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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Harry Potter 8, l'enfant maudit

Publié par Nicolas Koredly sur 27 Novembre 2017, 16:48pm

Harry Potter 8, l'enfant maudit

Je n'ai encore jamais écrit sur le théâtre, ni sur la saga Harry Potter. Après m'être fait dernièrement un marathon de l'adaptation audiovisuel, et avoir prédestiné la veille de l'annonce l'apparition pour le prochain opus de Nicolas Flamel (beaucoup ont sans doute eu la même idée, je sais), il était temps, il me semble, de parler de cette icône de la culture moderne, qui a à elle seule révolutionnée la littérature (pas que jeunesse), et remis le film adolescent au goût du jour.

J'aurai pu, gentiment, commencer mon exploration du thème Harry Potter en parlant des films, ou de mon attachement tardif à ceux-ci. Longtemps j'ai conspué la saga, par désir personnel d'affirmer mon attachement à la maison Seigneur des Anneaux, avant de me rendre compte de la vacuité totale de militer pour l'une ou l'autre des maisons ; étant donné que chacune traite d'un sujet différent, ne se déroule pas de le même univers, et finalement n'a jamais été vraiment en compétition.

Mais au regard des événements récents, liés à ma découverte de Jack Thorne en scénariste de Star Wars IX (réalisé par JJ Abrams, toujours) m'a poussé à, ironiquement, revenir sur la tache d'huile de l'univers Harry Potter. Cette flaque à pétrole, intitulé "Harry Potter and the Cursed Child" qui réussit rien qu'avec son titre à cumuler deux erreurs (l'enfant n'est pas maudit, et Harry Potter n'est pas le centre d'intérêt du récit), constitue l'expression singulière d'une époque, et quitte à faire le tour des problèmes qu'elle implique, autant arrêter de survoler pour voir frontalement comment ce phénomène touche les autres domaines culturels liés à la culture geek.

On attaque !

1/ Raconter l'histoire après l'Histoire

Comment raconter la suite d'une histoire finie ? Telle est la difficulté souvent rencontrées par les "suites" et les problèmes qui sont posés par elles (d'où le fait que souvent, on les aime moins). Il y a plusieurs solutions, que ce soit d'oublier le contexte pour partir sur autre chose (James Bond en est un bon exemple), la solution "shonen" qui consiste à ce qu'une autre menace, plus forte, plus sombre, plus grande, débarque pour mettre le boxon, ou encore que la suite se concentre sur la continuité de l'évolution du héros, basée sur d'autres errements et d'autres questionnements (comme exemple Spiderman 2, c'est le premier qui me vient).

Que faire par contre, quand l'histoire a subit un développement réel, avec début - milieu - fin, voir un quatrième acte qui sert d'épilogue pour cet avenir qu'on entrevoit seulement ? La difficulté majeure réside dans le fait que le héros est allé au bout de son voyage, qu'il a opéré cet aller-retour en passant par l'enfer, et qu'enfin, il peut transmettre son savoir, et vivre pour et par lui-même.

Faire une suite à ça se révèle très souvent être une mauvaise idée car il faut définir un après voyage, et nier de fait le chemin accomplit jusque là. Dans un récit, et l'évolution d'un personnage, le retour en arrière se doit d'être motivé par un désir personnel de ne pas commettre les mêmes erreurs... Hors dans le voyage du héros ce sont ces erreurs qui vous définissent.

Donc, en partant de ces principes, comment on raconte la suite de l'histoire d'Harry Potter ? En racontant, en acceléré, la scolarité de son Albus Severus de fils. Fils au caractère relativement chafouin, parce qu'il est à Serpentard (la maison officielle des enfoirés pour résumer), et qu'il est ami avec le fils du détestable rival de son popa.

Et comme les auteurs ne savent pas comment avancer avec une telle histoire, ils décident mollement de revenir en arrière. Voilà comment Scorpius, Albus, et Delphi (une sorte de troisième roue de la moto, qui n'est apparemment la fille de personne de connu... LOL...) se jettent à la recherche du retourneur de temps pour aller sauver ce gentil Cedric Diggory.

Pourquoi lui ? Parce que de tout les personnages de l'intrigue, il est sans aucun doute celui qui, sans ça, avait le moins de chance de réapparaître. Et donc, ils modifient la première épreuve du tournoi des trois sorciers, changeant le continuum espace temps du présent en un bordel monstre... Ceci va résumer la pièce en entier. Nos trois compères retournent dans le temps, foutent la merde, et reviennent dans leur présent constater les dégats, et le fait que oulala, papa m'aime toujours pas.

Si ça vous rappelle un film, n'hésitez pas à me le signaler, moi ça m'en rappelle plein.

2/ 9,25 Gigowatt

Jouer sur le retour dans le temps posent d'énorme soucis, de cohérence d'abord avec la pièce de théâtre elle-même, mais aussi avec le roman dont elle est issue. Il prend l'idée, fortement originale (sarcasme), que la petite action du passé à de grands retentissement vers le futur. SAUF que cette idée ne fonctionne que si nous, spectateur, ignorons tout du passé dont il est question.

Or, si les changements interviennent et détruisent la nature d'un événement anodin, et ont des conclusions cataclysmique, ils impactent la présence du destin dans des choses qui n'y font pas allusion.

Par exemple : Le fait que Hermione décide d'inviter Ron plutôt que Krum au bal détruit leur relation futur, parce que Ron n'est plus jaloux. Merveilleux, mais c'est oublier que cet événement, si important soit-il dans les romans, n'est pas indépendant des sentiments que les personnages éprouvent. Ron et Hermione ont maints fois suite au bal l'occasion de se chicaner, et de se repousser pour mieux se retrouver. Ils n'ont jamais eu l'air tributaire de cet épisode pour finalement s'aimer, et je vois comment vivre de front leur relation peut être un frein à celle-ci.

Ces jeux temporels vont devenir au déroulé de la pièce un jeu de casting douteux, où on va ressuciter des "icônes" des romans passés, au gré des voyages et des altérations temporels, et modifier la structure narrative pour mieux faire plaisir au fan.

Ainsi, la survie de Cédric le fait passer du côté obscur (parce que clairement, ce mec a l'air d'être un nazi au fond de lui dans tout les bouquins, c'est pour ça qu'il est à Poufsouffle d'ailleurs...), et pire encore, conduit immanquablement à la mort d'Harry Potter, à la bataille de Poudlard...

Donc, au moment précis où il meurt, dans les bouquins ! La seule différence, c'est que cette fois, il ne revient pas en arrière. Admettons, peut-être la survie de Cédric lui fait se dire qu'il a accomplit sa tache, aussi à quoi bon. Il n'en demeure pas moins qu'Harry Potter mourant à la bataille de Poudlard, il ne reste plus qu'un horcruxe (connu des élèves à ce moment) et à fumer Voldemort, on a vu situation plus tendu...

Vous sentez, la chose bancale sur laquelle repose ce récit ?

Et on arrive à son point culminant : Delphi. Vous vous souvenez, celle qui n'a pas de parents connu ? Et bien, en fait elle en a. Mais si, c'est la fille de Voldemort et Bellatrix Lestrange. J'imagine qu'en même temps qu'il chassait la résistance, organisait son empire, il devait culbuter la ribaude dans un coin, laquelle a réussit à accoucher du seigneur des ténèbres d'un enfant dont apparemment elle se foutait totalement.

Voilà, la grande méchante de ce Harry Potter 8, c'est la fille de Voldemort. Je ne sais pas comment exprimer mon désarroi à cette lecture, tant la chose est ridicule au possible, d'abord par un principe fondamental : un être en quête d'immortalité n'a aucun intérêt à faire un enfant...

Non, cherchez pas, c'est un fait. Pourquoi vouloir perpetuer son nom, si vous avez trouver le moyen d'être éternel ? Le premier qui me répond "par amour" se prend un aller-retour, avec supplément coup des 7 tomes dans ta gueule. Voldemort ne connait pas l'amour, c'est pour ça qu'il perd !

Hum... Passons.

3/ Nostalgia Memorix

Je peux agiter ma baguette et murmurant cette formule, car avant même de poser la question la réponse est contenu dans le titre. Pourquoi ce 8e tome a été un succès populaire ? Pourquoi tant de fans le défendent alors que, dans son état il nie totalement l'oeuvre qu'ils ont aimé et défendu ?

Pourquoi Star Wars VII a marché et continu d'être défendu ? Pourquoi Final Fantasy XV qui est la pire déception des 10 dernières années s'ouvrent sur un panneau annonçant "pour les anciens fans et les nouveaux ?"

Parce que nous vivons dans une époque dont l'horizon nous poussent de plus en plus à non seulement regarder en arrière, mais reculer confortablement vers une nostalgie idéalisée. Ce qui plait dans Harry Potter 8, ce n'est pas l'histoire (enfin, j'espère...). Non, c'est qu'on y retrouve tour à tour Severus Rogue, enfin en gentil absolu et qui se retrouve touché parce qu'Harry Potter a donné son nom à son fils. Parce qu'on y retrouve Voldemort. Parce qu'on y retrouve en fait tout ce qui faisait Harry Potter la saga.

Sauf que cette histoire a été écrite, finit, et qu'il m'est très désagréable de voir quelqu'un chercher à gommer les mauvais côtés d'une histoire, comme une volonté chronique d'enlever ces horreurs qui nous déplaisaient dans les romans, mais qui en fait étaient de vrais biais narratif. La tragédie dans Harry Potter poussent les personnages à avancer, et si on l'efface, on efface le but même de ce qui les fait marcher, à savoir que le Bien vaut la peine qu'on se batte, et surtout qu'on meurt pour lui.

Oui, il est triste que Severus Rogue soit mort seul, aigri, ignorant tout de l'hommage qui lui serait fait. Mais justement, il est mort malgré tout ça, sans sourire, au prix d'un amour qui transcendait haine et préjugés.

Le final de la pièce est encore plus violent quand il se permet même de remonter aux origines de la saga, à la naissance d'Harry Potter comme héros, la nuit où ses parents sont morts. Le climax de la scène se veut affreux, il doit regarder ses parents mourir et accepter qu'il ne peut rien faire, alors qu'il pourrait bien entendu agir, et sauver ses parents...

Ce négationnisme artistique, visant surtout à montrer ce que l'auteur croit que le spectateur veut voir, est dangereux. Ce n'est pas un hasard si les retourneurs de temps ont si longtemps été sujet de plaisanterie pour les détracteurs d'Harry Potter. Et user de ce biais pour ouvrir une histoire démontre l'ignorance crasse de Jack Thorne.

Car si Albus ne vit pas réellement dans le passé (il idéalise celui-ci en imaginant que ce sera mieux pour sa pomme alors que de fait, il ne le connait pas), l'auteur souffre d'une pathologie semblable, beaucoup plus dangereuse.

4/ Et finalement, comment on écrit la suite.

Peu de gens le savent, mais J.R.R. Tolkien a un temps envisager d'écrire une suite au Seigneur des Anneaux. Intitulé "The New Shadow" (dont on salue le choix sans équivoque de terme), il se déroulait environ cent ans après le seigneur des anneaux, et tentaient de dresser le constat d'un monde sans Mal.

Comme il faut s'en doutait, l'intrigue suivait néanmoins la résurgence d'une forme de mal, attaché sans doute à d'anciennes images et au désir de pouvoir. Cette intrigue voyait naitre une secte "sauronnique" et se déroulait presque aux dires de son auteur comme un thriller. The New Shadow n'a jamais dépassé le premier chapitre.

Pourquoi ? Parce que Tolkien l'a trouvé peu intéressant. Pourtant, difficile de dire de lui qu'il n'a pas écrit tant et plus sur son univers. Après tout, le Seigneur des Anneaux est bien une suite à Bilbon le Hobbit. Oui, mais il était allé au bout de son Histoire, ce Quatrième Âge qui était celui des Hommes n'était plus le sien.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, attention. Bien entendu, il est tout à fait envisageable d'écrire sur l'Après-Histoire. Des tonnes de récit pourrait sans doute révolutionner la littérature, ou l'ont même fait sans que j'en ai connaissance en continuant à raconter quelque chose d'intéressant, parfois même avec les personnages originaux impliqués.

Mon propos n'est pas de dire que c'est impossible. Juste que ça ne peut pas reposer sur le fait de renier le mythe fondateur, de rester accroché au voyage passé, ou pire, d'y vivre entièrement. Frodon conduit l'anneau en mordor, bien loin du voyage de Bilbon. Les deux voyages se répondent, mais sont loin d'être des miroirs, et c'est d'ailleurs évoquer par Frodon à plus d'un titre.

De la même manière, parler de la suite d'Harry Potter n'est pas inenvisageable. Mais il nécessitait, c'est vrai, de continuer le récit avec moins d'assurance qu'autrefois, et moins de personnages aimés de la saga. Il n'est pas nécessaire de faire appel à un Mal supérieur à Voldemort, ni même de se concentrer sur UN individu qui serait le Mal incarné.

La meilleure suite d'Harry Potter à l'heure actuelle reste bien Les Animaux Fantastiques, film dont je promets ici qu'on en reparlera prochainement sur le blog. Ce n'est pas tant le fait qu'il se déroule dans le passé que le fait qu'on va observer, ensemble, simplement une autre vision et une autre histoire.

Il y aura sans doute des rappels à la saga littéraire qui suit ; on le sait Dumbledore sera bien présent. Peut-être même verra-t-on un jeune Tom Jedusor (je rappelle que la première ouverture de la chambre des secrets a eu lieu en 1942, et que les nouveaux films vont traiter de la guerre des sorciers en écho à la guerre 39 - 45), mais peu de chance qu'on y voit Harry Potter, ou même Rogue, et ceci parce que dans le fond ce récit n'a pas besoin de telles passerelles.

5/ Bilan

Harry Potter et l'enfant maudit est un échec scénaristique. Se reposant trop sur la saga qui l'a vu naitre, elle se voit obliger de rappeler constammer au spectateur/lecteur d'où il vient, et la raison qui l'a poussé à venir, comme pour se créer une légitimité. Ainsi, le propos même de l'oeuvre est de ne rien créer de nouveau, mais de rester dans son salon, entouré des figures agréables et bienveillantes des héros du passé.

Dans son essai du héros aux milles et un visage, Joseph Campbell écrit ceci au tout début de son texte, dans la partie du refus de l'aventure : "Les murs de l'enfance sont comme une prison; le père et la mère représente les gardiens d'un seuil  que l'âme timorée, dans la crainte de quelques chatiment, est impuissant à franchir pour parvenir, enfin libérée, à naître au monde." Il explique, avec maints exemples, comment celui qui refuse d'avancer dans un récit est condamné à demeurer figer, éternellement, que ce soit symboliquement ou physiquement...

Répondre à l'appel de l'aventure, prendre le risque de traverser le seuil de votre demeure, et finalement de parcourir les allers fraiches d'une nouvelle aventure est une difficulté réelle. Et elle passe par des étapes violentes, dures, et peut même ne pas être comprise par vos contemporains. Mais conserver vos icônes, les symboliser en modèle, et les placer dans votre foyer pour, qu'au lieu de prendre un risque, vous ne fassiez qu'agir dans leur ombre vous poussera à pire que la mort : La négation même de vivre.

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