Bon, bon bon bon, après une longue absence estivale, il fallait bien que je m’y remette, et c’est chose faites avec le nouveau film DC enfin sorti. A nouveau, le film subit une déferlante de mauvaises critiques, jetées à l’acide par spectateurs, professionnels, et journalistes… Il semblerait même qu’à la différence de Batman V. Superman il fasse l’unanimité contre lui… Est-ce que c’est vraiment mérité ?
Le fait est que dire « ce film est une merde » ne serait pas suffisant. Ce film réussit néanmoins deux choses, celle d’être en effet un film mauvais, mais aussi de ne pas être un mauvais film. Sans plus attendre :
On attaque !
1/ Chronique d’un suicide annoncé
Quand Warner, poussé par DC au vu des chiffres de Disney/Marvel, décide de remettre les super-héros au cinéma, il lance plusieurs projets de sa « phase 1 ». Batman V. Superman est bien sûr le premier (man of steel n’était en soit qu’un test), celui dont on parle le plus, mais dans les ombres, un autre film grandit.
Oui on parle de Suicide Squad parce qu’il faut dire qu’arrow fait un carton sur petit écran, et que ça a permis d’introduire des personnages de méchants au centre de l’action de certains épisodes. Sauf que voilà, suicide squad c’est un film d’équipe, exactement comme avengers, sauf que là les membres sont peu (pas) connu du grand public.
Donc, il faut trouver une solution pour faire déplacer le pécore moyen jusque dans sa salle de cinéma. Il faut donc : 1/ Une tête d’affiche, qui justifiera le déplacement, 2/ Un personnage féminin qui attirera le public masculin crétin, 3/ Une ouverture sur des films suivants si possible avec la présentation d’un personnage important lié à l’univers.
On obtient donc : Will Smith (qui voulait refuser le rôle au début, jugeant l’importance de deadshot dans les comics minime. Il a donc du faire modifier le scénar dans ce sens, et ça se voit), Harley Quinn en string, et le Joker comme second rôle bizarre, campé par un Jared Leto mis là pour attirer la jeune adolescente en fleur. Vous le voyez le "hic" ?
Autre soucis, la force d'intervention X (je trouve ce nom très drôle) ou suicide squad (c'est moins drôle) est un groupe de vil méchant... Mais c'est les personnages principaux des films. DONC comment faire ?
Et bien on va montrer plus méchant qu'eux, à savoir l'enchanteresse, le joker, et amanda waller. Je dois constater une chose d'entrée de jeu, je n'ai pas compris les critiques sur l'enchanteresse (si ce n'est qu'elle souffre du même soucis que les autres persos, mais j'y reviendrai), le joker fait pâle figure (haha, humour), mais AMANDA WALLER. Ok, on va dire que jouer une connasse ignoble du gouvernement qui ferait passer Ombrage pour blanche-neige c'est pas forcément le plus compliqué, mais Viola Davis campe ici une personne merveilleuse et sans doute le personnage le plus ambiguë de ce film (ce qui est, en soit, un comble).
Cette femme a mérité son emmy, largement (je conseille d'ailleurs de voir son discours de remise de prix, ici). Et de la même manière que Harley Quinn tremble devant elle, j'ai apprécié la capacité à la montrer comme imperturbable et avec toujours un à deux coups d'avances sur l'ennemi. J'ai moins aimé qu'elle soit traité uniquement en personnage secondaire.
2/ MTV present
Le film ne sait pas où se situer, et je pense qu'il s'agit d'un de ces deux plus grands défauts. Ils ont misé sur le public pour coller ce qu'ils pensaient que celui-ci attendait, résultat le film manque de saveur et semble plus marketté qu'un bidon de lessive. L'entrée direct dans le récit par le plan sur Belle Reve avec house of the rising sung m'a mit en joie. Pas de générique, une musique connu jouant sur le côté carcéral... Je m'y suis cru...
Ca a duré 1 minute, le temps de voir deadshot et de passer à une autre musique type hip-hop... Admettons, un monde s'efface pour un autre (la vision des années 60 face à l'actuelle). Sauf qu'encore quelques secondes plus tard, nouveau personnage, nouvelle chanson...
Tout le film souffre d'une direction artistique éphémère, passant d'un genre à l'autre, ne gardant jamais ses marques, jamais une atmosphère, et donc finalement déroule la playliste d'un mp3 sur le thème "prison, djeuns et musique branchée".
Ce surplus est déjà problématique, mais il fait tellement cache-misère d'un côté clip de mtv dont le film ne se cache même pas. Adieu les plans lents, posés, que promettaient la première bande-annonce (qui m'avait vraiment donnée envie), On filme tout en plan serré, surtout les combats histoire qu'on ne voit rien, et on coupe au montage tout ce qui dure plus de cinq minutes.
Résultat, un film mal rythmé, mal cadré, mal dirigé qui semble se perdre, c'est comme si on voyait à chaque séquence les combats entre David Ayer et les cadres de la Warner. C'est tellement visible qu'on nous montre un flash-back d'introduction sur deadshot qui dure bien cinq minutes, puis la même sur harley quinn en allant plus vite, et après on se rend compte qu'on a encore 5 personnages à présenter alors faisons ça vite, hop hop.
On s'attache donc difficilement aux personnages, lesquels ne sont pas creusés, pas fouillés, et semblent plus se débattre pour exister quelques secondes à l'écran.
Et comme c'est un film avec de la musique pour djeun, des images rapides parce que c'est ce qu'ils aiment les djeuns, ben on va mettre des blagues de djeun, parce qu'ils aiment rire les djeuns. Donc le film qu'on nous avait vendu comme sombre, torturé, fait enchainer des blagues à chacun de ses personnages (hormis le joker qui n'en fait aucune, mais admettons).
Sauf que la multiplicité des blagues rend chaque personnage semblable, hormis diablo qui est le personnage de l'équipe le plus intéressant, si on exclue qu'on ne traite rien de lui. Difficile donc de les démarquer entre eux au vu du traitement qu'ils ont, hormis avec leurs capacités, lesquelles encore une fois ne sont pas très clair sur l'ensemble de l'équipe (qu'est-ce qui fait qu'on envoie harley sur une telle mission par exemple?)
3/ I started a joke
Passons à ce qui est pour beaucoup, dont moi, l'un des autres gros points noirs du film, le Joker. Sauf qu'à la différence de la plupart des critiques que j'ai lu ou entendu, je ne vois pas exactement quel est le problème, et donc quel serait la solution, car de fait j'ai l'impression qu'il y a une multitude de petits soucis qui additionné rendent le tout indigeste.
Le look d'abord : J'ai eu un choc en voyant le design de ce joker, notamment car je savais qu'on allait être amené à le voir souvent. Mais admettons, tout comme les gens qui lui reprochent un côté "gangsta", le joker est insondable, intemporel et surtout fou. Qu'il décide de s'habiller comme un fan de maryline manson et eminem est cohérent dés lors que le film a lieu en 2016 les enfants. Et oui, le costume du joker doit aussi s'adapter à son époque, il ne va pas porter une redingotte des années 60 juste comme ça. Alors pour le look, admettons.
Reste la manière de donner vie au personnage, et là c'est un 0 pointé. Est-ce la faute de Jared Leto ? De la direction d'acteur de David Ayer ? Apparemment la faute est double, car Ayer a décidé de laisser Leto en roue libre (ne faites jamais ça, JAMAIS !). Et celui-ci décide d'offrir une version inédite, mais qui peine à surpasser ses ancêtres.
Leto n'arrive pas à être terrifiant, or il s'y essaye à plusieurs reprises et ce n'est pas le regard vide qui parvient à rendre une quelconque intensité, ou encore son dentier en or qui le fait mâchouiller chaque mot qui pourra le sauver. L'autre soucis vient dans la relation qu'il entretient avec Harley Quinn, laquelle est survolée, semble intense mais on ne voit que dans une scène la portée de celle-ci : la cuve d'acide, seule véritable scène impressionnante même dans l'introduction du flash-back par Margot Robbie.
Problème, la scène est précédé d'un autre flash-back où le joker traite avec un genre de caïd de banlieue et instaure une ambiance vulgaire par un jeu de femme objet. Certes Harley est fondamentalement la définition même de femme objet, en cela qu'elle incarne la femme torturé par la folie furieuse d'un conjoint absolument hors cadre.
Mais vu que toute la mise en scène en rajoute sur la plastique de la madame, qu'on a même droit au plan où elle se retrouve en bikini devant tout le monde à s'habiller, la scène avec le joker donne seulement une impression de dégoût et on a qu'une envie c'est qu'elle disparaisse.
4/ Now the joke is on me
Pour finir sur la longue liste des problèmes, parlons du côté "méchant" sur lequel a insisté le marketing ET les campagnes pubs. Oui, il y a clairement un soucis liés aux personnages et à leur traitement dans ce film. Harley Quinn dont le seul acte méchant est de voler un sac, Deadshot qui s'offre une séquence full épique à base de carton dans la tête en étant lui-même sur une voiture.
Les méchants sont des créatures informes, inhumaines, donc facile à descendre sans qu'un jeu sur l'innocence ou autre soit utilisé, quelles seraient les vrais cibles à l'heure actuelle de méta-humains monstrueux ? L'autre grand méchant est le gouvernement qui met ses pauvres gens en prison, alors que tout le film s'évertue à nous les montrer sur le meilleur côté possible.
Le summum du ridicule est atteint quand Diablo annonce à ces étrangers rencontré la veille qu'ils sont sa nouvelle famille, et s'en va se sacrifier dans une séquence certes dantesque, mais qui tombe comme un cheveu sur la soupe au vu du côté ridicule et artificiel de la chose. Comprenons nous, rare sont les films à ne pas user de ce genre d'artifice, mais on nous parle d'ordure abominable, qui passent leur temps à blaguer 90% du film, alors difficile de s'y attacher pour donner la cohérence suffisante aux rares bonnes scènes.
Car oui, qu'on se le dise, il y a des bonnes scènes, des scènes avec une vraie intensité dramatique, dés lors qu'on oublie le décolleté d'harley, les références blacksploitation de will smith, les relants de G.I. Joe de Rick Flag, on voit un autre film, pas le film qu'on nous montre mais celui qu'il aurait pu être.
Il suffit de plonger dans les méandres d'une Margot Robbie lorsqu'elle songe à la seule chose qui l'a conduite ici, à savoir l'amour, mais qui est plongé en une seconde pour ne plus jamais être évoqué. Là où Will Smith évoque sa fille dans des ralentis héroïques, on aurait pu voir comment il n'est finalement qu'un immonde aux mains sales (là, il passe pour le héros car maman est une vilaine alcoolique absente).
Encore une fois, seul Diablo jouit d'une approche dramatique, qui n’aboutis à rien car perdu entre deux vannes potaches destiné à faire rigoler le teubé moyen.
5/ Bilan
Je l'ai dis, il ne s'agit pas d'un mauvais film, mais d'un film mauvais. Il est l’extrême inverse de Batman V. Superman en cela qu'il n'a aucune vision uni et artistique, et il est dur de voir ça de la part d'un homme comme David Ayer qui a quand même réaliser Fury avant ça. Mais ils se sont trompé d'histoire, ou bien de genre, et ils décident de nouer eux-même la corde pour pendre leur projet.
Suicide Squad avait tout pour être un film dramatique et carcéral, ce qui aurait été innovant et une grande première dans le monde des super-héros au cinéma. Au lieu de ça, le drame s'est déroulé dans la salle et dans ce qu'il a renvoyé aux critiques qui ne veulent plus de film uniforme et sans saveur, Green Lantern avait déjà payé ça il y a quelques années, Suicide Squad vient replanter des clous dans le cercueil. La seule réussite de ce film est de permettre à Ben Affleck de jouer un Bruce Wayne plus léger, moins "bourrin", et on sent que le costume est en train de se tailler sur lui.
