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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


The Witcher 3 : Wild Hunt (CD Project Red, 2015)

Publié par Nicolas Koredly sur 19 Avril 2018, 06:35am

 The Witcher 3 : Wild Hunt (CD Project Red, 2015)

Pourquoi parler, après autant d'années, d'un jeu vidéo ? Comme je l'avais annoncé sur facebook, j'ai été un peu dérangé par la demande faite à une partie de la presse à des critiques de jeux vidéos de critiquer Ready Player One. Alors pourquoi ne pas, à mon tour, critiquer le dernier épisode emblématique d'une des sagas vidéo-ludiques les plus (à mon sens) cinématographiques ? On va donc regarder, ensemble, deux jeux vidéos qui m'ont marqué, l'un pour ses qualités exceptionnelles, et très bien noté, et l'autre pour le néant abyssal qu'il propose et qui est aussi très bien noté par la presse vidéo-ludique.

The Witcher 3 : Wild Hunt est la conclusion de la trilogie amorcée quelques années plus tôt (en 2007 pour être exact) par The Witcher, production du petit studio CD Projekt Red, qui jusque là se chargeait d'adapter les jeux vidéos des autres, voire leurs logiciels. The Witcher est un scénario original proposant une suite à la saga de romans Sorceleur de Andrzej Sapkowski (saga qu'on ne connaîtra en France qu'après la sortie du premier jeu, lequel spoile abondamment le roman... Ça c'est un petit "cadeau" de l'édition française). Mais pourquoi The Witcher 3, la conclusion de cette œuvre étonnante a-t-elle à ce point tout changé sur ma vision des univers vidéo-ludiques ?

On attaque !

1/ Un monde européen, une œuvre polonaise

L'univers littéraire du Sorceleur se situe sur une base mythologique très européenne, ses influences vont du mythe arthurien aux Nix et Dryades, elfes et trolls des folklores scandinaves, germaniques et pays de l'Est. Le récit reste néanmoins un ouvrage polonais, et ce depuis l'écriture par Sapkowski en 1990. Depuis sa parution, il faut bien se dire que pour la Pologne l'auteur est l'équivalent d'un G.R.R. Martin national, son œuvre ayant été adaptée en une série et un film.

Les auteurs du jeu vidéo ont donc été chercher un pur produit local, tout en ayant une œuvre qui va s'adresser au marché occidental, se collant sur des principes de fantasy très connus. Un autre risque était bien entendu de raconter la suite d'une œuvre aussi emblématique, et il faut bien dire qu'ils y sont allés tranquillement. Le premier opus raconte donc de manière assez classique le retour dans son monde de Geralt de Riv, tueur professionnel de monstres, après une amnésie causée par un petit passage entre les dimensions.

On reprend donc la base de la base : un héros amnésique chargé de retrouver trace de son passé : le premier jeu le rend totalement amnésique et ne donnera que quelques bribes par les rencontres de ses anciens amis. Le deuxième nous entraîne sur les prémices du troisième jeu, en esquissant déjà l'optique d'une trilogie. On suit un complot visant à tuer les rois des royaumes du Nord pour permettre à l'empereur Emhyr, un charmant larron, d'envoyer ses forces du Nilfgaard déglinguer les terres qui ne sont pas encore à lui.

Concernant le troisième jeu, on apprend donc que les Nilfgaardiens (les mecs de l'empereur, suivez un peu) ont envahi la Téméria. Ça, Geralt, il s'en cogne, c'est la guerre et le Sorceleur se considère comme neutre. Mais il y a une personne qu'il cherche dans tout ce chaos, et que les lecteurs du roman attendaient depuis longtemps dans les jeux vidéos : Yennefer.

Oui, le prologue consiste bien à retrouver la jeune femme, dont on nous dit dans le deuxième jeu qu'elle est entre les mimines d'Emhyr.

Je m’arrêterai là pour le résumé, un peu ample, mais nécessaire pour aborder l'ensemble des points que The Witcher 3 réussit mieux que ses prédécesseurs, au point qu'aujourd'hui il est difficile de tenir la comparaison.

2/ Pire que le choix, son illusion.

La plupart des jeux ont réussi à intégrer, dans leur narration, le choix. Les choix sont malheureusement bien souvent limités à des lignes de dialogues qui vous donneront des cinématiques différentes à la fin, selon si vous êtes méchant ou gentil.

The Witcher 3 prend un pari plus violent, car vos choix ne concernent pas que vous, et ont des répercussions sur le monde. Surtout, vous pouvez sur un malentendu, parce que vous croyez faire bien les choses, déclencher des événements inattendus. Vous comptez aider cette paysanne blessée ? Manque de chance c'est une sorcière et une fois aidée elle ira se venger sur tout un village. Cette solution n'existe pas et vient de mon imagination, vous n'avez pas été spoilé, je vous rassure.

Je tiens à vous parler de l'événement qui m'a fait prendre conscience du poids du choix : Des individus charmants vous injurient et on vous propose de les laisser tranquilles ou de leur mettre votre épée entre les côtes, mais parce que vous êtes sympa vous restez sage. Puis, alors que vous reprenez manettes en mains, vous les entendez se vanter d'avoir fait une descente dans un village, et d'avoir violé quelques personnes.

Le jeu ne vous dit rien, il ne m'a pas poussé à réagir. Mais entendant ça, j'ai sorti mon épée, et je les ai massacrés. Dans le dialogue, j'avais refusé ce choix, je ne voulais pas causer de torts, mais face à leurs déclarations hors cinématique je ne pouvais que refuser de les laisser vivre. Malgré mon choix dans les dialogues, le jeu a pris en compte que je les avais tués, et j'ai eu des conséquences à ce choix quelques temps plus tard.

Et c'est ça The Witcher 3. N'imaginez pas qu'on va vous prendre par la main, jusque dans les quêtes secondaires vous aurez des choix à faire, et non ces choix n'auront pas forcément des retentissements mondiaux, mais pourront avoir des conséquences plus fâcheuses que ce que vous imaginez. Le jeu vous propose même de refuser certaines quêtes secondaires, et choisir de ne pas les effectuer a des conséquences dans le reste du scénario.

Cette liberté de choix et d'action peut en dérouter plus d'un, et elle va encore plus loin quand on sait que, sans spoiler, vos choix seront respectés à la lettre par le jeu. N'attendez pas pouvoir vous en sortir sans avoir du sang sur les mains, et sans avoir dû semer sur votre routes nombre de cadavres d'innocents... Et n'attendez pas non plus finir avec toutes les femmes de la terre sans aucune conséquence.

3/ Le beurre, l'argent du beurre, et le cul de la crémière

La plupart des gens qui ont eu entre les mimines un des jeux The Witcher peut témoigner d'une présence souvent non dissimulée de sexe. Souvent grivois, les jeux vous proposent dans un premier temps de cumuler les histoires pour faire un genre de collection érotique de cartes et artworks, dans un genre de concours polisson façon "attrapez les toutes".

Le deux pousse le vice à montrer les scènes, en perdant le côté collection pour y ajouter des instants plus pulp, souffrant néanmoins du visuel particulier de l'ancienne génération de consoles (comprenez que c'est loin d'être beau). Le jeu repousse néanmoins les limites, offrant plusieurs scènes qui viennent de ci de là gratifier le joueur d'un désir érotique résolu par des courbes pixelisées.

The Witcher 3 laisse encore une chance aux joueurs de découvrir les plaisirs de la chair pixelisée, mais cette fois dans un but qui n'est pas QUE cordial. Toujours dans cette optique de choix, il est temps pour notre Sorceleur de faire ces choix, et possibilité vous sera donnée de baser vos choix sur des notions "d'amour".

Rassurez vous, il n'est pas nécessaire de faire des déclarations enflammées à chaque fois que vous voulez vous rouler dans la paille pour jouer à la bête à deux dos. Non, cette nécessité ne se posera que pour quelques histoires, lesquelles seront définies par la nécessité pour notre héros de se préparer pour quelque chose de concret : la fin de son histoire.

Car The Witcher 3 : Wild Hunt encourage cet aspect conclusif dans toute ses logiques, cœur, histoire, et personnages.

4/ Un jeu adulte

Si ça montre des madames toutes nues, des monsieurs qui font l'amour avec les madames, et puis des têtes tranchées, vous allez me dire que oui, on est bien sur un monde adulte, tout ça tout ça.

Me concernant, je ne pose pas l'attrait adulte sur ces choses grivoises. Je vous rappelle, pour ceux qui l'ignorent, que les enfants ont l'habitude de vouloir déshabiller leurs poupées Barbies, et d'imaginer avec force et violence comment Action Man vient déglinguer les monstres géants à coup de M-16, avant de balancer 40 rockets dans leurs tronches de sales vilains pas beaux.

N'allez pas croire que vous pouvez montrer The Witcher 3 à des enfants de dix ans, ou même les laisser y jouer. Juste que la trivialité n'est pas l'apanage du monde adulte, quitte à être moins vulgaire autant dire que les blagues de zizi sont plus souvent l'apanage du monde adolescent. La sexualité et l'érotisme n'ont qu'une place minime, et souvent plus proche de la blague potache.

Ces choix, dont je vous rebache les oreilles depuis le début, sont aussi au centre de ce que je considère comme la thématique qui me pousse à qualifier ce jeu d'adulte. Les thématiques étudiées, principalement autour des relations des personnages avec Geralt, sont basées sur ces principes.

Ils peuvent être jaloux, violents, en demande, ou carrément attentifs aux choix que vous faites. Cette relation se joue aussi sur les désirs inassouvis; loin d'être uniquement centrés sur le sexe, ils passent par les relations à sens unique, et surtout la parentalité contrariée.

Geralt, en tant que Sorceleur, est stérile. Dans les romans on comprend vite qu'il se trouve dans l'incapacité de satisfaire les désirs de Yennefer, elle aussi stérile par magie, laquelle met le désir d'enfant avant toute chose.

Dans leurs aventures, ils vont adopter, en pratique si ce n'est légalement, la jeune Cirilla, enfant destinée de Geralt. Cette relation, qu'on associe souvent au rôle du mentor avec le jeune héros, est ici creusée et voit dans The Witcher 3 une continuité touchante. Le choix vous est laissé bien sûr de la considérer comme simplement un objectif, mais les personnages qui vous entoureront n'hésiteront pas à vous le reprocher, et à eux faire ce qu'il faut, aller le plus loin possible et à faire tous les sacrifices.

5/ Une conclusion ?

La conclusion concrète du jeu The Witcher 3 par contre nécessite de dépenser 30 euros (à la base) pour acquérir les deux DLC du jeu (le premier d'environ 10 euros sans réduction, le deuxième 20 euros).

Le premier, Heart of Stone, rajoutera une nouvelle intrigue, plus pulp que l'histoire principale avec tout de même une bonne dose de personnages intéressants (la palme pour Gaunter De Meuré qui mériterait à lui seul de dépenser l'argent pour voir ça).

Mais surtout, Blood and Wine, DLC qui prend acte de son aspect de Last of the Last. La quête principale de ce DLC est montée comme une intrigue secondaire du premier jeu, pas d'implication réelle de Geralt (il n'est qu'un Sorceleur payé pour résoudre un complot), il permet surtout de placer le personnage dans une situation de dernier contrat.

Première acquisition étonnante que vous y ferez : une demeure. Chose étonnante, car un Sorceleur suit toujours ce qu'il appelle "the path" ou la voie. Une sorte de chemin invisible faisant de lui un nomade éternel, ne pouvant jamais trouver le repos hors du combat contre des monstres.

On laisse donc pour la première fois depuis le début de ses aventures la possibilité d'une retraite pour Geralt, un lieu où il pourra finir ses jours tranquillement,

L'autre acquisition qu'on fera et qui marquera ce tournant est l'armure de l'école de Sorceleur de la Manticore. Cette armure devrait faire écho dans l'esprit de pas mal de gens, étant donné qu'il s'agit de la copie conforme de celle de The Witcher 1er du nom. On s'habille à la fin comme au début, la boucle est presque bouclée.

La vraie conclusion arrive à la fin de la quête principale. Un personnage vous rejoint, selon vos choix. Ce personnage se charge de finir avec vous l'avancée de l'histoire, se rappelant à vos bons souvenirs, et venant marquer de la dernière pierre l'édifice de votre aventure.

6/ Pourquoi cette critique ?

Je n'ai pas parlé de Gameplay, j'ai essayé de ne pas spoiler l'histoire, et je n'ai pas non plus été creuser l'aspect cinématographique du bousin. Non, j'ai clairement été plus indulgent avec ce jeu qu'avec la plupart des œuvres, et il faut bien dire une chose importante, il m'a donné envie d'écrire un article sur ce que je considère être la critique.

Je voulais surtout définir avec vous ce qui a été, subjectivement, une expérience intense avec un jeu vidéo. J'y ai retrouvé les plaisirs du jeu, plaisirs qui avaient disparu depuis des années. Et surtout, j'ai vécu un moment en communauté, à me retrouver autour de ce jeu et à vivre cette histoire avec d'autres. C'était un moment de partage comme je n'en ai connu que devant un film.

Et c'était des dizaines d'heures, rassemblé avec ma compagne, et notre meilleure amie, à assister ensemble à ce chapitre. Nous avons vécu des moments de joies, de rires, et sans aucun doutes des émotions qui n'auraient pas eu lieu si cette histoire ne nous avait pas happés tous ensemble.

Alors oui, mon avis est atrocement subjectif, je ne vois que peu de défauts personnellement à ce jeu. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle je souhaitais vraiment écrire cette critique.

Je ne suis pas critique de jeu vidéo. Je peux coller une lecture cinématographique à un jeu vidéo en ayant parfaitement conscience que c'est ridicule. Le cinéma n'est PAS du jeu vidéo, le jeu vidéo n'est pas du cinéma.

Mais, ça ne m'empêche pas d'avoir voulu parler de cet univers, depuis la conception du site de l'Homme en Noir, et c'est maintenant chose faite. J'ai, il est vrai, profité qu'on aille interroger les critiques professionnels du jeu vidéo pour qu'ils donnent leur avis sur Ready Player One, pour aller dans leurs pénates. Dans un sens, je souhaitais surtout partager avec vous ce qui reste, à ce jour, l’œuvre insurpassable pour moi du jeu vidéo.

On reparlera du Sorceleur ici, je suis en négociation pour plein de petites choses, mais n'attendez pas de moi du vulgaire pute à clique pour les actus (j'aime pas ça, j'aimerai jamais ça, je défendrai jamais ça).

7/ Bilan

Je n'ai pas un public bien défini. La majorité de ceux qui lisent ces lignes sont des amis, des contacts, et je sais qu'ils n'ont pas, pour la plupart, la possibilité de faire un trou dans leur calendrier suffisant pour jouer à The Witcher 3 (vu qu'il est nécessaire de jouer aux deux premiers pour un poil de continuité). Le jeu étant sorti il y a maintenant presque 3 ans, ceux qui voulaient le faire l'ont fait.

Mais si vous êtes en recherche d'un jeu dense, d'une histoire complète, et d'une œuvre vidéo-ludique qui ne vous prend pas pour un crétin tout en vous offrant plusieurs dizaines d'heures d'évasions, vous pouvez vous pencher sur ce jeu, sans problème. A l'heure actuelle insurpassé, ce jeu a réussi à marquer plus durablement ma vie actuelle que bon nombres de métrages sortis dernièrement, et fournit une madeleine de Proust au goût particulier, doux amer, qui ravive encore en moi un souvenir qui demeurera à jamais dans ma mémoire.

 

pour rappel, vous pouvez me retrouver sur twitter : https://twitter.com/HommeennoirL

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