Superman traité, il fallait passer à son petit frère. Là, le soucis majeur, c'est que si l'homme d'acier jouit d'une réputation moqueuse et quelque peu insultante, le chevalier noir lui a une certaine réputation positive. Ainsi si il n'est pas forcément la raison principale de cette appréciation, on lui donner souvent un écho simple "je n'aime pas DC MAIS j'aime Batman.", ou encore "nan mais, Superman, Green Lantern et autre c'est de la merde, sauf Batman." Comment peut-on entendre une chose pareille qui coupe à ce point le croisé à la cape et ses autres petits camarades ? Nous allons donc nous pencher un peu sur le bonhomme, toujours en analysant une partie de ce qui s'est fait avec un point de vue subjectif.
1/Petit retour sur les origines
Batman est un personnage crée par Bob Kane ET Bill Finger. Fait est que si papy Bobby a récupéré la paternité de l'homme chauve-souris, c'est Bill Finger, injustement relégué en second plan pour même être oublié qui est à l'origine de son aspect (pour un scénariste, c'est un comble). Ainsi si Bobby Kane parcourra le plateau de Batman le film en exultant, jamais mention ne sera faites à Bill Finger, et derrière ça un principe bête de contrat et de possession dudit personnage.
Ainsi l'appartenance de Batman à Bill Finger est réel, mais il n'est pas légal de le citer, étant donné qu'il n'est que l'homme de l'ombre (homme qui de l'aveu, tardif, de Kane a quand même été à l'origine du nom de Bruce Wayne). Il est donc déjà intéressant de voir comment différence est faites entre Superman dont les auteurs ont été banni, et qui ont souffert autant qu'ils ont conçu un archétype, là où Batman se retrouve orphelin d'un père et produit purement commercial, à la base.
Attardons nous un peu sur la période joyeuse pré comics code, où Batman n'hésitait pas à brandir un fusil mitrailleur pour affronter les vilains. Oui mes amis, Batman a utilisé une arme à feu, voir même plusieurs fut un temps. Le comics code est une organisation qui pouvait apposer son tampon sur les comics si ceux-ci étaient jugés moralement aptes. Comme la plupart des censures américaines, il s'agit donc de quelque chose de relativement privé. Pendant ces années là, Batman va souffrir d'un statut particulier, on l'enverra comme une caution humoristique dans scooby-doo, il fera équipe avec Sherlock Holmes, bref, il devient quasiment un tartuffe en chauve-souris.
L'apogée critique de cette période s'inscrira avec la série Batman, débutée en 1966 et terminée en 1968 avec un total de 120 épisodes (en trois saisons, ils auront donc prêt de deux tiers du total d'épisode d'une série comme la petite maison dans la prairie) qui sera un succès retentissant, en faisant une série culte, mais aussi un flop financier total. La série fera faillite avant d'avoir un film et de finalement être oubliée avec les années, mais son image sera transportée et marquera l'homme chauve-souris comme un type ridicule en collant, jusqu'à bien tard dans notre histoire.
Dans les comics par contre, une petite révolution est à l'approche des l'année 1970, opéré par un certain monsieur... Neal Adams.
2/ Batman, La légende urbaine
Pourquoi on arrête les origines sur le bonhomme ? Parce que c'est là qu'on va commencer à rentrer dans le vif du sujet. Batman chez Neal Adams place sa deuxième pierre qui est à mes yeux la plus importante depuis sa création. Et pour cause, c'est elle qui rénove l'image de Batman, et ce qui compte le plus pour ce personnage c'est bien l'image qu'il renvoie.
En effet, on peut penser que le fait de rallonger les oreilles, augmenter la taille de la cape, et creuser le personnage de manière plus cohérente n'aurait pas grand intérêt, mais c'est tout autre.
Car Batman devient dés 1970 une figure mythologique, et perd dés lors son statut d'humain et celui de "justicier".Neal Adams décide de le faire agir de nuit, uniquement, seul le plus souvent (dick grayson commence sa transformation en Nightwing) et surtout de faire de lui un être avec une intelligence, une logique, et un entrainement peu banal. C'est à partir de cette instant où, Bruce Wayne, prend la dimension de ne plus exister.
Si on reprend l'histoire du début (faut-il encore) Bruce Wayne assiste étant enfant, impuissant, au meurtre de ses deux parents par Joe Chill, sorte de petite frappe locale. Dès lors va s'opérer dans le jeune garçon, et c'est ce qu'on va retenir ici, une césure. Batman né à cet instant, sans qu'il ait encore une forme et un nom, il est l'être qui remplace Bruce Wayne.
Car entendons-nous bien sur un point trèèèès important. Il est impossible de devenir batman tel qu'il est montré dans les comics. Un individu ayant consacré sa vie entière à se fondre dans une identité parallèle, au point de s'entrainer à combattre de toute les manières du monde, allant chercher chaque enseignement, jusqu'à l'art de l'illusion et de la magie est totalement impossible.
En prenant l'hypothèse qu'Iron Man ne soit finalement qu'une armure de combat, il est fortement probable qu'un jour fleurisse des soldats fan d'ACDC, mais personne ne peut devenir une entité comme Batman et tenir le coup.
Batman représente dès lors une sorte d'entité (comme nous le verrons après), véritable croque-mitaine dont les criminels craignent le statut et l'existence, pouvant surgir de n'importe où et repartir après vous avoir déboité la mâchoire. Batman est cette force invisible que doivent craindre ceux qui agissent dans l'obscurité.
Cette tendance s'affirme encore davantage dans la volonté de Batman. Faire peur à ceux qui d'habitude utilise la peur. Sa présence animalise les criminels qui n'ont d'autres choix que de se terrer plus profondément, ou d'agir en plein jour là où tous pourront les voir. Batman devient mythologique, il devient la peur de la nuit, l'image même du vampire et Gotham prend des allures de roumanie. Lorsque la nuit tombe, mieux vaut fuir les rues que tomber sur une telle créature, dont on raconte les pires choses.
Batman est aussi une figure totale. Création presque anarchique d'une logique simple, elle se fiche de la loi des hommes ou des dieux, elle n'est là que pour répondre à ce qu'il y a de plus instinctif dans l'ordre morale, le respect de chacun. Il n'est donc qu'un être représentant physiquement la Loi qui est sensé être inné à tous les individus, et qui a tant de mal à naitre dans Gotham City.
3/ Gotham City, personnage principal
Oui, temps est venu de parler de la ville. Car il est nécessaire, si l'on parle d'implication mythologique, de décrire les lieux de l'action. Gotham city vient d'un surnom de New-York donné par un écrivain du XIXe, et si au début de sa création elle n'est là que pour être un avatar merveilleux, elle évolue dans les années 1970.
La ville de Gotham est une créature, un être vivant où simplement la vision de gorge et de canyon. Les buildings ressemblent à des falaises, et ses tréfonds côtoient les enfers. La plupart des récits lié à la ville et à son histoire la montre comme un lieu qui n'a toujours abrité que le malheur et l'horreur, et ce n'est pas un hasard si au tournant de Batman, en 1974 émerge l'asile Elizabeth Arkham.
Si l'hommage à Cthullu est clair, c'est que la ville semble presque renfermer un Grand Ancien dans ses entrailles. Ainsi, des actions qui pourraient sembler étrange amène invariablement la ville à sombrer, encore et encore, malgré tout ceux qui tentent de faire quelque chose pour elle. Gotham City broient ses habitants, les mafieux y sont remplacés à la vitesse de l'éclair, et c'est une ville qui ne peut pas être sauvé, car elle n'en a pas envie.
Il est même clair dans certains albums que si Batman y est autant "efficace" c'est bien que ses homologues super-héros sont souvent démunis face à l'action de la ville, Superman en tête. La ville pousse à la méfiance, à l'idée que derrière tout homme bien se cache un potentiel Joker, un potentiel Batman. Et c'est comme ça qu'on rend un Homme de bien, comme Bruce Wayne à l'origine, en paranoïaque habillé en chauve-souris.
Il est très difficile de ne pas passer par Gotham sans en être diamétralement changé. Dick Grayson peut en témoigner. Il suffit même de quelques heures. Et généralement, on remarque dans ces bouleversements une sorte de balance cosmique, entre le bien, et le mal.
4/ Le Joker, itinéraire d'une mauvaise journée
L'heure est venue de parler du méchant emblématique de DC, le Joker. Si d'aventure on devait poser la question, je pense qu'il s'agirait du méchant le plus apprécié de l'univers des comics (le premier qui me répond le bouffon vert se mange un pruneau). Là, comme je suis monomaniaque, il va s'agir d'aller au fond des choses, dans le sens que j'ai développé jusque là.
Le Joker a bien un passé. Mais si ce passé est relativement inconnu, il n'en est pas moins réel. Il est intéressant de voir qu'au début, le Joker ne devait pas survivre à la croisade de Batman. Et oui, Bill Finger a expliqué simplement que "ça poserait soucis à la croisade de Batman que de le voir affronter encore et encore les mêmes adversaires". Et là on touche le nœud du soucis de ladite croisade.
Batman mourra que la ville continuera à sombrer.Et il est intéressant de voir que, tout le temps (hormis chez Burton qui refuse de réfléchir deux minutes à un personnage qui ne l'intéresse pas) le Joker arrive peu de temps après Batman. D'abord il s'agit du premier "vilain" officiel qui s'oppose à lui, et il apparaît moins d'un an après l'arrivé du chevalier noir.
Si on se penche du côté d'Alan Moore, le Joker n'est pas un criminel, mais simplement un comédien raté qui, pour faire vivre sa famille décide de faire un casse. Un type banal qui tombe dans une cuve ressort en devenant le psychopate le plus violent de l'univers des comics. Un type totalement banal, qui a juste eu une mauvaise journée à Gotham City.
Et cette analogie est importante, de même que l'idée selon laquelle Batman pourrait être simplement Bruce Wayne sans une mauvaise journée.
Là où c'est encore plus intéressant, c'est que chacun des deux antagonistes, que ce soit Batman ou le Joker, ont un plan qui à terme pourrait régler le soucis de Gotham City, mais les deux s'annulent. Si ils n'étaient pas antagoniste, et pire encore s'ils travaillaient ensemble, la ville serait sauvé.
Que ce soit parce qu'elle serait réduite en miette, ou parce que le Joker arrêterait de semer des fous là où il passe, Gotham City pourrait être sauvé. Mais face à une force comme Batman, la ville semble avoir créer d'elle-même une force comme le Joker. Et c'est là toute l'ampleur de leur relation, le Joker n'est qu'une excroissance gangréné de la volonté de Gotham City de ne pas être sauvé. On a donc une force, négative, qui permet la mort de Jason Todd, la paralysie de Barbara Gordon, et de manière générale le combat qui ne peut qu'être éternel.
5/ Robin, ou la vision humaine des comics.
Attardons nous un touuuut petit peu sur Robin, ou plutôt sur Dick Grayson, le premier. Robin est un personnage important dans l'univers de Batman, non il ne couche pas avec, mais est surtout là pour prouver le point "batman, figure mythologique".
Un individu, pour qu'une œuvre fonctionne, doit pratiquer un phénomène de catharsis. Or pour que la purification par l'Art s'opère, il faut pouvoir s'identifier au personnage principal. Si votre personnage principal est un taré paranoïaque qui a consacré 20 ans de sa vie à apprendre à combattre le crime, mieux vaut lui trouver autre chose.
Robin, c'est le medium humain de Batman. Et c'est par lui qu'on peut s'identifier aux aventures, et aussi bien comprendre la teneur de l'ampleur mythologique de Gotham, et de sa destruction de l'individu (robin devenant Nightwing et finalement creusant la distance avec Gotham, de peur de finir par ressembler à son "père", mais qui finalement y est toujours ramené).
6/ Mais sinon niveau film ?
Je ne peux pas (encore trop) critiqué Batman V. Superman, ne l'ayant pas vu. Si je m'assurerai une petite critique de Wonder "Facho" Gadot, ce sera davantage pour creuser une approche critique de la vision réductrice de Snyder.
Là on va s'attarder sur le pire film Batman pour moi... Ou plutôt la plus mauvaise adaptation, Batman Returns. (traduit débilement en français par Batman le Défi). Certain vont tempêter déjà, hurlant que j'y connais rien, que j'ai sans doute pas vu Batman et Robin, que rhalala je devrai au moins regarder Batman le film de 1968 avant de parler.
Donc déjà, je vais développer pourquoi je pense que Batman Returns est le pire film Batman jusqu'alors : C'est un film Batman où on se fout complétement de Batman. Tim Burton étant un individu relativement monomaniaque, il place l'acteur qu'il aurait du utiliser pour le Joker dans le rôle de Batman (regarde beetlejuice avant de me les casser), et livre un premier film dont il ne voulait pas sur un héros qu'il n'aime pas (et donc qu'il ne s'emmerde pas à analyser) au résultat relativement moyen.
Le deuxième film jouit du succès du premier, et permet à Burton de se lâcher complétement. Vous trouvez batman et robin ridicule ? Vous avez vu le comissaire Gordon, qui est encore plus pantouflard et inutile que celui des années 60 ? Vous trouvez qu'Halle Berry ne sait pas jouer Catwoman ? Vous avez vu Michelle Pfieffer se lécher la main et dire "miaou" avant de se secouer façon hystérique ?
Et surtout, le deuxième film se branle totalement de Batman, sa seule action se limitant à ramener des manchots dans l'antre du "Pingouin" (qui est en fait une mauvaise traduction, Pingouin en anglais c'est pour les manchots)... Ceci avant que catwoman ne roule une pelle à un taser pour faire griller la tête du méchant vilain Schrek (sérieux... Les gens...)
Le plus gros problème de ce film, c'est qu'à la différence de Batman et Robin, les gens l'ont appréciés, et il est devenu une référence. Et moi mon soucis justement c'est quand on fournit comme référence un film qui ne traite pas du personnage qu'il est sensé traiter.
On a laissé toute liberté à Burton sur ce film, sinon il n'aurait pas réalisé la suite, et quand je vois le résultat, et que je me dis qu'il a craché autant sur le personnage en s'en foutant de tous le monde et qu'on l'applaudit pour ça, je me dis que oui, ce film est à mes yeux pire que Batman et Robin.
De toute façon la meilleure adaptation reste celles de Bruce Timm, depuis la série animée jusqu'à Batman :arkham trilogy.
7/ Bilan
J'en conviens, j'ai moins parlé de puissance évocatrice et d'atout mythologique avec Batman. L'idée était surtout de montrer que ce personnage a eu plusieurs traitements, mais que l’œuvre dans laquelle il s'incarne recèle des idées qu'il est nécessaire de prendre en compte lorsqu'on tente une adaptation.
Batman est une création singulière, dominé par la transformation d'un enfant en super-héros, et de fait en légende mythologique. S'il ne jouit pas de la même aura que Superman comme icône de la pop culture, c'est bien un respect de son personnage qui n'est pas vraiment un symbole mais plutôt une métaphore de la violence de notre monde et de ce qu'elle peut engendrer. Batman est, et doit resté, une ombre mythologique et mystérieuse dans l'univers des comics, la personnification symbolique de la Loi Morale et anarchique, car primordial à l'humanité tout entière.
