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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Les fictions de l'Homme en Noir #3 : Ephémère

Publié par Nicolas Koredly sur 18 Février 2018, 14:53pm

Les fictions de l'Homme en Noir #3 : Ephémère

Vient, mon amour”

Elle tend ses bras vers moi... Je ne parviens pas à l'attraper...

Rejoins-moi !”

Alors que je l'entends distinctement, l'univers entier s'écroule, et se cantonne là, à cette montagne dans le lointain. Au village, on dit qu'il s'appelle le mont des Fées. On dit que ce lieu est hanté par les esprits anciens. On dit que ceux qui tentent d'y aller passe simplement plus vite dans l'autre monde.

Ici, dans ce modeste village en aval, il n'y a que la boue, le travail et la mort. Il n'y a ni magie, ni gloire, juste les mêmes journées semblables encore et encore. Mon quotidien se résumait à la même chose que chacun dans ce village, vivre avec le jour, travailler encore et encore, puis, chaque matin recommencer. Ma seule particularité était cette voix, si douce, qui me réveillait dés les premiers rayons de l'aube. Et dés lors que la nuit venait elle s'éteignait, emprunte d'une tristesse et d'un déchirement qui martelait mon âme et mon esprit.

Chaque jour, tandis que certains s'épuisaient à meurtrir la terre, d'autre à aller faire couler le sang sur les collines voisines, moi je me contentais d'entendre cette voix. L'on m'avait toujours considéré comme un être à part, et plus les jours avançaient, plus je guettais ce point de l'horizon qu'était le mont des Fées. Avec le temps j'étais de plus en plus certain que c'était là que se trouvait l'origine de cette voix dans ma tête.

“Tu finiras par tenter l'ascension, et tu en mourras.”

Ma mère, cette pauvre femme avait toujours su veiller sur moi. Mais que pouvait-elle dire d'autre ?

Vient mon doux amour, presse-toi !”

Et alors la nuit tombait, alors plus rien ne pouvait m'épargner cette voix, sa souffrance éternelle que je ressentais de chaque mot, elle m'appelait, chaque jour... Et les nuits semblaient seulement la faire s'évanouir. Pourquoi moi ? Les anciens disent que cette voix choisit des victimes pour les entraîner vers elle, et se repaître de leur âme.

Serais-je le suivant ? La montagne m'amènera-t-elle une réponse si je me dirige vers elle ? J'hésite chaque journée un peu moins... Peut-être qu'elle m'appelle vraiment ? Peut-être qu'elle saura m'épargner la mort. Je suis l'élu de son désir me dis-je chaque matin alors qu'elle me réveille doucement.

Que faire ? Je ne suis de toute les manière qu'une bouche inutile, ne travaillant pas, n'étant guère utile ici.

Il est encore tôt quand je me décide à partir. Je pars avant même l'aube, avant même sa voix. Ma mère dort, peut-être fait-elle des songes dans lequel son fils est déjà parti ? Je traverse dans cette nuit d'encre les demeures voisines, ne me fixant que l'objectif lointain qui est le mien. J'ignore si certains parviennent à discerner l'image qui se découpe dans l'unique allée.

D'abord se découpe les champs. J'aurai aimé un jour m'y intéresser, prendre le temps de savoir comment il convenait de concevoir les cultures du sol, mais le destin m'appelle. Le jour frisait l'horizon, c'était la première fois que j'observais cet aube, et que j'étais réveillé avant que la voix ne vienne me chercher :

Vient à moi, mon amour !”

Si belle, même lointaine, elle semblait s'éveiller à peine d'un songe. C'était moi qui allait vers elle, enfin ! La marche était mal organisée, je pouvais à peine concevoir mon allure comme modéré, tant cette voix m'obsédait. Dans la direction de la montagne, les champs n'étaient pas nombreux, et très vite c'est dans une forêt de sapins que je m'enfonçais, avançant avec plus de difficulté à mesure que le chemin devenait plus raide, la pente plus ardue.

Ma quête me conduit toujours plus haut, vers la cime même de la montagne. Au moins l'objectif est là, totalement clair, et si visible que s'en est presque comique. D'avoir attendu aussi longtemps est presque honteux, le manque de courage ou de volonté sans doute. Le soleil commence à chauffer le versant de la montagne, je me dis que finalement ce ne sera pas si dur que la tâche que je me suis imposé.

Je grimpe encore, me déchirant les mains sur l'écorce des arbres. Je trébuche parfois, et ne me sauve de la chute qu'en saisissant les branches qui semblent être autant de bras de cette ange qui me protège, me forçant encore à venir jusqu'à elle.

Au fur et à mesure de mon avancé, le soleil me réchauffait de moins en moins. Le zénith n'était bientôt plus qu'un souvenir, et voilà que le sol changeait de couleur, pour devenir d'un blanc neigeux qui commençait à recouvrir les aiguilles et la terre. Avant même que je ne m'en rende compte, mes pieds s'enfonçaient dans un manteau froid, qui traversait jusqu'à mes bottes pour infliger des milliers de morsures.

La dernière épreuve... A croire que la montagne elle-même redoutait ma présence et ne souhaitait pas me voir rejoindre l'origine de cette douce voix.

Garde courage, encore un peu plus haut mon amour !”

Une tentation, un remerciement et pour la première fois une indication de cette présence. Je me rends compte que jusque là, elle ne m'avait jamais poussé à ce point. Je suis proche, si proche que je peux presque sentir sa chaleur sur mon cœur et mon âme. La montée est dorénavant impossible sans une escalade de rochers escarpé. Mes mains se vident sur chaque bords, mes doigts se crispent et je ne parviens plus à maintenir mon poing fermé. Ma peau tombe doucement, et le contact de la neige parvient à peine à calmer la douleur.

Mais je continue, je sais qu'elle est là !

Presque ! Tu es presque avec moi mon doux amour !”

 

Elle est bien là, juste là, juste devant moi... Enfin... Plus belle encore que je ne l'imaginais ! Son visage est une pâle sphère lisse, dépourvu du moindre défaut. Deux yeux noirs me fixent, sans pupilles, et aussi luisant que deux étoiles. Elle est nue, du moins je crois, car elle ne porte aucun tissu. Sa peau toute entière a une teinte bleutée, d'un bleu clair, un mélange entre l'eau et la neige.

Ses gestes ont la grâce d'un danseuse, si surprenant qu'ils suivent les mouvements du vent. Elle semble éthérée, pourtant je sais que si je m'avance, mes doigts rentreront en contact avec sa chair.

Tu as tardé”

Son absence de lèvre doit justifier le fait qu'elle parle toujours dans ma tête. J'hésite à m'approcher, mais à quoi bon avoir fait tout ce chemin, si c'est pour reculer maintenant ? Mes pas me paraissent lourds alors que j'arrive enfin à son contact. Sa peau n'a aucune température, ou alors elle est chaude mais c'est moi qui suis gelé.

“Pardon... Pardon d'avoir tardé...”

Pour toute réponse, elle se contente de m'enlacer. J'ai l'impression d'une étreinte qui ne peut pas connaître de fin, et surtout un lien d'une infinie puissance. J'étais fait pour ses bras, je lui étais destiné... J'ai vaincu la montagne pour elle.

Y'a t-il plus grande tristesse que ton retard...”

“Je ne comprends pas...”

Sa tête touche la mienne délicatement, j'ai du mal à concevoir l'idée qu'elle m'embrasse, pourtant j'en ai la sensation.que c'est ce qu'elle fait.

La nuit arrive, et nous ne vivons qu'une seule journée... Je suis désolé...”

Je peine à comprendre, alors que des doigts grimpent vers mes cheveux. Le contact m'aspire le peu d'énergie qu'il me restait pour avoir tenté de grimper jusque là. Elle m'enserre, me fait m'allonger à côté d'elle.

Nous n'avons que peu de temps...”

Entre ses mains, je profite et j'apprends plus que jamais la définition physique des concepts du passé. Le temps n'est plus qu'une illusion et chaque caresse qu'elle prodigue me rend plus fort et plus présent dans ce monde où elle m'entraîne. Je ne suis plus un paysan, je suis un héros... Son héros.

Elle arrive, je le sens !”

J'entends sa voix glacé, j'y découvre de la peur. La lumière décline en effet, peu à peu. Je vois les halos déchiraient la montagne, éclater leurs couleurs de rouge. Elle est effrayée, se rapproche de moi à mesure que les ombres s'avancent.

“Je t'attendrai !”

Ce ne sera plus moi, mais une autre. Nous ne vivons qu'avec le soleil... Et mourrons à la nuit tombée.”

Elle s'agrippe encore plus fort à moi. La crainte a l'air réélle, et me renvoit à ma totale impuissance. Je me refuse à avoir fait tout cela pour rien. Si peu de temps, j'ai attendu tant d'année pour si peu de temps.

“Je resterai là à t'attendre, et ce quoi qu'il arrive.”

Oh mon amour !”

Elle reste là, tremblante contre moi. La nuit gagne du terrain, je peux déjà observer son manteau sombre qui recouvre la neige. Je la sers le plus fort possible, alors que j'entends à nouveau ses pleurs dans ma tête. L'ombre l'enveloppe, l'absorbe, et la voilà qui se désagrège lentement entre mes mains. La nuit arrive, et la voilà qui meurt, reprenant sa place dans la montagne et dans mes rêves.

Je m'allonge doucement, le vent se lève. La neige vient me recouvrir, je perds la sensation de l'espace, du temps. Je regarde doucement ma main, elle est presque bleu dans l'obscurité. J'ai sans doute sa couleur de peau à présent. Je crois que mes cheveux sont devenus blanc...

Je ferme les yeux, mes doigts perdent peu à peu toute sensation. Je les rouvre une derrière fois pour voir un crâne qui me fixe, révélé par le vent. Les os sont amoncelés tout autour de moi, la montagne m'a appelé, et la montagne m'a prit.

Il n'y a plus que l'ombre.

 

pour rappel, vous pouvez me retrouver sur twitter : https://twitter.com/HommeennoirL

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Et bientôt sur youtube ! (on avait dit samedi, mais en fait non, la faute à pas de chance)

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n'est-il-pas ?

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