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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Les Fictions de l'Homme en Noir #1 : Cet incroyable Mister Koredly

Publié par Nicolas Koredly sur 4 Janvier 2016, 15:38pm

Les Fictions de l'Homme en Noir #1 : Cet incroyable Mister Koredly

Chapitre I : Curieuse Invitation !

Tout commença dans le Nord de l’Angleterre, région que l’on nomme mystérieuse parce que les banquiers et médecins de Londres ne désirent pas s’y rendre. Pourtant, c’est là où je naquis, vécu, et connu l’être la plus étonnante du monde.

Parlons tout d’abord de Old Granny, qui était à l’époque disons-le, l’exemple typique de la parfaite anglaise. Tant qu’elle le put; elle se chargea d’entretenir son gazon elle-même, et passé soixante ans elle s’employa à amener tous les jeunes hommes à s’en charger. Elle prenait son thé à heure fixe, car tel était la tradition et Old Granny n’était pas femme qui échappait à la tradition. Elle avait deux grandes fiertés. La première était d’avoir survécu à trois maris, ce qui n’était pas rien avouons-le. La seconde, dont elle était le plus contente, était sa collection de couvre-chef. Collection composée modestement de cent cinquante-sept pièces aux couleurs bariolées, toutes faites sur mesure, et dans les matériaux les plus nobles : plumes, fourrures, tweed, soie, écailles, laines, tout ce qui avaient pu un jour passé entre ses doigts. A chaque occasion son chapeau, et à chaque chapeau son occasion.

Puis, il y avait Mister Bottle. Ce descendant d’Ecossais à l’allure dégingandée passait pour un infréquentable. Un de ces individus dont la paresse à entretenir sa pelouse n’était rien comparée à son inénarrable manque de savoir-vivre, qui lui faisait donner du salut en lieu et place de bonne journée. Il avait, disait-on, un emploi d’assistant notarial du comté, et ne pourrait jamais décrocher de contrat d’associé, pour la simple et bonne raison qu’il jurait à voix haute et sans aucune retenue.

Nous pourrions aussi évoquer Miss Tenenbaum, l’institutrice. Véritable éminence grise, elle était charmante autant que pouvait l’être la seule représentante de la raison scientifique dans cette vieille terre, où tout respirait le mythe. Elle pouvait passionner tout son auditoire, par ses lectures favorites notamment. Celles-ci regroupaient notamment La Reproduction de la grenouille par temps de pluie et La Critique de la raison gardée qui constituaient ses livres de chevets.

L’une des autres personnalités était Miss Snappy, qui dirigeait l’orphelinat. Elle était douce, autant que l’on pouvait l’attendre d’une personne de cette époque. Sans être maltraitante, elle n’hésitait pas à enfermer les petits chenapans dans le cagibi, afin de ne pas avoir à utiliser des méthodes moins conventionnelles. Chacun de ses orphelins se devait donc d’effectuer diverses tâches et montrer leur utilité au sein de Locktown, et pouvait être adopté pour la modique somme de 3 shilings.

Et enfin, l’être qui compterait toujours plus que le ciel et la terre, Mary W. Coper, une des orphelines. Si derrière ses bouclettes châtains se cachait une jeune demoiselle qui avait à peine dépassé les onze années, son regard trahissait toujours un caractère revêche qui ne convenait ni à une enfant, ni à une lady ; encore moins à la combinaison de ces deux choses. Si elle parvenait à ne pas être trop insolente, c’était uniquement dans le but de ne pas perdre le peu de liberté que sa vie lui offrait. Elle restait néanmoins habituée aux fugues, et beaucoup disait que sa sauvagerie l’empêcherait d’être un jour adopté par une de ces bonnes familles qui à l’occasion passait par la ville.

Il y avait encore bien d’autres personnages étranges qui restaient là, dans cette petite bourgade du Nord de l’Angleterre. De Monsieur le Maire et ses gilets à carreaux, au postier qui chaque jour déclarait qu’il sentait venir la pluie (ce qui avouons-le n’avait que rarement d’occasion d’échouer dans ses pronostics) ou encore cet étrange bonhomme qui répondait au nom d’Edgar Melcrown qui sortait rarement de chez lui et dont on disait qu’il habitait avec un énorme chien.

Mais ce ne serait pas de cette population dont nous allions parler aujourd’hui, mais d’une bien étrange invitation, venant d’un individu bien plus étrange encore. En effet, au deuxième jour après le solstice d’hiver, chaque habitant de Locktown reçut un courrier cacheté, un étrange volatile représenté sur la cire, et disant à peu prêt cela en toutes lettres :

Aux très braves habitants de Loketown

Nous avons l’honneur de vous annoncer l’arrivée prochaine dans votre merveilleuse bourgade du plus illustre des magiciens de notre bien aimée terre de Grande-Bretagne.

En effet, vous êtes invités à venir assister au plus formidable des spectacles de Magie dans deux soirs, à la sortie de votre merveilleuse bourgade.

Le spectacle sera bien entendu entièrement gratuit et nous vous conseillons d’y amener toute votre famille.

Bien à vous,

H.G. Howard, sous la dictée de Mister N.K., Lord du Nowhereshire, Protecteur de Grande-Bretagne.

Tous les habitants eurent bien sûr un avis fort tranché sur chaque centimètre de la lettre reçue. De cette étrange oiseau sur le cachet, dont certains voyaient un corbeau et donc une macabre plaisanterie, et ou d’autres voyaient une hirondelle de Namibie.

Bien sûr, beaucoup critiquèrent la bêtise du terme, la pauvreté du style, le fait qu’il n’y avait jamais eu à leur connaissance de Comté du nom de Nowhereshire et encore moins de Protecteur de Grande-Bretagne, à part bien sûr la grande et sainte Famille Royale, et la majorité de reprocher la faute au nom de leur ville, qui était, tous de même, digne d’un analphabète.

Et encore une fois, bon nombre de gens, Old Granny en tête désapprouvaient de se rendre à un tel spectacle. Certains comme Mister Bottle s’étonnait de cette donnée approximative qu’était la sortie de la ville, car il y’en avait au moins deux, et que les terrains appartenaient chacun à des propriétaires bien sous tous rapport, qui assuraient ne pas avoir connaissance de l’arrivée d’un quelconque saltimbanque d’ici deux jours.

D’autre, comme Miss Tenenbaum s’évertuait à dire que ces soit-disant magicien n’était que de vulgaire illusionniste et qu’il s’agissait sans doute d’un farceur audacieux lequel serait surement incapable de réussir à dissimuler une carte sous sa manche face à ses yeux de lynx.

Miss Snappy désirait emmenait les enfants à ce spectacle, car malgré la désapprobation générale cela permettrait de sortir les orphelins et donc de ne pas avoir à trouver une activité pour la soirée. Généralement, ils récitaient des passages de la bible, mais plusieurs générations d’orphelins avaient eu raison de la foi de leur gardienne.

Le pasteur Dimwit lui ne faisait que se plaindre que la soirée en question serait le samedi célébrant la naissance de Jésus, et qu’il risquait d’avoir peu de monde concentré à son prèche. Ca ne changerait certes pas de d’habitude, mais tout le monde se gardait bien de le lui dire à voix haute.

Enfin, Mary elle n’attendait guère grand-chose de l’événement. Les grandes personnes ayant toutes un avis plus ou moins tranché sur la question, elle se contentait de regarder le monde extérieur par la fenêtre de l’orphelinat, et de se dire que si intéressant que pourrait être le magicien, il ferait comme tous les étrangers et quitterait la ville sitôt la représentation terminée.

Car personne de sain d’esprit ne restait à Locktown, et Mary se voyait comme quelqu’un de relativement saine d’esprit. Aussi prévoyait-elle depuis plusieurs semaines une solution pour partir, et ce sans qu’on la rattrape. Quelque chose dans l’extérieur l’avait toujours appelé, une sensation intangible et forte.

Aussi, et après avoir compris qu’aussi critique que serait la foule, elle se rendrait dans l’intégralité au spectacle, Mary se dit qu’il faudrait sans doute profiter de l’événement pour s’éclipser et disparaître le plus loin possible de la ville. Ainsi elle prépara un petit sac, dans lequel elle plaça de manière minutieuse une gourde, des biscuits et du pain, une boussole qu’elle avait subtilisée à Miss Tenenbaum.

Le matin du jour tant attendu, elle compléta son attirail en s’infiltrant dans le bureau du maire alors que celui-ci faisait sa tournée habituelle, pour entendre les malheurs de ses administrées. Elle se glissa comme une souris par l’entrebâillement d’une fenêtre.

Le bureau était en désordre, le maire étant de ces gens pour qui les lieux en capharnaüm révélait quelqu’un d’occupé, alors qu’en réalité il passait rarement dans son bureau lequel avait connu trop de passages depuis des siècles sans que jamais personne ne s’y attarde.

La pièce était composée de tas entiers de feuilles et de vieux rapport prenant note de tous les gens ayant habités la ville depuis des années. Une vieille lampe à huile trônait encore, juste à côté d’une autre moderne à l’électricité mais dont l’ampoule ne marchait plus depuis deux mandats.

Mary s’était déjà glissée à l’intérieur, notamment pour échapper à l’école. Mais ce jour-là devait sans doute être le dernier, aussi se fut-elle tentée de chercher davantage. Ecartant les paquets de feuilles recouverts de poussières, elle découvrit une armoire fermée à clef.

Ne se laissant guère impressionnée, elle trouva la clef simplement en écartant ce qui avait dû être un déjeuner oublié pour voir un petit coffret où se trouvait la plupart des clefs de la mairie, dont celle pour l’armoire. A l’intérieur, une collection de livres semblait figée dans le temps, à un point que la poussière s’était même écroulée sur elle-même.

Un des livres semblait faire état des routes de la région, même s’il était vieux, les choses n’avaient pas du autant changer. Aussi, sans trop se poser davantage de question, elle glissa le livre dans sa sacoche et sortit en prenant soin de refermer l’armoire derrière elle, malgré que son jeune âge lui ait fait omettre que de toute façon les traces de ses chaussures dans le sol signifierait son passage pour qui les remarquerait.

« On aurait pas dû rentrer et prendre ça… Si on t’attrape tu auras encore des ennuis et tu seras punie. »

« Me semblait que tu ne devais plus me parler… »

Mary me faisait la tête depuis quelques jours. Elle me reprochait de lui avoir fait peur lorsqu’elle avait tentée de pénétrer le bureau de Miss Snappy pour prendre les clefs de l’orphelinat. En vérité c’était quelque chose qui m’était difficile de ne pas parler à Mary, car elle la seule à me voir et m’entendre, ceci alors que personne d’autre ne faisait attention au fantôme que j’étais.

Je ne sais plus depuis combien de temps j’étais un esprit, la seule certitude que j’avais c’était que je n’avais jamais croisé de créature semblable à moi, et qu’aucun humain ne m’avait jamais parlé avant Mary. Je l’avais rencontré dès que j’avais ouvert les yeux, il devait y avoir quelques années maintenant. Elle venait à peine de rentrer dans l’orphelinat, et moi je fus comme appelé à elle. C’était en pleurs que je la vis la première fois, et ma simple présence sembla la rassurer.

Depuis, je me chargeais non sans mal de la protéger, et de l’empêcher de faire des bêtises trop grave. Si je devinais son intention de s’enfuir dès le soir, le fait qu’elle me faisait encore la tête empêchait toute conversation posée. Néanmoins elle savait se montrer bougonne de nature, et je ne rechignais jamais à insister, notamment en trouvant de nouveaux arguments en ma faveur.

« Mais, on va rater le spectacle de magie… »

« La magie, ça n’existe pas. »

Nous passions alors devant la maison de Melcrown, lequel pour la première fois que nous le connaissions recevait de la visite. En effet, des hommes à l’allure sombre, au regard sauvage, et à l’aura sinistre, se trouvait sur le seuil de sa porte. Ils ne jetèrent qu’un coup d’œil dans notre direction, mais j’aurai juré y avoir perçu quelque malveillance aussi bref que fut l’échange.

Mary dut aussi sentir le danger, car elle se rapprocha d’instinct de moi en frissonnant. Je fis un signe devant ses yeux, et quelques grimaces et imitation des hommes finirent de la faire rire, provoquant de la même manière le retour à la conversation de ces étranges individus.

« Il me semble que le spectacle de magie aura lieu en extérieur de la ville. »

« Oui. Et ? »

Il semblait qu’elle m’avait enfin pardonné.

« Et bien, si tout le monde se rassemble, on aura plus de facilité à disparaître dans la foule. Alors que si on reste seul, on va éveiller les soupçons. »

« Admettons… »

Et c’est ainsi que je parvins à convaincre Mary de se rendre à ce qui devrait être le plus grand événement de son existence.

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