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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Darkest hour (Joe Wright 2018)

Publié par Nicolas Koredly sur 16 Février 2018, 17:27pm

Darkest hour (Joe Wright 2018)

Premier film critiqué en 2018, Darkest hour se présente comme le film à oscar de cette rentrée, et au vue des nominations qu'il a récolté (meilleur film et meilleur acteur, sans compter meilleur maquillage, meilleur décor, meilleur costume et meilleure photo) Joe Wright, le jeune/talentueux/hipster réalisateur (sorte de Xavier Dolan anglais) doit se ronger les dents de ne pas avoir eu celle de meilleur réalisateur. Et il le voulait en plus, à voir l'oeuvre fournit à la fin, sorte de rassemblement patchwork de tout ce qui se fait en général pour un film à oscar.

Acteur grandiloquent qui a peu eu de récompense à sa gloire, figure historique que personne ne peut rejeter et qu'on essaye d'humaniser, fond de guerre totale et propos qui se concentre sur une décision politique majeure... Je ne parle pas de Lincoln (l'oeuvre à oscar de Spielberg) mais bien de Darkest hour, et on va voir pourquoi le petit frère a l'air boiteux et malade face à son indétronable grand frère.

1/Ils vivent un meilleur film que nous.

Darkest hour, traduit très mal par "les heures sombres" en français, raconte la prise de pouvoir de Churchill à l'aube de la débâcle anglaise des forces présentes sur le continent. Ses troupes se font de plus en plus piéger par l'armée allemande, et ce sont des dizaines de milliers de soldats qui stagnent sur les plages de dunkerque, espérant un échappatoire.

Sauf que Churchill, il veut manger du pudding, boire du whiskey, et fumer autant de cigares que de nazi. Alors non, il va pas parler avec ces vilains facistes, et que ses membres de gouvernements ils disent qu'il vaudrait mieux. Churchill, qui ne veut pas entendre raison déclenche donc l'opération dynamo, qu'on apperçoit le temps d'un plan fugace. (y a déjà deux films dessus, un avec Belmondo, l'autre avec Bane), ici, on en verra rien, parce qu'on a d'autres choses à raconter.

Les autres choses, c'est donc la décision de Churchill qui est en train de perdre la guerre et doit se préparer à peut-être signer une armistice pour faire la paix et éviter de perdre l'intégralité de son armée. On heurte là plusieurs soucis qui vont se poser pour le film.

Premièrement : ce ne sont pas les heures les plus sombres de l'angleterre. Elles commencent, mais nous sommes loin du Blitz qui va consister à bombarder quotidiennement l'Angleterre. Deuxièmement, difficile de faire naitre une tension quand on connait déjà la fin du film. Troisièmement, le film se permet d'essayer de raconter plusieurs choses, sans jamais aller dans le détail.

Cet aspect choral, qui soulève des points et ne s'y fixe jamais touche un noeud important, on ne sait pas de quoi parle ce film. On connait la période, bien évidemment, on connait les implications, et donc on est pas perdu. Mais sans doute parce que le réalisateur considère qu'on connait tout ça, il se permet de dériver, petit à petit, vers des situations paradoxals où on voit des fragments d'un histoire qu'on aimerait suivre, mais dont on assiste au choix qu'à la triste conclusion, ou au prodigieux départ.

2/ Icône désacralisée à la différence d'humanisé

Déjà remettons ça dans le contexte, oui Churchill est à n'en point douter une icône, un genre de mythe moderne dû à la période 39 - 45. Il est tellement iconique que c'est deux films où il tient le rôle principal cette année (Darkest hour, et Churchill plus tôt dans l'année). Je vais maintenant commencer le parallèle avec Lincoln, mais aussi pour que tout le monde voit où j'essaye d'en venir avec les différentes critiques faisant du film une oeuvre trop patriotique.

Clairement, la volonté de Joe Wright est ici de décrocher un maximum de statuette dorée. Il se base alors sur les plans évidents, et sur la volonté d'agir comme Lincoln sur la désacralisation d'un mythe. Sauf que Spielberg avait humanisé Lincoln, et avait montré que même cet aspect  humain d'un Lincoln qui cherche à changer le monde ne le faisait jamais descendre de son piédestal.

Daniel Day-Lewis, dans son incarnation du seixième président est sur un piédestal en continu, de la première séquence où il observe un charnier jusqu'à la fin, il est icônisé jusqu'à la limite du possible, mais aussi et surtout rendu humain. Gary Oldman a beau avoir pris trente kilos pour le rôle, jamais il ne semble être autant mis en valeur par la réalisation, et on se contente de scènes dérangeante avec Churchill aux toilettes, ou encore Churchill qui se fait gentiment appeler porcinet par sa femme.

Gary Oldman essaye, mais il reste toujours pataud, ayant du mal à aligner les phrases tant le maquillage semble le géner. Il suffit d'écouter les extraits des discours de Churchill (disponible pour certains sur youtube) pour voir qu'il arrive bien à imiter l'ancien premier ministre. Le problème reste dans l'attitude physique, le mouvement corporel.

Gary Oldman n'a jamais été à ma connaissance gros, ou même obèse, et à le voir on a l'impression que quelqu'un lui demande non pas de jouer Churchill, mais de jouer un obèse qui jouerait à être Churchill.

C'est malaisant, mais ce n'est pas le pire. Le pire, dans la désacralisation, et la volonté de montrer la durée de conception des discours en étalant un montage alterné sur l'équivalent d'une bonne après-midi alors que les phrases s'enchainent, sans doute, sans pause. Soit il s'arrête après chaque phrase pour ingurgiter trois litres de whiskey, soit il subit de multiples AVC toute la journée.

Je conseille d'ailleurs un film qui se suffit quand à lui pour les histoires concernant Churchill et la guerre, à savoir Into the strom, avec un Brendan Gleeson qui a un ton beaucoup plus juste... Ce qui est dommage.

3/ Un beau tableau vide

Pour en revenir aux oscars, je trouve amplement mérité les nominations pour les meilleurs maquillages et la meilleure photographie (je rappelle à tout hasard que le dernier Del Toro n'est toujours pas sorti chez nous). Certaines idées, et la photographie mérite vraiment le détour, et si de la guerre, ou de l'opération dynamo, on ne verra que des plans fugaces, on a vite envie d'en voir plus.

Un travelling profond sur un champ de cadavres, qui finit sur un oeil sans vie d'un cadavre. Un autre traveling aérien sur une route jonchée d'obus et de flammes faisant écho à un plan totalement semblable où fuyaient des français plus tôt.

Des idées visuels, il y en a. Mais elles ne servent que rarement un propos, et ne le sont en général que lorsqu'on parle de la guerre. Et justement, de la guerre on ne verra jamais grand chose, hormis trois séquences dont les deux que j'ai cité au-dessus, et une dernière où un plan séquence nous montre des hommes dont l'ordre est le sacrifice ultime.

Sauf que leur mort ne nous touche pas, parce qu'on ne les vois que lors de cette séquence, et là où on avait une possibilité avec la secrétaire de Churchill, en fait il n'en est rien. J'entends qu'on est pas obligé de toujours tout montrer, mais en montrer un minimum ne permet jamais de s'attacher, et donc les morts sont autant inutiles qu'insensible.

Le film enchaine tout, avec vitesse, sans jamais prendre le temps de se poser. Sauf que se poser, quand on est dans un récit sur le doute, ça peut être nécessaire. Aussi le rythme du montage est classique, les plans attendus, et on est là dans un film long, très long, remplis de vide. Les scènes qui auraient un intérêt ne sont qu'évoqués en discussion (les pourparlers d'Halifax avec les dignitaires nazis) alors que des informations nous somnt balancés pour qu'on en reparle plus jamais (la femme de Churchill parle de leur ruine financière dans une séquence, il minaude, elle l'appelle piggy, et ça s'arrête là).

4/ Trop peu de trop

Le film souffre du syndrome caillou dans la chaussure, et il ne peut se sortir et viser la lune qu'à la condition d'être prêt à souffrir de son côté artificiel. Sauf qu'il veut gommer au maximum l'artificialité au mépris d'une logique inhérente au récit.

On en arrive à des séquences qui mériteraient d'avoir davantage de souffle, de zoomer sur les petits détails pour s'autoriser, l'espace d'un instant, l'élan nécessaire pour briller. Un film sur un des plus grands orateurs du XXe siècle, dans une des périodes les plus fascinantes où tellements de choses se jouent que même après 70 années de film dessus on en a pas fait le tour.

Et pourtant, on assiste presque médusé à une séquence dans le métro londonnien qui sonne faux. Ce n'est pas grave de sonner faux dans un tel film, mais quitte à sortir de la route, autant le faire par une allée lumineuse. J'ai cherché des détails de cette "journée" de Churchill. Est-ce vrai qu'il a juste pénétré un wagon pour réciter du shakespeare avec le tout venant ?

La scène est une belle promesse, un moment où on peut voir la hardiesse du peuple, ce même peuple qui va tenir sans coup ferrir le choc d'un blitz bien plus violent que ce qu'ils imaginent à cet instant. Sauf que le cadre est réduit, la scène trop petite, et le dialogue trop mal conçu. Ce qui pouvait incarner un théâtre de rue se transforme en spectacle de marionette, et c'est vite expédier pour un autre moment où la gloire rejaillit plus des membres du congrés.

Ce n'est plus la victoire du peuple, ou le moment de ce même peuple mais un simple passage pour donner à un Churchill la certitude de ce dont il n'a jamais douté. Car oui il aurait été bien de le traiter finalement, ce doute... Dommage que ça n'ait été que le propos, et jamais le sujet.

5/ Bilan

Essayer de tirer son épingle du jeu, quand la même année sort un film qui part de votre personnage principal, et un autre de la période que vous traitez, c'est dur. Darkest hour tente de tirer son épingle du jeu par la technique et le visuel, mais a sans doute la cheville trop grosse pour une chaussure trop petite. Je ne peux pas conseiller ce film, car il est trop long et a des ainés bien meilleurs et plus ambitieux.

Loin des visions merveilleuses promis, des tensions absolus qu'il souhaite convoquer, il n'est qu'un appel à prix, une volonté affiché de ce réalisateur de réitérer son succès critique qu'était Anna Karenine. Mais tout comme Pan, dont on avait déjà parlé ici. Le film souffre du même soucis, de pas saisir vraiment de quoi il veut parler, de vouloir trop en dire et finalement de ne rien raconter. Triste, quand on voit combien j'attendais ce film, et sans doute à quel point il sera récompensé.

 

pour rappel, vous pouvez me retrouver sur twitter : https://twitter.com/HommeennoirL

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Et bientôt sur youtube ! (on me dit samedi dans l'oreillette)

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