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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017)

Publié par Nicolas Koredly sur 1 Avril 2018, 16:27pm

Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017)

Quel intérêt de critiquer un film sortit il y a plus d'un an, dont le DVD/Blu-Ray est déjà dans toutes les étagères des gens interessés ? Et bien sûr dans la poubelle des autres (Voyez, j'imagine le monde en deux catégories, et ça fait même pas 4 lignes). Parce qu'on a déjà causé de Wonder Woman ici, et on s'était quelque peu méfié de Gal Gadot, de son attitude très à l'extrème-droite israelienne et de la difficulté de cette personne de représenter une figure de la paix. On avait aussi sauter toutes griffes sur sa première apparition, qui reste encore à ce jour le film le plus honteux du DCverse (et je pèse mes mots).

Voilà pourtant que Wonder Woman est sorti, et si je m'attendais à une purge infâme, pour plein de raisons que j'évoquerai plus tard, j'ai assisté à une guerre de tranchée particulièrement étrange à base de "Wonder Woman est-il un film féministe ?" ou encore "Wonder Woman ne mérite pas le titre de premier film de super-héros féminin." Bref, ça se tirait dans les brancards pour des questions de chapelle et de politique, mais du film on parlait peu. Et un an après, c'est toujours plus ou moins le cas, on met davantage en avant le fait qu'il présente une héroïne féminine, comme si c'était son argument de vente principale : Or comme on en a parlé dernièrement il serait peut-être temps de changer de disque. Mais Wonder Woman peut-il se vanter d'être le film qui a davantage à offrir qu'un énième captain america dont on change juste la ligne éditiorial et le genre ?

On attaque !

1/ C'est l'histoire d'une femme

A la lecture des premiers synopsis qui sortaient, concernant Wonder Woman, j'étais assez inquet. Situer l'action dans le climat casse-gueule de la 1er guerre mondiale, c'était d'avance se tirer une balle dans le pied. Car oui, la plupart des historiens et des gens qui l'ont vécu ont tous le même point de vue sur cette guerre : Mais bordel qu'est-ce qui nous a prit ? Comme rappelé dans le film, on l'a même considérer comme la dernière guerre du monde, par son aspect cauchemardesque, et ce sentiment de déraison dans tout les camps.

Difficile de placer les allemands dans la peau des méchants, et donc de ne pas se retrouver dans un récit qui va faire du manichéisme là où celui-ci n'a pas sa place.

Revenons donc à notre histoire, car on nous raconte la jeunesse de Diana, princesse des amazones, laquelle vit d'amour et d'eau fraiche sur son île pépouse de Themiscyra. Sauf qu'un jour, un espion nommé steve trevor décide de sauver sa peau en allant plonger dans la lagune bleue. Diana le sauve, et apprend que de l'autre côté de la brume, c'est la merde.

Cette guerre, mondiale, évoque forcément à la jeune fille l'action de son adversaire mythologique : Arès. En effet, la mère de la jeune fille lui a enseigné les dieux grecs dans la tradition la plus pure, et donc si guerre mondiale, et bien Arès. Elle décide donc de traverser les brumes pour aller détrure ce dieu maléfique, et Steve d'y voir une solution pour aller tuer un vilain général Luddendorf (que WW considère directement comme Arès sous forme humaine).

Diana, qui essaye autant que possible de sauver tout le monde sur le chemin, est quand même bien impuissante dans tout l'enfer auquel elle assiste, et finit par ne plus voir dans son objectif qu'un acte sacré, une manière de sauver le monde d'un coup d'épée. Elle n'hésite donc pas une seconde et va planter son épée dans le coeur du vilain Luddendorf, pour se rendre compte qu'Arès est le très britannique et très moustachu Patrick Morgan.

Bim Boum, Diana lui décroche la machoire à coup de baffes pendant que Steve va se sacrifier pour tenter d'empêcher des produits toxiques de relancer la guerre.

2/ C'est l'histoire de deux femmes, et d'un homme

Avant de continuer dans l'analyse, il est important de parler de deux femmes importantes sur ce projet, parce que chacune représente la recherche de ce film et sa dichotomie sur son propos.

La première, caution féministe de son mari (avéré jusque dans le ridicule : http://thebibleofsnyder.com/2015/zack-snyder-feminist/5/ ), Déborah Snyder. Ancienne productrice de pub, c'est elle qui est allée chercher son mari et nous l'a amené. Elle est depuis sa plus fidèle fan, sa défense assurée sur bien des points, et celle qui continue de poser l'emprise de son mari sur chaque film (il suffit de regarder comment, dés qu'il faut montrer l'intelligence de zack, ou ses émotions, c'est sa femme qui va les exprimer. Selon les rumeurs, c'est surtout du à l'impossibilité de zacky d'aligner deux phrases sans les mots "cool").

La deuxième, c'est Patty Jenkins, la réalisatrice. Elle a réalisé Monster en 2003, film pour lequel Charlize Theron a gagné un oscar et qui mérite d'être vu pour son caractère intransigeant et une capacité non négligeable à vous retourner le bide sur certaines séquences. Depuis, elle est partie dans le monde de la série, et n'est ressortie du petit écran QUE pour Wonder Woman. Clairement, elle en avait envie de ce film, et il n'est pas compliqué de comprendre pourquoi. (je vous renvoie à mon article sur le personnage)

Et le troisième, NON ce n'est pas Zack Snyder. Zacky s'est fait discret sur ce film, pour plein de raisons. On va surtout parler là d'Allan Heinberg, le scénariste du film. Ce monsieur a une histoire compliquée avec Wonder Woman, vu qu'il a déjà essayer de porter l'héroïne sur écran. Oui, il est le showrunner de la série Wonder Woman de 2012. Vous ne connaissez pas ? Normal, c'était une catastrophe absolue.

Du bon, du moins bon, du pire. Un projet que voulait absolument Warner et DC, et qu'ils étaient prêt à faire à pertes. Plusieurs raisons à ça, d'abord c'est un pied-de-nez à marvel en lançant la "première" super-héroïne dans un film à elle seule. Puis, c'était un moyen d'assumer une ligne éditoriale mise à mal par Zacky, en mettant de la lumière avec un personnage qui allait devenir la porteuse de flambeau du DCverse.

Leur volonté, défendue par une bonne partie d'hollywood, était aussi de confier le projet à UNE réalisatrice. Ce n'était pas idiot, loin de là, et on verra qu'en soit c'était même une excellente idée. Mais confier tout le reste à des hommes, et vous vous retrouvez avec des gens qui se tirent la bourre pour des concepts qu'ils ne comprennent pas, et des gens qui se critiquent sans comprendre de quoi ils parlent

3/ Candide ou stupide ?

On a beaucoup reproché au personnage d'être stupide. De s'émerveiller de petites choses (la phrase "vous êtes un homme"). Or, il faut voir que si l'île des amazones est bien vu comme un Eden, elle est coupée du monde, et dispose d'informations basées sur une mythologie vieille de plusieurs millénaires. Sans même aller jusque là, Diana tient le rôle ici d'un Perceval dans le roman du Graal.

Coupée des autres, elle assiste à un monde fait de gris quand elle réfléchit en noir et en blanc. La première chose qu'un élément extérieur va lui apporter va dans ce sens. Steve la prévient donc "je suis le gentil, et eux c'est les méchants". Il va sans le savoir déclencher un heurt entre la mythologie et le réel, car quand lui parle de mal (dans le sens ennemi), il a affaire à quelqu'un qui le place comme Mal (dans le sens mythologique du terme).

C'est tout le parcours de Diana, de découvrir que la mythologie qui a formé son existence, que les biais qui l'ont fait avancés, ne sont plus noir et blanc, mais nuances de gris. Leddendorf n'est pas le Mal, il n'est qu'un humain qui refuse de voir son pays perdre après 4 ans de sacrifices.

Diana, persuadée d'avoir affaire au Mal, l'éxécute froidement. Puis arrive la révélation, en fait c'était juste un homme, et Arès comme on l'a dit plus tôt était un britannique. Ce dernier acte a beaucoup été critiqué, et je pense à raison. Passons sur le look improbable d'Arès, moustache garnie au rendez-vous, le problème est autre.

Candide revenait en expliquant à quel point il fallait apprendre, combien il était important de "cultiver son jardin". Son évolution passait de la naiveté à l'instauration d'un esprit critique, et la nécessité de se cultiver pour devenir moins crédule.

Là, Diana se rend compte que sa mythologie est faussée --> Intéressant, puis qu'en fait elle s'est juste trompée --> Dommage. Car oui, si le film n'avait pas misé sur un combat final, ou du moins un final moins candide très justement (je tue Arès et tout le monde il est gentil), il n'en aurait été que meilleur. Le film se contredit lui-même, et prend le parti d'exprimer la possibilité d'une véracité à cet horizon du mythe : si la guerre a lieu c'est qu'arès existe.

Donc non, ce n'est pas tant Diana qui est candide, mais bien le scénario. Faire taire le manichéisme pour mieux le ressuciter, c'est aller contre son propos.

4/ Film féministe ? Ou personnage féminin ?

Inutile d'attendre pour aborder le sujet, que j'aurai presque pu appeler "Cameron vs Jenkins", un peu bêtement j'avoue. Soyons clair, d'entrée de jeu, je pense que twitter est un bon moyen de partager vos nouvelles, de plaisanter, mais le débat n'y a pas sa place, parce qu'aucune idée ne peut clairement s'exprimer en 140 caractères (même en 280).

Je pense aussi que James Cameron et Patty Jenkins ne s'entendent pas, justement parce qu'ils ne sont pas en face l'un de l'autre. Cameron évoque l'écriture du personnage, qui n'est justement pas du fait de Jenkins, et Jenkins reproche à Cameron de ne pas voir que, selon elle, il représente une avancée, non pas pour la cause, mais pour la représentation.

Loin de moi l'idée d'estimer Cameron incapable de comprendre la différence. Il est un excellent réalisateur et il a su le prouver à de nombreuses reprises, MAIS le fait est que si lui a, selon ses principes, plusieurs wagons d'avances, hollywood n'est pas James Cameron, le cinéma n'est pas James Cameron. Aussi, Patty Jenkins ne parle pas d'une avancée concernant la cause, mais bien la représentation de cette cause au cinéma, encore plus dans le prisme des films de super-héros.

Maintenant, est-ce que le film est vraiment féministe ? J'en sais foutrement rien. Il l'est davantage que toutes les apparitions de Wonder Woman chez zacky (ou que tout le cinéma de Snyder dans son entier). Je continue de penser, même maintenant, que juger un film en y accolant un principe politique, ou une vision politique, est un acte risqué. Notre vision de la politique n'est jamais la même que notre voisin, dés lors difficile de contenter tout le monde sur un seul et même principe.

N'étant pas une femme, je peux parfaitement entendre que certaines jugent ce film comme non féministe, voir rétrograde, et je ne veux pas parler à leur place. Selon moi, pourtant, ce film réussit des fulgurances, surtout de mise en scène, notamment sur la scène la plus emblématique du film : La scène du No Man's Land.

Arrivée à la moitié du film, cette séquence est la première vision de l'armure de Diana, une utilisation superbe du ralenti (Patty fait donc un cours de cinéma express pour Zack Snyder), ET une icônisation parfaite du personnage. Difficile de faire mieux et on comprend l'aspect fake du climax final. J'ai eu la larme à l'oeil quand on la voit escalader, et on appuie pas grossièrement sur la notion de no man's. Oui, inutile de préciser pour Diana "je ne suis pas un homme", c'est une évidence, et les évidences n'ont pas besoin d'être exprimée.

Alors peut-être que ce film n'est pas parfait, mais uniquement pour cette séquence, pour la puissance évocatrice qu'elle convoque, et pour l'image qu'elle donne à tout ses concurrents, on peut au moins remercier le film pour ça.

5/ Chacun mène son propre combat

L'autre point différent du film par rapport à ses concurrents restent le fait que tuer n'y est pas anodin. On situe le film dans un contexte de guerre, on s'attend à voir des gens mourir, et on en voit. Mais Diana, autant qu'elle le peut, évite de tuer. Lorsqu'elle est témoin des massacres, de la tuerie de ceux qu'elle a sauvé, elle ne peut retenir sa colère, et celle-ci ainsi que les morts relèvent alors tout leur sens.

Le film ne prend pas de pincettes non plus avec ses personnages secondaires, désenchantés, perdus, et étrangement emprunt de réalisme. Diana, Steve et Luddendorf dénote dés lors dans cette démarche, et on peut presque reprocher un Steve qui joue la carte de la blague (même si ça reste mieux fait que dans Iron Man).

Mais dans le même temps, on place un amérindien, et un "indigène" là, et ils ont parfaitement leurs places (je vous renvoie au film éponyme pour l'indigène, et à la vidéo de Nota Bene pour l'améridien). Les discussions avec ces personnages nous donnent presque envie d'en apprendre plus, et il semble bien que les acteurs ont eu un droit de regard appuyé sur leurs personnages (notamment Eugene Brave Rock, interprète de Napi).

Tout ça nous entraine sur au moins deux tiers du film vraiment intéressant, qui se termine sur une scène d'amour entre les deux personnages principaux. Oui, dans un film de super-héros, même si c'est suggéré, c'est un peu rare qu'on arrive à une scène d'amour ouverte entre deux personnes, et ce basé vraiment sur une romance et pas juste (ok, les deux love interest vont coucher ensemble maintenant).

Le dernier tiers lui subit de plein fouet son propre problème, ne sachant plus quoi raconter, ni sur quoi se concentrer. On finit dans un film essentiellement classique, fait de boom, mais dont l'un des intérêts majeurs est la destruction de l'épée, véritable pied-de-nez à toutes les visions modernes de Wonder Woman voulant absolument lui coller une épée entre les mains (quand tu es une arme, as-tu besoin d'en avoir une ?)

6/ Bilan

Wonder Woman est un film essentiel. Pas parfait, loin de là, son hésitation entre le pur pulp et le réalisme étonne, et souvent détonne. Il montre aussi à quel point ce personnage qu'on a pu juger avec un certain mépris au fil des ans a encore de beaux jours devant elle, et représente toujours un horizon pour les plus jeunes générations. Porteur d'un message qu'on peut difficilement juger négatif (et au vu des zacky productions, c'est pas trop mal), le film prend aussi le temps de faire naitre et mourir son personnage secondaire dans une scène un peu kitsch, mais sincère et efficcace.

Si la question est de savoir si le film mérite de porter le sceau "feminist approval", je n'en sais rien, et ce n'est pas à moins de trancher. N'en demeure pas moins que, malgré tout ses défauts, malgré son côté pompier et son aspect un peu niais par moment, il est une tentative qu'on doit féliciter et encourager, une démonstration que les super-héros ont encore des choses à dire. Dans le maelstrom de voix sur ce sujet, il faut aussi admettre qu'une voix qui a plus de fraicheur, et qui sans renier la parole des autres affirme qu'elle aussi a quelque chose à raconter (ce qui en soit est trop rare en ce moment), est une bonne chose. Ca n'a été qu'une pastille, un instant fugace, mais on ne pourra plus nier qu'il a existé, et peut-être était-ce ça la victoire de Wonder Woman. Vous ne pourrez plus jamais dire que c'est impossible.

 

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