Après une année quasi entière de silence, depuis la dernière saison de GoT en fait, il fallait bien que le retour de la série signe mon retour à la critique écrite. Cette saison démarre avec prêt de 3 mois de décallage avec les autres, pour 3 épisodes de moins que ses petites soeurs... Nous allons donc voir ensemble si ce que j'ai déjà défendu sur ce blog, le fait qu'avec du temps Benioff et Weiss s'en sortent merveilleusement bien peut être démontré.
Et c'est un épisode avec plusieurs thèmes qui ressortent, dont l'éclatement des frontières et la Foi, qui perle sur l'ensemble, avec un nouveau jeu des trônes loin de celui de fer. Du bon, du très bon, et du mitigé qui va devoir faire davantage pour vraiment briller.
Allez, vous l'attendiez : On attaque !
1/ "Tellement froide les mains d'une femme"
Déjà, on peut dire que l'aspect introductif général des premiers épisodes n'est pas oublié, même si on zappe l'étape "regardez où sont chacun des personnages, des fois que vous n'ayez pas maté l'intégrale la semaine dernière". Ne riez pas les trois du fond, c'est vraiment pour ça qu'on fait ce genre de choses.
Après le logo HBO apparait un Walder Frey bien vivant dans sa salle de banquet, tandis qu'il a invité tout les membres de la famille à venir faire une petite sauterie. Le barbecue se passe bien, Walder fait le tout gentil en servant à chacun de sa parentée un bon verre de vin. Oui on a tous bien comprit ce qui allait se passer dans la séquence. Et l'introduction de la Foi dans cet épisode se fait par l'incarnation de la Némésis, Arya.
On avait déjà parlé du chemin tordu sur lequel s'était engagé Arya, qui ne pouvait la conduire qu'à la mort. Symboliquement, Arya devient là une figure mythologique de la punition divine, et étrangement c'est la seule voie dans laquelle elle pourra espérer continuer son existence (tout en ayant une mort métaphorique).
Elle prend son incarnation divine en deux données, différente de son credo habituel : Elle fait une référence aux crimes des Frey, du meurtre de sa belle-soeur enceinte à celui de sa mère MAIS conclue par le massacre des invités, l'acte le plus terrible qu'ils ont commit au regard des Dieux. Ensuite, la phrase "leave one wolf alive, and the sheep are never safe", référence à son blason familial, mais surtout une référence commune aux Lannisters de prédateur au-dessus des autres.
La deuxième scène d'apparition est quand à elle beaucoup plus intéressante. Elle commence par une chanson lancée par un Ed Sheeran en armure rouge des Lannister. La chanson est d'ailleurs une adaptation, rapport au fait que dans les romans elle parle de Tyrion et de Shae, et la main d'or est une référence direct au collier de la main. Là, elle semble trouver echo dans l'histoire de Jaime bien davantage.
La scène est toute particulière, se focalisant sur Arya qui a bien grandit, et dont les regards des autres hommes trahissent une situation étrange à Westeros, qui est l'éclatement des genres et des frontières. Arya a clairement l'air de venir du Nord, et les Lannister qui lui offrent un repas semblent tous n'avoir pas plus de trente ans. Il en découle que ce sont surtout des jeunes qui se retrouvent, et échangent sur la réalité de la guerre.
Ce genre de scènes est rare, dans la série et encore plus dans les romans. Les gens du quotidien sont toujours montrés par le biais des puissants, et généralement pour briser le manichéisme à l'inverse (les hommes des Stark violent aussi, et pendent des cadavres). Là, malgré le fait qu'Arya reste méfiante, la scène nous montre des personnes comme agréable, humaines, dont les armures sont trop grandes pour eux. Arya néanmoins ne se démontent pas, et n'hésitent pas à leur dire qu'elle va tuer la reine, si elle doute en un regard du caractère maléfique de ces hommes, elle se tient quand même prête à les tuer...
Némésis, vilaine Némésis.
2/The night of the walking dead
(Je profite rapidement de ce petit passage pour dire qu'on peut tous avoir une pensée pour George Romero, inventeur du zombie moderne sans qui je pense nous n'aurions pas eu des spectres dans les romans et la série de même facture).
Juste après le générique, on retrouve un plan particulièrement long où l'armée des Autres est en marche. J'avoue que la chose qui m'a plu le plus est l'effet donné au brouillard où on a l'impression qu'il s'agit de corps qui avancent. J'ai regardé plusieurs fois, et je peux affirmer que oui, il y a bien des formes de corps qui composent le brouillard. L'importance de la séquence est aussi de montrer la présence de nombreux géants dans l'armée des Autres, remplaçant sans doute l'ours polaire.
Le plan est intéressant, un peu long certes, mais intéressant. Au moins la menace y est présentée dans ce qu'elle a de plus terrible, dans le silence, avançant inexorablement. Cette saison est clairement celle des marcheurs.
On retrouve Bran, qui a décidémment du bol d'avoir Meera Reed, laquelle a sacrément bon dos pour se trainer son seigneur depuis les lointaines terres gelées. Je suis sûr que pendant l'ellispe ils ont fait de la luge sur les dunes ! En l'occurence ils croisent le nouveau chef des lieux, Edd-la-Douleur qui a décidemment perdu sa verve et son sens de l'humour (ce qui est cohérent, mais un peu triste).
Petite remarque en passant, le fait que Bran sache que Edd était au poing des premiers hommes et à Durlieu n'est pas une démonstration du fait qu'il est Bran Stark. Remettez un peu de contexte : "prouvez-moi que vous êtes bien Bran Stark.", "Vous chaussez du 44, votre mère était un hamster et votre père puait le sureau". Voyez ?
Il aurait été beaucoup plus intéressant, en lien avec les thèmes abordés, qu'Edd explique n'en avoir rien à faire de l'origine des deux personnes, surtout vu ce qui arrive (ou limite, que Meera le lui rappelle.)
Bah...
3/The Kueen in the North
Retrouvons Jonny Jon Jon dans son Nord glacial. Il décide de tenir une réunion avec tout les bannerets du Nord, dans le but de mettre les pendules à la même heure, à savoir "les mecs, les morts arrivent et on va prendre cher". Donc il va falloir commencer à rassembler ses forces et fissa, mais surtout se lancer dans la recherche d'obsidienne pour en faire des flèches et des lances.
Jon est celui qui, dans l'épisode, brise le plus clairement les frontières. S'il peut se le permettre, c'est que lui-même a eu un trajet (parcours... Héros... Campbell.......) qui l'a amené à remettre en doute les frontières et les places de chacun. En tant que bâtard, il était déjà sur cette ligne, sa vision des sauvageons l'a amené à embrasser leur cause et leur point de vue, sa vie avec Ygritt lui a démontré la force d'une femme.
Dans cette scène, on voit Sansa agir avec toute la rancoeur qu'elle a à présent. Oui elle veut se venger, et plutôt deux fois qu'une. Et cette vengeance place une priorité dans son esprit qu'on voyait déjà apparaître la saison précédente. Pour l'heure, le jeu des trônes est celui de deux fortes têtes avec deux objectifs différents, amenés néanmoins avec un certain respect mutuel.
La force de la première scène à Winterfell est la présence, dissimulée tout du long, des derniers héritiers Karstark et Omble. Pendant que tout le monde discute de leur destin, ils sont là, à attendre qu'on aille même jusqu'à les décapiter. J'ai remarqué aussi que le petit omble avait l'épée de Ptit-Jon, bien vu la transmission.
Jon décide de leur pardonner, et ne pas faire punir les crimes de leur père. Il décide de se concentrer ouvertement sur l'invasion future des marcheurs, ce qui est une bonne chose, mais Sansa le lui rappelle, il doit faire attention à ce qui peut venir du Sud autant que ce qui peut venir du Nord. Pour le Nord, il a décidé de confier Fort-Levant aux Sauvageons, pour équiper le mur avec son cher Tormund.
Et sinon, tonton Petyr Bearlish continue le raccolage de mineur en essayant de récupérer la pov Sansa dans son giron. Mais on ne la lui fera plus, et que t'as oublié le petit diner, et le bisou sur la joue, et de me raccompagner avant chez papa (oups, c'est vrai qu'il est mort). Cette scène est aisément dispensable, si elle permet de voir la perte de pouvoir de Littlefinger sur Sansa, c'était déjà amorcé dans la saison précédente... On en avait plus besoin.
4/ Cersei Damidot vs Euron Sparrow
Nous revoilà à King's Landing pendant que Cersei refait de la décoration d'intérieur. L'occasion de voir que les rapports de force avec ceux du Nord sont inversés, mais comme pour le Nord, la femme est la psychopathe du groupe. Jaime est relativement désemparés, notamment face à la folie de sa femme/soeur.
Elle annonce sans ombrage que ce vilain petit Tommen s'est suicidé et que ce n'est pas un problème... Le p'tit salaud l'avait mérité ! Mais quand il s'agit d'en parler, elle fonce boire son premier verre de la saison (je ne tiendrai pas les comptes). Tandis qu'elle joue à Gulliver sur sa réplique de Westeros, elle explique que malgré les craintes de son frère, elle a LE plan infaillible pour sauver son trone.
Cersei a vraiment un goût prononcé pour pirates des caraïbes, car après le cap'tain High Sparrow, on observe l'arrivée d'Euron Jack comme soutien à ses armées. Je ne suis toujours pas convaincu par la performance de l'acteur. Trop humoristique, pas assez sérieux pour vraiment faire peur, la promesse d'en faire un personnage pire que Ramsay me fait craindre beaucoup pour la suite, quelle action vont-ils lui faire commettre ?
L'acteur joue son personnage comme une parodie grotesque du personnage de Floki de la série vampire (qui était une parodie grotesque... Autant dire que niveau modèle c'pas cool), quitte à aller à fond, ce qui pourrait être un genre, ils auraient du pousser l'aspect cartoon et en faire une sorte de Joker rempli de breloques, et complétement insconscient jusqu'au bout... Enfin, dans mon idée quoi.
L'idée de Cersei après de s'allier à des Greyjoy nous fait aussi écho à la phrase de Sansa, sous-entend à Jon qu'il doit être plus intelligent que Robb. Cersei, elle, continue de s'enterrer autant que possible en ayant systématiquement des idées (quelqu'un devrait lui dire que les idées, c'est pas son truc).
De toute façon, Cersei est bien plus doué dans la mort de mari que dans les plans pour prendre le pouvoir, ou le conserver.
Jaime continue d'espérer, quand à lui, que sa soeur n'est pas définitivement perdue... Mais étrangement j'ai des doutes.
5/ les formidables aventures de tonton sam.
On assiste avec plaisir à notre famille recomposé préférée de Westeros. Sam, qui a décidé de se spécialiser dans la carrière de mestre, se rend compte qu'il a du mal à supporter le bizutage local. Faut admettre que les ellipse nous place dans un quotidien loin d'être agréable, avec notamment un montage parallèle sur ce qu'on lui fait servir à manger, et ce qu'on lui fait enlever des pots de chambres. Tout ceci provoque des hauts le coeur de notre cher Tarly, qu'on a aucun mal à imiter à cause de la juxtaposition des images de bol (dont on est persuadé de voir tomber une crotte à un moment.)
Passant le coté potache de la situation, l'intérêt est surtout dans ce quotidien loin de tout, coupé des vrais soucis du monde, ce qui intervient encore avec la discussion qui suit avec un des maîtres de Sam. Celui ci lui annonce, sans broncher, qu'il croit bien à son histoire de réveil des Autres. Mais eux n'ont pas à s'en mêler, ils sont les gardiens du savoir.
En gardien, il précise à Sam que l'action n'est pas leur vecteur, que la fin du monde a déjà été maints fois avancer et que le monde est toujours là. La dure réalité qu'on peut lui opposer, c'est que la raison pour laquelle le monde ne s'est pas écroulé c'est parce que des gens avaient agit. C'est justement ce que va faire Sam en allant chercher des informations de lui-même, en rompant ainsi les régles de l'ordre.
Sam a toujours eu quelques soucis avec les principes rigides des carcans. Dans la Garde de Nuit, il n'a pas hésité à proposer son aide à Gilly, au mépris des risques, ou à la garder auprès de lui quand la situation aurait exigé qu'il l'éloigne. Il se rapproche en ça d'Arya, qui n'a prit que ce qui l'intéressait de l'enseignement des sans-visages avant de se débarasser d'eux.
L'autre chose intéressante est cet étonnant pragmatisme du mestre, basé en partie sur les carcans rigides, et dans l'autre sur le rejet pur et simple de principes basiques. La citadelle est coupée de tout, loin de tout, ne fait pas de politique ni d'humanisme primaire. Ce détachement est particulièrement étrange, à voir si ça viendra frapper les mestre ou si au contraire la situation dans le Nord parviendra à vaincre les Autres avant qu'ils ne descendent autant au Sud...
Leur Foi dans le fait que rien ne bougera, où même leur mission est de retranscrire l'apocalypse s'il devait se déchainer, peut amener à être vu comme une critique de leur dogme fondamental... Et puisqu'on parle fondamentalisme et dogme :
6/ Hellfire
Arrivons à l'une des séquences les plus saisissantes de cet épisode, en retrouvant le petit frère Clegane. Sandor semble en effet avoir décider de suivre Beric Dondarrion dans sa quête vers les terres gelées du Nord. Sur la route ils croisent une petite demeure qui semble abandonné.
Après avoir douté de la sureté des lieux, ils se rendent compte que l'ancien propriétaire des lieux est encore là, sous la forme de squelette. Ainsi vint la première pièce de l'ancienne légende des Autres de Vieille Nan, racontant le destin des parents tuant leurs enfants pour éviter des les voir affamés.
Cela amène une autre réflection, celle de Sandor et de sa haine du divin et de l'injustice du destin. J'ai adoré cette conversation, car elle replace l'individu quotidien, ordinaire, qui cotoie l'aspect le plus fantastique du monde. Face à un immortel, Sandor rappelle la terrible réalité qui est que la "chance" de Béric n'a pas de raison, et qu'après tout pourquoi sauver un simple humain comme Dondarrion plutôt qu'un père, ou sa fille.
Thoros, comme réponse, décide de lui montrer une vision des flammes. Tout comme Stannis, Sandor a donc une vision de ce qui arrive, et à la différence de Stannis, cette vision n'annonce pas de grande victoires mais l'arrivée du Roi de la Nuit.
Il semblerait donc que n'importe qui regardant les flammes avec un prêtre rouge puisse avoir des visions. Je trouve dommage qu'il n'y ait pas eu une petite incrustation d'images dans les flammes, permettant de saisir la réalité de cette vision pour nous spectateur (ou alors nous n'avons pas suffisamment la Foi...)
La séquence se termine avec un Clegane occupé à enterrer les corps, de manière respectueuse (ils portent les deux là où avant il se serait contenter de ne pas creuser, puis seulement de les pousser du pied dans le trou). Thoros est motivé par l'action et décide de se joindre à lui.
Le Limier essaye même de prononcer une prière, mais son passé l'a bloqué et ne parvenant pas à la finir se lance dans une phrase personnelle. C'est le premier moment de franchise de la part de Sandor depuis longtemps, et c'est le long chemin qui lui réapprend petit à petit à redevenir humain.
Sandor, l'homme transformait en chien, et qui souhaitait redevenir un homme.
7/ the One true Queen.
L'épisode se termine sur Daenerys, dans une longue séquence silencieuse, impériale, où elle vient prendre possession de Peyrdragon. Cette séquence est efficace, la montée en puissance s'installe au fur et à mesure qu'elle fait le chemin, fermant le cercle commencé par son ancêtre Aegon 300 ans auparavant.
Il prenant de voir que ce que la série le plus souvent, ce sont les séquences de silence. Celle-ci ne déroge pas à la régle, laissant la possibilité aux acteurs d'apparaître étrangement plus humain, perdant chacun de la superbe qu'il porte souvent avec les longs discours.
8/ Les +, les - et Bilan
les + :
- Séquence bien contrôlées, épisode bien rythmées,
- des thématiques humaines bien travaillées,
- un fantastique bien dosé, et pleinement intégré dans la cohérence de l'univers,
- pas de fausses notes de jeu...
les - :
- ... A part Euron Greyjoy, encore...
- ça piétinne déjà à port-réal en un épisode
- la présence vraiment dispensable de Jorah Mormont
- peu de plan vraiment inspiré... Dommage
Dans l'ensemble, la saison commence très bien, offrant de vrais moments de gloires à ses personnages, avec des thémes comme je l'ai dis pour une fois traité avec sobriété. Le rapprochement de l'humain est agréable, mais il serait bien de ne pas trop casser la notion épique des plans, ou du moins une certaine construction de ceux-ci...
Soyons néanmoins factuel, à l'heure actuelle cette saison s'annonce une continuité de la sixième dans la qualité qu'elle a à offrir, reste à voir s'ils vont parvenir à raconter ce qu'ils veulent ou s'ils vont s'attarder sur des points qu'ils feraient mieux de simplement oublier. Le reste ne sera qu'un coup de poker, espérons qu'ils remportent la mise (et qu'on ne soit pas les grands perdants).
Je rappelle à tout hasard que vous pouvez trouver ma page facebook ici : https://www.facebook.com/Nico.Koredly/
Et que je suis actuellement en train de travailler sur une série intitulée Paradoxe que vous pouvez retrouver là : https://www.facebook.com/LaserieParadoxe/
Avec un premier trailer disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=VMdeOxksenY
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