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L'Homme en Noir

L'Homme en Noir

instants de chroniques pour du temps à perdre !


Vis ta vie en basse résolution...

Publié par Nicolas Koredly sur 25 Août 2015, 15:10pm

la vengeance légitime

la vengeance légitime

Clairement, ce film ne me faisait pas envie. D’abord parce qu’il s’agissait d’une énième tentative d’adaptation de l’univers ‘geek’ en mode racolage (et j’y reviendrai), le prix racheté d’une œuvre qui fonctionnait en court-métrage (court, pas de récit, bel hommage), et un réal connu comme Yes man (un type de réalisateur, pas le film de jim carrey)

Et non seulement ce film ne me faisait pas envie, mais je n’avais pas envie d’en écrire une critique, un peu comme terminator genysis (sérieusement, qu’en dire ? Aucun intérêt à part la première partie…) mais… Ben voilà, je l’avais en grippe, et pourtant je l’ai vu, et pourtant aujourd’hui j’écris. Est-ce que ce film a été une bonne surprise ? Est-ce que j’ai décidé de ravaler ma bile et d’aller pleurer que c’est le plus grand chef d’œuvre de l’année ? Non…

Mais aussi mauvais que soit ce film, fait pour de mauvaises raisons par des incompétents, il est symptomatique d’un état de fait que je ne peux qu’apprécier. Oui, Pixels est nul. Mais sa présence dans les salles obscures permet d’identifier un principe important, qui m’a conduit à écrire un article sur les geeks qui découle à un livre maintenant, OUI les geeks ne sont plus aussi impopulaire, mais NON ils ne sont pas plus acceptés qu’avant.

On attaque !

1/ Racolage bas-de-gamme tu éviteras.

Je me demandais s’il fallait faire une partie pour raconter l’histoire du film, mais le tout tient à un timbre postal sans intérêt ni développement : c’est l’histoire d’extraterrestres qui reçoivent une capsule sur le coin de la gueule contenant des jeux d’arcades, et se croient attaqués. Ils décident de répliquer, en utilisant comme avatar les jeux d’arcades dont il est question (ce qui fait sens… si si… ) et fort heureusement pour l’humanité, ne nous attaque pas à coup de bombes mais avec une technologie qu’on parvient à répliquer en 3 jours (qu’est-ce qu’on est fort).

Le monde est donc sauvé par des vieux de la vieille joueur d’arcade devant l’éternel, mené par Adam Sandler. La justification atroce de « mais comment des types dont tout le monde se fout peuvent être en première ligne ? » étant expédié en 3 minutes par un merveilleux « Adam Sandler est le meilleur ami du président des Etats-Unis. »

Bien sûr, le film est un film sur le jeu d’arcade, et sur les salles d’arcade (qu'on ne voit quasiment jamais tient tient...), lesquels ont largement disparu de nos contrées mais existent toujours aux Etats-Unis (c’est important pour la suite) et dont un exemple précis arrive dans Wreck it Ralph (l’un des meilleurs, si ce n’est LE meilleur film en animation de Disney, si j’exclue les Pixar). Soyons clair, le film aborde la question de la nostalgie, le film aborde la question de la culture vidéoludique, et de ces années 70 – 80 qui virent l’essor d’une première génération assumée de Nerds.

Alors, comme le film a déjà un public cible, le but est de le faire venir. On a donc les grands concepts des jeux d’arcades, on appelle le film pixel (parce que le pixel art, ça se vend qu’ils disent les marketteux), on sort Peter Dinklage parce que son rôle dans GoT et dans X-men l’aborde comme une caution geek. Mais on place aussi Adam Sandler dans la « brigade des nerds » sorte d’institution américaine de service après-vente qui vient chez vous installer votre magnétoscope (ne rigolez pas, ça existe vraiment et c’est le vrai nom que certaines boites utilisent). Bien sûr, pas besoin d’avoir fait Harvard, il suffit de lire la notice.

Comme ça ne suffit pas, on se documente. Alors, on regarde King of Kong, et on place Peter Dinklage en ersatz de Billy Mitchell, et c’est sans doute la meilleure idée du film, pas abouti forcément. (faut pas trop leur en demander). N’oublions pas de faire intervenir Sean Bean parce que, oh, trololo, Boromir, Eddard Stark, et la puissance qui joue sur lui de sa mort probable.

Autre fait « amusant ». Vous faites venir un japonais quelconque pour jouer Toru Iwatani. Admettons, admettons que vu comment vous le faites passer pour un débile mental il n’ait pas voulu venir. Mais ne me faites pas croire que vous auriez pu simplement vous en passer quand vous vous faites chier à faire venir Serena Williams (une tenniswoman pour les 95% de la population qui heureusement s'en foute)

Mais n’oublions pas le 3e héros, ersatz cliché du nerd (insultant j’entends à ma droite). Non pis le réal a fait harry potter, scénarisé les goonies, il va forcément pas se montrer insultant... Alors forcément ce type va avoir une élévation de son personnage, sortant du cliché pour s’élever au-delà !Hein ? Hein… ? Surtout que bon, pour un tel sujet il ne peut y avoir que de la gentillesse à l’égard des geeks, nerds et divers personnes issus de la culture de l’imaginaire !

Sauf que…

2/Sur ton public, tu n’urineras pas.

Sauf que c’est de la merde… Vraiment… genre vraiment. Non, aucun personnage n’évolue hormis Adam Sandler, évolution de Sandler inutile aussi hein. Il évolue en se rendant compte que « eyh, en fait mon échec était une réussite, donc je peux faire des trucs ». Oui parce qu’en fait, le personnage d’Adam Sandler est un ancien joueur d’arcade… Enfin, si on suit le film il a surtout touché une fois à une borne, s’est inscrit au concours « mondial », et basta.

Déjà on remarquera que, bon, ce n’est pas des concours mondiaux qui étaient organisés à l’époque, mais surtout des comptabilisations des meilleurs scores… Mais passons ce n’est qu’une partie de l’erreur, et pas la plus grosse.

Le film est insultant. Pas au niveau de Cyprien (Elie Semoun, si je te croise un jour...) mais tout de même, il se charge d’être suffisamment cliché et surtout (pire encore) ignorant pour justifier une attitude atrocement vulgaire et bas du front.

Pour ça, intéressons-nous d’abord au personnage de Ludlow Lamonsoff. Ce personnage de nerd qui squatte la cave de sa grand-mère, fantasme sur un personnage de jeux vidéos (blonde à gros seins, et surtout muette… Ben oui… Putain…). Donc, ce cher Ludlow est un théoriste (contraction barbare de théoricien et terroriste, avant que tu t'excites) du complot alien, à lunettes, et vous pouvez le voir dans la bande-annonce hurler sur des militaires « je suis votre pire cauchemar ! ». Le mien en tout cas.

Comprenez bien. Je n’ai rien contre les nerds, je pense que mon côté geek s’approche plus d’eux que du commun. MAIS (et en majuscule) si j’accepte qu’il y ait des nerds du même acabit que Ludlow, je ne pense pas qu’il soit judicieux en 2015 de les ressortir, sans même les passer par la moulinette de « eh, tas de glandus, les nerds ont changé depuis 1990. » Encore une fois, je n’ai rien contre Chris Colombus, l’intelligence et le recul de son sujet tout le monde ne l’a pas, mais si quand on traite des rappeurs on voyait des noirs fumer des joints et aller tuer des flics blancs et lancer des beatboxs ringards sur harlem, je pense que des gens vont gueuler (et ils auront raison)

Là, Ludlow n’est qu’un immonde connard méprisant, misanthrope, qui injurie sa grand-mère (ce n’est pas tant étonnant, la mienne je la dresse à la batte de baseball et à coup de taser) et dont le fantasme ultime n’est qu’un ersatz débile de Lara Croft avec des katanas, et jouée par une midinette de pretty little liars. Bien sûr, elle prend forme dans l’invasion finale, et ce cher Ludlow déclare que, holala, il préfère mourir que tuer cette blonde en bikini, qu’il l’a cherché toute sa vie, et s’empresse de l’épouser (enfin, d’épouser CuBert transformé en prostininja…)

On remarque donc qu’il ne fantasme que sur une image, pure et dure, vu qu’en plus on considère que ce n’est qu’un amas de pixel qui cache un alien, donc sans doute une morve violette. Ah, la beauté intérieur ça compte, sauf quand on a affaire à un disciple de Nurgle.

3/Des connaissances de bases, tu auras

Alors, je ne demande pas à ce que vous soyez autant calé sur le sujet que les auteurs de Pix’n Love, ou les gens qui passent chaque année faire des conférences au stunfest (oui, je fais de la pub en mode gros porc), mais un minimum de cohérence, vu que vous vous adressez à des types dont la réputation est d’être ULTRA calé c’est pas du luxe.

Pour précision, je ne suis pas ultra calé en jeux vidéos. Je suis trop jeune pour avoir connu l’essor des salle d’arcades, et mes seuls souvenirs de celles-ci remontent à mon enfance. Néanmoins, j’ai une certitude, peut-être erroné, mais il est impossible de taper un code de triche dans pacman. Du moins pas devant tout le monde… De la même manière pour Donkey Kong d’ailleurs. La seule moyen de rentrer un ‘’code’’ serait d’aller trifouiller les codes premiers du jeu, et si c’est possible ça demande tout de même une manipulation longue et loin d’être invisible.

Ainsi, si Eddie Plant devient l’ersatz de Billy Mitchell, et si comme son avatar c’est un sale con vulgaire (bien que là encore trop carica… Enfin… Pas la même caricature quoi), la révélation comme quoi il s’agit d’un tricheur ne fonctionne pas 5 minutes dans le film, surtout que le film t’explique qu’il triche aussi dans la réalité… Mais comment BORDEL DE PUT*** DE MEEEERDE ! Ok il a le code d’accès de Pacman, ou que sais-je, sur ses lunettes, mais en quoi cela permet d’accélérer sa voiture ? Je n’ai rien contre l’absurde, j’adore l’absurde… Le problème c’est que j’ai davantage l’impression en voyant ce film qu’on se fout totalement du sujet et qu’on remplit des vides scénaristiques avec de l’absurde mal placé.

Comment expliquer qu’on fait appel à un dépanneur de magnétoscope pour sauver le monde ? Pas de soucis, il suffit de dire que son meilleur pote crétin est devenu président. Comment justifier que Eddie Plant ait gagné, et que les aliens nous attaquent en force ? Pas de soucis, il suffit de dire qu’il a le code de Pacman à l’intérieur de ses lunettes et qu’il a triché.

Voilà, tout le soucis est l’incompétence chronique à avoir de l’imagination ou du moins de vrais idées de scénarios pour permettre aux personnages d’aller au-delà de leur condition.

On passera presque sur le fait que c’est un film sur le jeu vidéo ou le personnage principal dit que les jeux de maintenant sont trop violent… Et bien yeepee… On a plus qu’à attendre le film sur la ségrégation où on dit que, quand même, les noirs sont un peu une race inférieure.

Cracher ainsi sur le média qu’il est sensé défendre, c’est moi ou se film maitrise l’art subtil et délicat de la flèche dans le genou ? Surtout que pour se faire il parle de « the last of us » un des jeux les plus impressionnants en terme cinématographique, et avec sans doute l’une des intros les plus grandioses de l’histoire du jeu vidéo (je vous conseille de la regarder sur youtube, si l’achat du jeu vous rebute).

Et le pire, dans toute cette histoire, c’est qu’ils nous ont fait une «Justice League Mortal». Qu’est-ce que Justice League Mortal ? Il s’agit du titre que devait avoir le premier film Justice League au cinéma, bien des années avant les Avengers, et réalisé par un certain George Miller.

George FUCKING Miller ! Et là, ce film devait, à l’origine, être réalisé par Seth Gordon. Qui est Seth Gordon ? Décidemment… Vous n’être pas du genre à suivre. Seth Gordon EST le réalisateur de King of Kong, film dont la trame a inspiré Pixels, et là d’un coup ça vient de faire tilt dans vos têtes. Oui, le type dont le film a inspiré Pixels (en plus du court-métrage) devait réaliser la fiction tiré de son documentaire.

Mais les lois de l’univers sont affreuses, et finalement ce sera oui-oui du pays des jouets qui se chargera de tourner cette œuvre.

4/ Inspirer ton public, tu tenteras

« Mais attend l’Homme en Noir, serais-tu donc un infect connard qui passe son temps à critiquer les films, et qui se croit meilleur que les autres ? »

Non. Je n’essaye pas de me faire passer pour meilleur ou plus intelligent. Je suis par exemple un très mauvais écrivain en matière de comédie. Les miennes sont souvent absurdes, mal calibrés, et ne doivent le passage à l’écrit que parce que je suis un incorrigible névrosé. Mais il est bon de comprendre certaines choses, selon moi.

Mais lorsqu’un sujet est bancal et casse-gueule, comme un film sur des jeux rétros attaquant le monde, ou un film sur les smileys, il est nécessaire de faire un travail de scénario absolument énorme, qui dépasse de loin le travail des autres. L’exemple parfait de ça, c’est Lego the Movie. Quand on a apprit qu’un film Lego était en train d’être fait, on s’est dit forcément que ça allait être de la merde. Mais voilà, le film, avec UNE idée, arrive à tout justifier, car Lego the Movie c’est le jeu et l’imagination d’un enfant.

C’est simple, brillant, et ça justifie toutes les irrégularités du produit.

Là, les idées et justifications sont absolument atroces. Imaginons un instant, juste un instant, comment les choses auraient pu être autrement ? Et si les monstres de Pixels n’étaient pas alien, comment justifier ça ?

Pourquoi pas partir de l’idée que ces créatures seraient venus simplement de circuits informatiques reliés, auraient grandi et se serait trouvé délaissé par les gens maintenant avide de modernité, dès lors ils se vengeraient sur nous de notre abandon volontaire du passé culturel et de notre histoire… Idée débile ? Pourtant c’est Toy Story, ainsi que Wreck it Ralph. Ce n’est pas si stupide, et on pourrait même imaginer que ce soit les méchants qui nous aident, les fantômes de pacman, donkey kong, ou que sais-je. (et juste, regardez comment les pixels arrivent dans le film original : https://www.youtube.com/watch?v=ou8vRWTSsJo )

De la même manière, Sam Brenner qui pense être un raté parce qu’il a raté une compétition, et donc décide de faire vendeur de magnétoscope toute sa vie. Imaginons que ce ne soit pas Adam Sandler qui veut être cool, et que tout simplement suite à son échec il passe à autre chose, étudie les sciences et devient un homme sérieux, froid et distant. Son âme d’enfant a été enterrée par son échec, et il peut même être vu comme un type que le président vient voir pour des conseils. L’attaque arrive, et il décide de renouer avec son passé, de dépasser ses craintes d’enfants et de s’accomplir en tant qu’être humain.

Parce que bon, à part pécho Michelle Monaghan, et recevoir la victoire d’un concours vieux de 30 ans, il fait quoi comme accomplissement personnel Adam Sandler ? Le premier qui me dit « ben, il sauve le monde quand même » mange une canette et boit un gigot. Le but d’un héros c’est bien sauver le monde, mais pour se faire il doit surtout faire un voyage intérieur pour pouvoir avancer, s’accomplir lui-même, et après ça le sauver le monde… Là on lui dit juste « nan mais en fait tu as toujours été le meilleur à Donkey Kong »…

En fait le meilleur maintenant c’est un coréen.

5/Bilan

Pixels est-il mauvais ? Mauvais au point que je vous demande de ne pas allez le voir ? Non. Ce n’est pas une daubasse fumante à la Cyprien (Elie semouuuuun). C’est un mauvais film, mais pas un film mauvais. Les effets sont beaux, les plans propres, et on peut ne pas s’ennuyer… Pour des enfants, de moins de 10 ans, ou des gens qui n’ont pas envie de se prendre la tête, oui le film Pixels peut être sympathique.

Il ne faut ni y apporter un désir particulier, ni y voir un aspect nostalgique. Ce film n’est qu’un gigantesque brouillon qui aurait mérité un an d’écriture, et une « vedette » sans doute moins omniprésente. Pixels, c’est la démonstration de ce que les sociétés voient des geeks, des nerds, et c’est une entreprise qui fort heureusement s’écroule sur elle-même.

Je ne peux qu’être ravi du bide que fait ce film, et triste aussi qu’on ait dû attendre aussi longtemps pour que les films qu’on tente de nous survendre se brise sur des rochers. Après Terminator Genysis et des chiffres catastrophiques, Pixels et sa bouillie rejoindront le Warp qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Reste plus qu’à y envoyer Zack Snyder, et le monde sera plus joyeux !

Mon ultime conseil est, si le sujet vous intéresse, de vous procurer King of Kong en vitesse, une perle de montage et de personnages absolument what the fuck ! En attendant Pixels, c'est au niveau des paquerettes, et ça mérite pas qu'on s'y attarde encore davantage, à tchao adam et ses potes.

pourtant niveau musique ça colle...

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