir aussi les côtés négatifs techniques. Ca fera sans doute redite, le film est quand même sorti il y a un an, mais il faut quand même en parler.

D'abord le début, consacré aux errances de planète en planète, ne s'arrêtant jamais et étant obligé, pour qu'on suive un minimum, de nous éclairer avec des gros cartons titres sur le nom des planètes. Le côté catalogue stellaire est bien sympa, mais comme les planètes ne servent que de décorum, où il manque des histoires qui me feraient voir le tout comme quelque chose de cohérent, il n'était peu-être pas nécessaire d'en parler autant.

L'autre point négatif est purement personnel, mais réside dans cette tendance qu'à Disney de vouloir minimiser plus que tout le rôle de Luke. Luke Skywalker, c'est le héros, ou devrais-je dire le HEROS de Star Wars. Le type arrive à être sur le fil du côté obscur, à ramener son père depuis les ténèbres, et à vaincre la tentation de l'Empereur.

Et puis Star Wars VII nous explique qu'il a eu peur et qu'il est parti loin de tout plutôt que de s'occuper de coller un panpan cul-cul à son neveu. Et qu'il est resté sur son caillou alors que ses amis étaient en danger et la galaxie en sang (alors que bon, la merde elle est là mec, même si tu en es responsable, t'es gentil tu passes le balai quand même).

Rogue One, lui, nous passe le fait que finalement, le "new hope" c'était pas Luke, mais les codes, et que l'escadron qu'il a monté avec Wedge tire son nom de ces gens, ces premiers héros de la rebellion. C'est moins grave que Star Wars VII, bien entendu, mais c'est révélateur de quelque chose selon moi.

Dans Star Wars IV, le "new hope" fait référence au message de Leia, dans lequel elle explique qu'Obi-Wan est le "only hope". Or, justement, le principe du film est d'affirmer que non, Obi-Wan n'est pas le dernier espoir, un nouvel espoir est là, mené par Luke (et d'ailleurs, dès qu'il a entendu cette idée, Obi-Wan tente de convaincre Luke de mettre la main à la pâte et de bouger son cul).

Je chipote et j'en ai parfaitement conscience, le principe ici, c'est juste de voir que les plans que veulent remplir Disney et leurs amis ne sont pas nécessaires. Le premier film était parfaitement cohérent, et le dernier concluait toutes les histoires. Si le film est techniquement réussi, il démontre un besoin réel de rentrer dans ses frais pour Disney, et de justifier l'achat de LucasFilm envers et contre tout.

Si le film marche, c'est parce qu'il est construit pour marcher, qu'il donne aux spectateurs ce qu'il voulait (ou donne ce qu'il croit que le spectateur voulait). Vous vouliez des planètes plus nombreuses : BOOM douze planètes en 2h30. Vous vouliez un badass : BOOM Cassian Andor. Vous vouliez une femme parce que les films avec des personnages masculins c'est trop normé : BOOM Jyn Erso. Et après, peu d'écriture sur chaque, peu de temps, trop de choses, et finalement un florilège qui ne sert que d'introduction à 40 minutes de vrai cinéma.

6/ Bilan

Rogue One est un bon film, un bon Star Wars, mais aussi un film inutile. Si il demeure efficace, et qu'il est au-dessus des divertissements débiles, en proposant une réfléxion réelle sur l'engagement, la foi, et surtout sur ce qu'implique la rebellion face au totalitarisme (ce qui implique des morts, et de se salir les mains), il n'en demeure pas moins un film gadget, tentant d'illustrer un univers étendu qui n'avait pas besoin de ça.

La vérité est qu'avec ce film, la boite de Pandore est définitivement ouverte, et va se charger petit à petit de gommer tout ce qui avait fait l'originalité de la première trilogie. Ainsi, sans être une révolution marquée, un changement brutal, elle va distiller et s'insinuer petit à petit dans l'inconcient d'une génération, prenant le pas sur l'imaginaire, et soulignant les incohérences de ses prédécesseurs en oubliant les siennes. C'est l'ère du film twitter calibré pour plaire, du scénario "hashtag" où on donne au public ce qu'il veut. Les propos nous intiment de dresser la tête, pour ne pas voir ce qui nous fait face...

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