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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Avengers Inifnity War, (Joe et Anthony Russo, 2018)

Publié par Nicolas Koredly sur 30 Avril 2018, 13:06pm

Avengers Inifnity War, (Joe et Anthony Russo, 2018)

J'ai longtemps hésité avant d'envisager une critique d'Avengers Infinity War. N'allez surtout pas croire que j'ai cédé aux hordes de lamantins qui considèrent que certains films sont incritiquables, c'est surtout que je n'aime pas parler d'un film pour ne rien dire. Il m'arrive de voir un film, puis de lire une critique qui dira exactement ce que je pense, et comme je ne suis rattaché à aucune autre ligne éditoriale que la mienne, je fais un peu ce que je veux.

En allant voir Avengers Infinity War, je savais que je n'en attendais pas grand chose. Je n'ai toujours pas vu Black Panther, ça ne m'a pas manqué, j'ai vu Spiderman Homecoming en jouant à côté, et j'ai passé rapidement les scènes de Thor Ragnarok parce que c'était long, débile, et chiant (un film qui se veut tragique où on fait une blague de bite, et sur l'anus de l'univers, c'est trop pour moi). Mais là, on parlait d'un film choral qui valait la peine que je me déplace, reste à savoir si je devais le critiquer, et pour cela répondre à la question suivante : peut-on critiquer Avengers, Infinity War ?

On attaque.

1/ Un film ?

Déjà, allons sur le terrain principal et la difficulté première : Avengers est-il UN film ou la conclusion scénaristique d'une série de films ? Formellement, il s'agit des deux. La difficulté majeure, c'est qu'Avengers 3 n'est pas la suite d'Avengers 2, mais celle de Thor Ragnarok, de Captain America Civil War, et des Gardiens de la Galaxie Vol 2 (nul aussi soit dit en passant). Dans le détail, on peut même remonter jusqu'à Avengers premier du nom qui, le premier, nous introduisait Thanos, gros méchant de ce volet.

Peut-on suivre le film sans avoir vu les précédents ? Oui, c'est sans conteste un bon point pour ce film là. Et ça cause de quoi, ce film en question ?

Thanos, titan de son état, décide de réunir les 6 pierres d'infinités qui représentent plus ou moins l'essence des pouvoirs fondamentaux de l'univers. Au bout de 18 films, il en a récupéré une (je ne crois pas qu'il l'ait fait sans une scène montrée), et au cours de ce 19e volet, il va s'évertuer à démolir chaque adversaire sur son chemin pour collecter le reste.

De mon point de vue, on se heurte déjà à quelques soucis, si on prend en compte la globalité : Thanos recherche les 6 pierres qu'il veut absolument rassembler. L'une de ces pierres était, on l'a vu avec Avengers 2 dans le bâton de Loki. Loki s'est vu remettre ce bâton par Thanos.

Donc Thanos avait déjà en sa possession une pierre d'infinité, qu'il a refilée pépouse au mec en costume de clown qui est gentiment venu chez lui ?

Mettons. Mais on nous précise aussi que Thanos est un bourrin psychopathe dans Les Gardiens de la Galaxie. Dans le genre, il torture ses filles, remplaçant leur corps par des implants au gré de ses envies. Et là, il s'agit d'un type avec une grandeur d'âme telle qu'on le voit pleurer quand il doit sacrifier sa fille.

Le sentiment, c'est que Gamora est une fille à part dans le cœur de Thanos, ce qui est intéressant mais aurait nécessité des indices dans les précédents films (mais j'en demande certes un peu trop).

2/ Chef d’œuvre ?

Là, rien qu'au titre j'ai au choix perdu des lecteurs, ou encore d'autres vont gentiment taper du pied en persiflant que je vais me moquer du film. Non. Ce n'est pas une moquerie, mais ce n'est pas un chef d’œuvre au sens moderne de l'expression. C'en est un, dans son sens premier. Autrefois, à l'époque du compagnonnage, un apprenti qui devait faire ses preuves devait réaliser une œuvre pour prouver qu'il était digne de devenir un compagnon.

Les frères Russo, jusque là, étaient de mauvais réalisateurs. De très MAUVAIS réalisateurs. Utilisation massive de shaky cam (ce cadre tremblotant de caméra épaule qui vous donne la nausée), amateurs de gros plans inutiles, ils multipliaient les mouvements non maîtrisés et se vautraient dans des scènes d'actions illisibles et irregardables.

Soyons sincères, là c'est mieux. La mise en scène n'est pas folle (et un vilain shaky cam vient brouiller l'action à un moment intense) MAIS les cadres sont posés, les scènes d'actions ne sont plus des horreurs de montage ou de cadrage. C'est beau, fluide, et les quelques plans épiques qui sauvaient Civil War sont ici plus nombreux et plus intéressants.

Mention spéciale sur le plan séquence à New York qui introduit les enfants de Thanos venus prendre la pierre du temps à Dr Strange. La tension arrive à monter parce qu'on suit les personnages et non plus l'action, et ça rend compte de cette menace avant même qu'on la voie (technique ancienne mais qui fait toujours son petit effet).

Il reste un petit souci de rythme dans le film, en termes de montage notamment : la course folle et ininterrompue entremêlée de petites escarmouches brise le caractère humain des personnages qui n'ont plus que l'humour comme lieu d'échange.

Pour le reste, le film prend le parti d'enfin rendre compte de la grandeur et de l'échelle des affrontements et parvient à surpasser, sans mal, les deux plans iconiques que contenaient Civil War.

Avec au moins UN plan réfléchi qui témoigne d'une mise en scène intelligente, et un reste scolaire (dans le bon sens du terme), on peut dire que les frères Russo sont sur la bonne voie (enfin).

3/ Et si on mettait un peu de sérieux sur cette couche de comique ?

J'ai tendance à souvent le dire en conversation, le défaut majeur des Marvel, et notamment durant la phase 3, c'est l'omniprésence d'un humour débile, qui vient parasiter le récit, l'englober au point d'étouffer littéralement le spectateur. La méthode Disney actuellement, faire passer toutes les pilules par la blague, l'appliquer à chaque situation, pour coller de légèreté et ne choquer personne.

Problème, si vos personnages se foutent littéralement de la gueule de chaque situation un tant soit peu dangereuse, la situation perd toute sa tension, et devient juste anecdotique. Le seul moyen de contrer ça, c'est d'utiliser le principe John McClane : si vous vannez, c'est en crachant vos tripes et en saignant par tous les trous, là le but n'est plus de ridiculiser la situation, mais de la dédramatiser pour vous-même.

Peut-être ont-ils entendu les sirènes de la raison. Figurez-vous que oui, il y a de gros problèmes avec l'humour à certains moments, mais dans l'ensemble le film conserve un sérieux bienvenu, et attention certaines blagues sont drôles. Vraiment, certaines arrivent à faire mouche, parce que rares, et bien disséminées.

MAIS, tout ne pouvait pas être parfait, et le film souffre quand même de gags rasoirs, certains selon le principe de l'élastique : Wrax est immobile dans un coin, les personnages le remarquent, et ça dure, dure, dure...

L'autre point particulièrement négatif du film est le traitement du personnage de Bruce Banner. Qu'on m'arrête si je me trompe, Banner est un scientifique carrément brillant, or dans le film il est réduit à n'être que l'alter-ego de Hulk, lequel ne veut plus sortir parce qu'il s'est fait déglinguer en deux coups par Thanos (ce qui est intéressant).

Ne pouvant plus agir en force, il se retrouve réduit à... Ben... à faire des blagues, et allez savoir pourquoi à porter l'armure d'Iron Man. Alors que rappelons le, ce n'est pas un guerrier, il n'a jamais été un guerrier, par contre il pourrait être utile au laboratoire en même temps. La raison, c'est qu'il se fait humilier par la petite sœur de Black Panther qui le traite à demi-mot de débile.

Symboliquement castré (alors que c'est loin d'être le summum de la virilité dans les films), Banner ne sait pas trop ce qu'il fait là, et donc fait des blagues, et devient la cible d'un humour pataud et destructeur. Étrange, et surtout un peu triste, c'est à se demander ce qu'il fait là... Et il n'est pas le seul.

4/ Règlement de compte à la Chorale

Avengers a toujours été un film de conclusion, rassemblant toutes les forces en présence des précédents films. Malheureusement, à force d'amener de nouvelles têtes en premières ligne, il devient compliqué de rassembler autant de monde, et de leur fournir un intérêt.

Pour certains, la solution est facile, on les oublie totalement : Ant-Man et Hawkeye disparaissent donc parce qu'observés par les autorités qui ne veulent pas les lâcher.  Pour d'autre, il s'agira de les tuer rapidement : Loki qui ENFIN y passe (j'aurais presque applaudi, tellement ce personnage ne sert à rien depuis le début, et j'insiste depuis le début), ou Gamora dans une scène sur laquelle on va revenir un peu.

Vous avez sans doute vu partout fleurir que Thanos était le personnage principal de ce film, c'est vrai qu'il est le seul à avoir un développement et une construction concrète (allant parfois à rebours des films précédents comme dit plus haut).

Petit souci, à se concentrer trop sur ce personnage (et donc en avoir un principal), le film mise toutes ses cartes sur son antagoniste, résultat il sabre certains personnages et intrigues secondaires.

Je n'ai pas souvenir que Captain America et Bucky échangent un mot, et le pire personnage massacré est Black Widow, qui jusque là avait au moins la chance de rouler des pelles à Captain America ou de chanter des berceuses, et là ne peut que se battre et doit avoir à peine quatre lignes de dialogues dans tout le film.

Elle n'a jamais été très bavarde, mais j'ai vraiment le sentiment que les types de Marvel ne savent plus quoi faire d'elle, et n'ont même plus la possibilité de lui offrir des sorties. Exit les doutes, les peurs, au mieux a-t-elle un vague regard vers Banner, éclipsé par une absence de dialogue entre les deux.

Étrangement, le film va réussir à sortir deux épingles de son jeu, inattendues, que sont les couples Starlord/Gamora, et Vision/Scarlet Witch. Si on reviendra sur le deuxième dans la partie suivante, je voulais affirmer une chose basique mais importante : ces deux couples fonctionnent et sont d'ailleurs les enjeux les plus forts.

Starlord perd toute contenance quand il apprend que Gamora est morte, mais surtout on montre que sa force de volonté le pousse à un moment à déclencher son arme, pour la tuer. L'arme est annulée par un gag (dommage d'ailleurs), mais la puissance de la scène est là, de même que l'évolution du personnage basée sur sa prise de poids, due à son couple.

5/ Un duel de Dieux et Titans

Loin de moi l'idée de ressortir la gueguerre de chapelle, mais j'ai souvent vu qu'on reprochait à DC, et notamment Superman, le statut divin de celui-ci et son côté invincible. Je tiens à préciser que si je connais un peu Marvel Comics, de ce que je vois des films, l'écart de puissance devient peu à peu n'importe quoi.

Trois sortent du lot dans ce jeu du plus gros zizi : Iron Man, Scarlet Witch et Thor.

Pourquoi Iron Man ? A cause de sa nouvelle armure faite de nanomachines qui fait tout, sans doute le café... Si j'arrive à admettre la possibilité d'une armure faite ainsi, le problème c'est que le film tire trop sur la corde, et on arrive ainsi à un Thanos qui doit frapper plusieurs fois pour l'entamer au point qu'elle fournit à son porteur une sorte d'invincibilité quasi totale.

La preuve à la fin, où après avoir bien mangé, Tony a à peine quelques bleus. Sans compter que pendant les combats, l'armure lui créée des armes, joint des réacteurs, recolle un vaisseau dans l'espace... Bref... Difficile de raccrocher ma suspension d'incrédulité au porte-manteau et de voir les actions se dérouler sans établir un regard critique.

Scarlet Witch ensuite, laquelle a maintenant une puissance suffisante pour briser une pierre d'infinité... Alors certes, rien ne nous établit la puissance nécessaire pour anéantir ces pierres, mais l'introduction nous indique qu'elles sont une représentation fondamentale d'une des énergies primordiales du big bang.

Difficile dès lors de donner tort à la dame qui se demande pourquoi on l'avait mise dans une salle à part, plutôt que de l'envoyer broyer les vaisseaux en plein vol. PAR CONTRE, je tiens à dire qu'à la différence d'Iron Man, la scène où elle détruit la pierre est pleine d'intensité. Cette intensité, c'est parce que Wanda et Vision sont les seuls à avoir, avec Gamora et Starlord, le temps d'une scène pour faire parler leur intimité.

Thor enfin, qui m'est toujours aussi insupportable, devient une sorte de deus ex machina absolu. On avait déjà vanté la grande force du personnage, mais là il se prend l'énergie d'une étoile dans la tronche, et il lui suffit de saisir sa marthache pour que toutes ses blessures disparaissent. Son débarquement est d'ailleurs le seul moment où on se sent obligé d'avoir un "wouhou vous allez prendre cher", particulièrement chiant.

MAIS dans cette échelle de puissance, je tenais à saluer une scène qui malheureusement m'a déçu par son côté trop court, l'affrontement entre Steve Rogers et Thanos. Bien sur, Captain America est conçu comme un surhomme, et bien sûr il ne fait pas le poids face à Thanos, mais ce plan emblématique où il arrive à arrêter son poing, et à faire douter un instant son adversaire est merveilleux : il ne fait pas le poids mais poussé par cette énergie du désespoir, la force de sa volonté, et son jeu d'acteur, on y croit et je me suis surpris à vouloir vraiment la victoire de ce petit blondinet (qui s'améliore de film en film... Je tiens à le préciser).

6/ Et après ?

Ce déluge de puissance n'est malheureusement pas suffisant, et tout le jeu du film est pour la première fois de faire gagner le "méchant". D'un claquement de doigt final, Thanos va éliminer la moitié de l'univers connu. La scène est forte sauf qu'il faut encore y rajouter un mais. Un mais que je regrette, et qui doit être placé en deux parties distinctes :

D'abord je trouverais plus fort que les vêtements restent sur place. Peut-être était-ce trop violent de voir des vêtements vides voler dans la poussière (BIM pour l'allitération), mais ça aurait ajouté à la scène cet aspect apocalyptique qui là fait presque bizarre. Les gens semblent effacés de la réalité, ce n'est pas mal fait, et j'aurais juste apprécié de voir davantage.

L'autre point négatif, plus problématique celui-là, est l'impossibilité de se soucier de ce qu'il se passe. On se fout totalement des morts, vu qu'ils font l'erreur de tuer Spiderman alors qu'on sait que le 2 est en préparation. Et cette ironie est, je trouve, assez savoureuse. Jugez plutôt : le marketing de Disney vient de tuer l'effet dramatique de son film.

Ils n'auraient pas un plan sur dix ans, qu'ils vendent à chaque convention pour rassurer les actionnaires, on aurait pu croire l'intention quelques secondes. Surtout qu'on garde bien l'ancienne équipe intacte (Captain America, Banner, Iron Man, Black Widow, Thor, et sans doute Hawkeye). La force de maintenir cette équipe pour clôturer le cercle faisait sens.

La mort des héros sonne comme un aveu qu'ils reviendront, sous une forme ou l'autre, et c'est assez dommage de les voir ruiner une idée au moins originale. Parce que le pire, c'est que s'ils avaient décidé de ne pas jouer la surenchère, cette fin de film aurait pu se suffire à elle-même et représenter une nouveauté dans l'histoire des films de super-héros (mais pas dans le cinéma, faut pas déconner. Je conseille Le Grand Silence pour ceux qui veulent voir un film qui finit volontairement mal).

Néanmoins, le film a l'air conçu sur certains points comme un gros métrage et il faudra attendre le 4e volet de la franchise Avengers pour voir ce qu'il en est. Ainsi, il est clair que le 2e gant qu'on nous montre risque d'avoir son intérêt dans la suite, et il est probable que la Miss Marvel teasée soit utile (personnellement vous m'excuserez, mais Captain Marvel pour moi ça a toujours été Shazam).

Le point négatif de ces morts, le vrai point négatif, c'est qu'on n'aura pas le face-à-face qui s'annonçait merveilleux entre Nick Fury et Thanos. Avouez, hormis toutes les critiques objectives et vos qualifications de chef d’œuvre ou de meilleur film de super-héros du monde : il va nous manquer le "shut the fuck up motherfucker" avant de tirer une balle dans la tête rose du titan.

7/ Bilan

Il est difficile de conseiller ce film à quelqu'un ne s'étant jamais penché sur l'univers, et il est aussi difficile de dire à quelqu'un qu'il faut se taper 18 longs-métrages de qualités diverses pour aboutir à ce final. Non, Avengers : Infinity War ne justifie pas à lui-seul d'en passer par là, et si il ne faut pas le réduire à une énième farce de Disney, il demeure un film avec des défauts, dont le fait de vouloir tout concilier. Volonté de faire un film chorale, d'action, sur trois lieux différents est rapidement synonyme de perte de rythme, et de manque de respirations et ce même pour les plus grands.

Loin de révolutionner le cinéma, voire même son cinéma (encore une fois Logan y parvient largement plus), il reste quelque chose d'inédit dans cet aspect étrange, de toit d'une gigantesque construction branlante qui parvient quand même à rester droite. Car la différence fondamentale est qu'il ne repose pas sur la vision unique d'un créateur qui tenterait de raconter une histoire, mais celle d'un producteur qui raconte plusieurs histoires en espérant que des câbles attachés maintiendront l'édifice uni, pour le pire et le meilleur.

Pour ceux qui crieraient au génie, parce que ce film arrive à tenter de les toucher, parce qu'il créée des émotions différentes et invoque un large panel d'humanité dans ses images, je les invite à prendre quelques instants pour réfléchir à cette idée, et se rappeler que de base, c'est ce qu'est censé faire un film. Car oui, Avengers : Infinity War n'est que ça, un film, pas révolutionnaire, pas parfait, juste un bon film... Et c'est déjà pas mal.

 

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