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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


La légende de l'homme debout

Publié par Nicolas Koredly sur 4 Décembre 2015, 15:32pm

La légende de l'homme debout

Dire que je vais critiquer un film d'espionnage en cette période fera frissoner deux trois gazouilleurs de première à l'idée d'un critique complète sur spectre, le dernier james bond. Amateur de blondinet à la voix rauque, je me dois de vous décevoir tous de suite, non on ne parlera pas de james bond, on va parler d'un bon film (troooooooll).

Le Pont des Espions est le dernier film en date de Môssieur Steven Spielberg. Ce réalisateur, génie absolu du cinéma, livre ici une œuvre absolument étonnante par sa capacité à nous placer en un film face à des contradictions particulièrement actuelles, preuve encore de l'immense talent du monsieur.

On attaque ?

1/ L'avocat du diable

La trame du film se déroule au plus fort de la guerre froide, en 1957, quand un espion "présumé" de l'Union Soviétique se fait arrêter par le FBI. Comme la solution "balle dans la nuque" pour un type qui décide de ne pas lutter n'est pas envisageable, les Etats-Unis décident d'organiser un jugement auquel on place un avocat en assurance, catapulté là pour juste assurer le rôle. Sauf que ce monsieur, James B. Donovan est loin d'être un crétin qui accepte juste d'être cantonné à ce qu'on attend de lui.

Car le monsieur Donovan a un idéal, celui que son travail est de s'assurer que la Loi soit respectée. Il va donc non seulement défendre Rudolf Abel, mais il va pousser le vice jusqu'à le défendre devant tout les recours possibles, non pas pour défendre le communisme, mais bien la valeur d'une société américaine qui se revendique comme supérieur.

Son parcours, et la défense qu'il va faire de son client de manière relativement acharnée va en faire un individu haït par son pays, soupçonné de trahison, et finalement envoyé en première ligne pour négocier au milieu de deux grandes puissances, dans le pays même symbole de cette guerre froide, l'Allemagne désormais coupé en deux.

Ce film représente donc la vision d'un homme qui voit son monde sombrer dans la peur, les haines atteindre leur paroxysme au point qu'on veuille le tuer lui. Ça vous rappelle rien ?

2/ Historique, vraiment ?

La grande force du pont des espions est que, sans doute pas par hasard, il est profondément actuel. Si on remplace "communiste" par "islamiste", on assiste à un vrai retournement de situation notamment en terme d'idéologie.

Rien n'est alors plus intéressant, surtout dans notre période trouble, que le traitement réservé à l'image de ces gens prêt à n'importe quoi dans le contexte d'une guerre froide, représentant deux modèles d'existences qui se confrontent. A cela, le discours à la cour suprême de Tom Hanks révèle toute cette force, cette appel majeur à, si l'on veut défendre une nation et un modèle ne pas oublier ce qu'il est.

Dés lors, Spielberg ne s’embarrasse pas pour rappeler la citation ouvrant la cour suprême "Justice égal devant la Loi". Si vraiment l'on considère son modèle comme supérieur, plus sain et plus grand, comment ne pas prouver à son adversaire politique que nos actes reflètent cette façon de vivre. Ainsi il faut promettre un procès équitable, dans le respect de la Loi du territoire, même à un espion, même à un étranger, même à un "terroriste" ?

Nous ne sommes pas le meilleur modèle simplement parce qu'on le dit, ou qu'on déclare à tort (et surtout à travers) mais parce que justement nous sommes capable de respecter ceux qui ne nous respectent pas. Ce principe, que beaucoup jugeront bon enfant, plonge notre monde dans une situation où l'autre sans être forcément un danger devient un risque de danger dans une démarche qui tend à prouver ce cycle inaltérable de l'Histoire.

Par des raccords savant de plans, Spielberg nous rappelle toujours à notre peur, qui gangrène notre société. (notamment l'un des plans finaux, ressemblant au parcours du mur de berlin). Il est particulièrement drôle de voir comment il recycle des images d'archives qu'on montrait aux enfants sur les bombes atomiques dés l'école élémentaire, pour faire suite à cet enfant qui se prépare à ce que tombe une bombe dés le lendemain.

Dés lors, son propre fils accuse le père de défendre l'homme qui représente cet état qui veut anéantir sa vie, celle de ses proches et autre. Au final, c'est un contenu anti-manichéen que fournit Spielberg, comme il le faisait dans Lincoln, où un homme qui se dresse devient dernier rempart contre la peur et la folie humaine.

3/ Spielberg, un homme debout

J'ai déjà lu, de ci de là, que Steven Spielberg était ce genre d'individu, à l'idéal impérialiste américain, voir même que c'était un vil sioniste qui profitait de sa religion pour gagner des oscars (donc les gens vous n'avez pas vu munich, et vous n'avez de base jamais vu un film de Spielberg).

Steven remontre ici avec ce film son envie de laisser sans doute un meilleur avenir après lui. Comme dans Lincoln, il décide de prendre le parti pris historique pour raconter une histoire moderne, mais choisit cette fois d'ancrer un personnage bien moins connus qu'Abraham. Donovan semble en effet être le grand oublié de cet histoire (rendez-vous compte, son client et l'espion américain ont une page wikipédia en français, lui non.)

Il prend son temps, ne laissant jamais la conclusion en dehors de l'image et de la parole d'un Tom Hanks, magistral dans son interprétation toujours aussi mesuré de gens du quotidien porteur de plus de mythe que les figures historiques. Car oui, nous sommes bien dans un mythe, ce mythe américain et finalement occidental qui est représenté par cet avocat Donovan qui explique tout le long du film que si on oublie ce qui fonde un système, alors ce n'est plus le système que l'on défend.

Spielberg renvoie ainsi par l'image les actions des uns et des autres, et le jeu dangereux que se livrent des nations en jouant avec des vies humaines. Celle de Donovan bien sûr, envoyé régler le destin du monde sur une terre où commence à naitre le mur de Berlin, mais aussi celle d'individus plus humbles, victime d'un système qui ne voit en eux que des moyens de gagner du terrain.

Dans ces conditions, Donovan (ou du moins sa vision fictionnelle) est bien plus important car il recentre ce principe d'humain et d'humanité d'abord. Et si les frères Coen sont derrières en tant que scénariste, c'est sans doute pour pointer de manière caustique les parallèles de cette amérique paralysée par la peur, ou encore les nombreuses allusions à l'ultra-présence des renseignements qui savent ce que vous buvez le matin où encore où vous achetez vos vêtements.

Ainsi Spielberg appelle autant que possible le spectateur à rester humain et à ne pas oublier ce pour quoi il déclare justement se battre, et le fait qu'en eux-mêmes les individus n'ont pas particulièrement le goût de tuer.

4/ Bilan

Le pont des espions est un film important. Autant Lincoln se chargeait de rappeler au peuple américain son Histoire, avec sa nécessité d'enterrer définitivement ce passé de guerre civile et de droit contesté à une minorité, autant là le but est de rappeler au monde ce que c'est qu'être humain. Car si les années 50 et la guerre froide dans sa majorité nous a montré quelque chose, c'est qu'il existe peu d'humain qui sont volontaire à l'anéantissement d'une planète.

Tel Donovan, il prend le temps de nous expliquer que non, les bombes ne vont pas tomber et anéantir le monde occidental, et que la peur de ces bombes ne doivent pas nous faire perdre de vue ce que nous disons défendre. Il s'agit donc pour une fois de se rendre dans votre cinéma, et de prendre une leçon d'humanité que nous devrions tous retenir, à moins de vouloir repartir dans un cycle qui a prouvé ses travers tout au long de notre histoire.

Car ne vous y trompez pas, c'est bien le notre de sang qu'on veut nous faire couler par la peur, il suffit de voir comment en ce moment la pub youtube est étrangement pour le recrutement dans l'armée de terre. Putain de merde.

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Géniale ta critique, je pense la même chose de ce film, j'en ai parlé dans mon blog aussi !<br /> <br /> http://andika.over-blog.fr/2015/12/le-pont-des-espions-l-histoire-de-l-homme-debout.html
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