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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Un raccourci dans le temps (Ava DuVerney, 2018)

Publié par Nicolas Koredly sur 20 Mars 2018, 13:36pm

Un raccourci dans le temps (Ava DuVerney, 2018)

Un raccourci dans le temps, c'est un roman à la base dont j'ignorais tout de l'existence (quand on sait qu'au moins quand il était sorti je connaissais l'existence d'Eragon, c'est problématique)... Mais surtout, c'est le nouveau film live "original" de Disney (par original, comprenez qui ne soit ni du Star Wars ni du Marvel, ni une repompe de leurs dessins animés) : sachant que le dernier était le chef d'oeuvre absolu Tomorrowland, autant dire que je ne partais pas aussi tendu que pour leurs autres produits.

Néanmoins, il était très compliqué de comprendre l'histoire, au travers des bandes-annonces cryptiques remplies de belles images, d'une promotion axée sur le fait d'avoir une jeune fille afro-américaine comme personnage principal, ou même d'avoir Oprah Winfrey comme tête d'affiche. Enfin... Ca c'était la promotion y a un an, parce qu'entre temps, et surtout depuis qu'il est sorti, aucun bruit, quasiment pas d'affiche, mais une critique assassine qui tombe à boulets rouges dessus... Quand la critique toute entière descend un film, soit il y a une sorte de consensus de gens qui n'ont rien compris, SOIT c'est significatif de quelque chose de vraiment raté.

On attaque.

1/ C'est l'histoire d'une fille

Je vais essayer de résumer l'histoire, très brouillonne, du mieux possible. Margaret est une jeune fille inte... Euh... Rebelle... Enfin, une jeune fille. Son père, un ingénieur de la NASA qui fait des calculs à un niveau universel travaille sur une théorie qui consiste à voyager avec la puissance de l'esprit d'un bout à l'autre de l'univers... Ou alors à travers les dimensions parallèles, je sais pas trop parce que j'ai l'impression que c'était la même chose.

Sauf que ça fait 4 ans aujourd'hui que le papa a "mystérieusement" disparu. Et c'est à ce moment qu'on est introduit au personnage secondaire le plus casse-pied depuis Finn... Charles Wallace. Si vous n'avez pas vu le film, sachez que sur près de 2h vous aurez fréquemment ce nom qui vous sera répété jusqu'à pénétrer votre esprit, et graver au fer rouge les lettre douloureuses de Charles Wallace. Le gamin, qui doit avoir entre 4 et 5 ans, est un petit génie (et on y reviendra plus tard) qui a l'habitude de parler à des inconnus et à voir des gens bizarres.

Car oui, alors que Meg vient de rencontrer son premier, et seul, ami de l'univers, prénommé Calvin (mais que personnellement je préfère appeler FN - 2187); une étrange femme débarque dans son salon, et commence à expliquer qu'il faut vite vite traverser la réalité pour aller sauver l'univers. Et les voilà embarqués à travers l'espace pour tenter d'aller sur la piste du papounet, accompagné de Miss Who, de Miss Whatsit, et de Miss Which campée par une Oprah Winfrey, seule respiration agréable du film.

Bien sûr, dans leur(s) périple(s), ils devront faire face à un méchant, que dis-je, Le Méchant. Car dans Un raccourci dans le temps, l'adversaire n'est rien d'autre que le Mal, les Ténèbres primordiales qui sont responsables de tous les malheurs du monde (on va en reparler de ces ténèbres à la con). Vous savez, ces ténèbres qu'en général on nous sort dans les séries, au bout de 6 à 7 saisons, parce que c'est tellement énorme comme adversaire qu'il est indépassable en tous points...

N'ayant pas lu le roman, j'imagine que c'est mieux écrit dedans... Mais quand bien même, le film souffre d'énormes soucis de contexte et de mise en place dont on va parler maintenant.

2/ Le Décalage de Lamb

Stephen Hawking nous a quittés il y a peu, et rarement plus bel hommage ne lui aura été rendu qu'en incarnant sa théorie des trous noirs par les personnages du film. Aussi creusés que ceux des téléfilms Disney Channel, le problème n'est pas tant qu'ils soient des archétypes, c'est surtout qu'il n'y a pas de respect desdits archétypes.

Prenons d'abord le cas du personnage principal : Meg. On nous explique qu'elle est violente, rebelle, mais elle ne se rebelle jamais vraiment, acceptant au contraire tout ce qu'on lui propose, sans rechigner. Je donne des exemples : disons qu'une rebelle ne se contente pas d'envoyer un ballon dans la tête d'une fille qui l'insulte, mais elle va littéralement lui démonter la tête (regardez Seuls pour avoir un exemple de vraie rebellion de la jeunesse).

Calvin, son compère, nous est présenté par une tentative de drague particulièrement malaisante. En effet, le jeune fringuant se plait à répéter qu'il aime les cheveux de la jeune fille. Il se fait décrire comme un diplomate par les 3 déesses, sauf qu'il ne fera jamais de diplomatie, se contentant d'être littéralement un poids mort qui n'apportera rien à l'aventure. Amusez-vous à le retirer du film, qu'est-ce que ça change ? Hormis un love interest malvenu ? Comme il ne sert à rien, il se contente de sourire mollement et de toute accepter avec encore plus de facilité que l'héroïne.

Pour les autres personnages secondaires :

Miss Who nous est présentée comme une "divinité" ayant atteint un tel niveau de supériorité du langage qu'elle ne s'exprime plus que par citations. Rassurez-vous, niveau citation on aura pas à chercher loin, elle ne va pas citer des philosophes, mais bien davantage Gandhi, Shakespeare, et un certain Tucker du Texas (la supériorité on vous dit). Inutile de dire que ce gimmick, comme tout le reste, n'est pas suffisamment creusé et finit par souffrir d'une redondance terrible, qui le rend insupportable... Très insupportable.

Inutile de creuser le personnage de Reese Witherspoon, malheureusement bien joué, ce qui démontre la triste expérience du personnage. Non, il va falloir parler du personnage de Miss Which. Oprah Winfrey est la seule à croire un tant soit peu à son film, à incarner son personnage dans ce qu'il est censé représenter et non comme ce qu'on espère. Résultat, on comprend bien davantage l'expression de porter un film sur ses épaules, mais ça ne suffit pas malheureusement.

3/ Le cas Charles Wallace

Jouer avec des enfants, c'est dur. Faire jouer des enfants, c'est encore plus dur. Aussi, il s'agit souvent d'y mettre un soin particulier, autant en direction d'acteur qu'en écriture de personnage. Manque de chance, la direction n'a pas suffi, et l'écriture du personnage on y reviendra juste après.

Loin de moi l'idée de fustiger le petit Deric McCabe. J'ignore si c'est vraiment un aussi mauvais acteur que ce que j'ai vu, mais rien n'est pire qu'un enfant à qui on demande de jouer la comédie. Un enfant joue naturellement, et souvent pour réussir il faut aller dans son sens, et ne pas lui demander d'aller dans le nôtre. C'est compliqué, long, et la raison première pour laquelle les gens évitent en général.

Mais quand bien même, pour ça il faut aussi que le personnage soit à la hauteur. Or, Charles Wallace est l'équivalent de Rey ou Kylo Ren. Il est brillant, beaucoup trop et ce sans raison. Il s'agit sans aucun doute du personnage le plus fantastique du film (quasiment devin) sans que personne ne le remarque jamais ou n'y fasse attention. Qu'il soit brillant, j'entends. Le problème c'est que si c'est normal, ça n'est donc plus une particularité, et si ça n'est plus une particularité, alors le personnage ne peut plus compter dessus pour sortir du lot.

Je caricature, mais le fait est que Charles Wallace semble porteur de pouvoirs et d'une puissance qu'on ne définit jamais vraiment, comme un genre de dieu qui a toujours la réponse, qui peut se téléporter au gré des envies, mais peut subir un contrôle mental basé sur la table des 2 (j'imagine déjà la tête de sa prof au Cp).

Parce que oui, le plan du "méchant" consiste à prendre possession du tétard qui nous livre le pire jeu de "evil kid" depuis des années. Pourquoi lui ? A quoi ça va lui servir ? Sais pas. J'ai vu le film, je l'ai suivi du mieux que j'ai pu, mais rien ne semble filtrer. Par moment on imagine que les héros sont à la recherche du père, à d'autres que c'était le plan du méchant, mais on n'est jamais vraiment sûr de rien.

On subit donc Charles Wallace, du début jusqu'à la fin, et chaque répétition interminable de son prénom vous donne envie de vous pendre le plus rapidement possible, et avec un maximum de violence. J'essaye vraiment de rester neutre, mais je veux que vous mesuriez le côté irritant du personnage et de ce qui l'entoure.

4/ Disneïsation de la société

La finalité de l'affrontement avec ces ténèbres, c'est une scène malaisante où on nous explique le plus sérieusement du monde que ce Mal est responsable de tout ce qui va mal sur terre. Vos névroses, vos doutes, votre envie de rouler sur votre patron : Tout ça, c'est le MAL. Mais heureusement, le pouvoir de l'amour fraternelle est là pour nous sauver.

Je ne rigole pas, c'est comme ça qu'ils détruisent le Mal fondamental de l'univers. Ils lui font découvrir l'amour au travers de ces deux personnages, le problème étant que tout tient d'une incompréhension fondamentale du cliché. Car, le méchant ayant les traits d'un enfant de 5 ans (officiellement c'est censé être l'âge de Charles Wallace), difficile de croire qu'il va vraiment massacrer sa soeur à coup de tentacules d'ombres.

Donc cette jeune fille ne souffre d'aucun réel péril. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. A partir de là, toute la violence qui se déroule devant nous devient éphémère, et longue, puisque jamais palpable. J'ajoute quand même que, sur le message du film, voir une fille énoncer "qu'importe que tu me fasses mal, je t'aimerai toujours" m'a dérangé. Que ce soit son frère ne change rien, on a le droit de ne plus aimer la personne qui nous fait mal, que ce soit notre frère, notre mari ou nos parents.

Les poncifs s'enchainent, sans explication. Les trahisons vont et viennent et on est surpris que des thèmes vraiment intéressants ne soient qu'esquissés avant d'être évacués par une accolade propre aux films Disneys actuels : le père abandonne le fils au mal (parce qu'après tout, adopté et inconnu de lui) contre sa fille de sang ; c'est une idée énorme, qui renverse presque la dualité Cain - Abel où on aurait une figure divine qui se retrouve responsable du péché originel. SAUF qu'elle intervient après la conversion du petit aux ténèbres, il peut donc sembler justifier le choix du père dans une telle situation.

De même, on pourrait être heureux de cette absence de héros. Sauf que c'est une fausse absence, l'accent est bien sur la jeune fille qui est indispensable pour cette mission (à la différence de Calvin, l'homme-bulot), sauf que personne n'explique jamais vraiment pourquoi. Même la thématique des défauts comme arme ultime ne sert que de détail, de toile de fond assénée dans un discours étrange, mais ne sert même pas comme arme.

Un constat amer, car il aurait été tellement plus fort de pouvoir s'enorgueillir d'avoir la première héroïne pour un film destinée à la jeunesse. Encore eût-il fallu en faire une héroïne.

5/ Conformisme tentaculaire

J'avais envie d'aller voir ce film. La qualité des images de la bande-annonce, malgré cette histoire cryptique, le fait qu'on y voyait un univers qui semblait construit et original m'attirait. Et soudain le drame, car le film n'est encore une fois pas à la hauteur de ses ambitions.

Cadres qui tremblent, gros plans trop nombreux, fonds verts surexploités bien trop visibles... Et surtout une abondance de scènes qui sentent une forme kaléidoscopique du LSD, où se mélangent des univers riches qu'on parcourt en quinze secondes avant de se retrouver sur la Côte d'Azur... Et finalement les idées ne sont pas si folles et sont très gentillettes, surtout dans les ténèbres, alors qu'on aurait pu imaginer quelque chose de vraiment terrifiant.

Et puis, il y a ces travellings avant vers les visages, en continu, toujours dans le même axe, pour souligner l'émotion. Entre ça et le rythme du montage, les cadres qui peinent à se stabiliser, j'ai eu le sentiment d'assister à la première réalisation d'une jeune femme, voulant filmer son projet pour enfant comme on filme la guerre.

C'est Ava DuVernay qui a réalisé ce film, ce qui m'ennuie parce que même si je n'ai vu que Selma, comme travail précédent, il m'avait semblé être une oeuvre beaucoup plus personnelle et intimiste. Malheureusement il semble que le budget, et surtout la machin tentaculaire, a beaucoup entaché son travail ici.

J'étais bien moins étonné de voir que c'était Jennifer Lee la scénariste du film. Jennifer Lee, c'est la 1ère réalisatrice de film d'animation chez Disney, qui a réalisé surtout La Reine des Neiges (et qui semble adorer l'amour fraternel). Il n'est donc pas étonnant d'observer ces similitudes entre les deux oeuvres, tout en notant que Disney n'aura pas pris le rejeton le plus chaotique de son écurie.

6/ Instant Crackpot

Je voulais juste faire une petite partie ici, sur ma perception du message du film. Je dois préciser deux choses avant, très importantes si d'aventures vous découvriez le site avec cet article :

Je n'aime pas analyser, voire critiquer un film, en y appliquant un filtre d'analyse politique

Je ne fais pas ici une analyse concrète de l'oeuvre, les informations que j'ai pu glaner me laissent penser que j'ai tort.

MAIS : J'ai eu le sentiment de regarder une fable scientologue. Entre les individus brillants, que l'école, cette grande méchante, bride (parce que c'est connu que si tu es brillant dans une école, tu es bizarre), ces déesses qui sont en fait des extraterrestres, ce grand Mal qui régne sur l'univers et attaque notre terre comme centre de tout et est responsable des malheurs allant de la névrose du surpoids au papa violent.

Oui, j'ai eu le sentiment étrange, à force d'entendre parler de dualité ténèbre/lumières dans l'esprit, de mélanger pseudo science, science-fiction et magie, de ne voir qu'un film propagandiste pour la scientologie... Je me trompe sûrement, mais dans tous les cas, je l'ai vu davantage que dans Le Dernier Samouraï (après, je n'ai de vision de la scientologie que ce qu'en montre South Park... C'est peut-être pas le plus fourni mais j'ai une bonne confiance en eux).

7/ Bilan

Un raccourci dans le temps n'est pas un bon film, je ne le conseillerais même pas à un jeune public. C'est un film irascible, stupide, avec une morale cul-cul et un sentiment d'agacement qui vous poursuit dans un spectacle qui parait tirer en longueur chaque scène. Pourtant, rien n'a jamais semblé aussi vide, aussi dénué de sens, et c'est en voulant expliquer scientifiquement la magie, qu'il parvient à renier l'un et l'autre.

C'est ennuyeux de descendre un film pareil. Oui le message est positif, mais tout comme pour Star Wars 7, il est asséné avec des poncifs fatigants, et des personnages creux. On ne veut pas tirer sur l'ambulance, surtout quand un film se fait porteur des meilleurs intentions du monde. Sauf que si on dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions, c'est bien que loin de servir la cause, nous pouvons parfois chercher tellement à asséner le message qu'il devient indigeste, violent, et ne peut provoquer au mieux qu'un recul timide du destinataire. Il n'est pas nécessaire de changer le cinéma pour changer le monde, il est nécessaire de changer le monde pour que le cinéma change tout seul.

Regardez Tomorrowland, c'est selon moi la quintessence de ce film, et de loin. Et comme j'en ai marre, le prochain article qui sortira parlera du film Wonder Woman, VOILA.

 

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Et bientôt sur youtube !

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