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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Coco (Pixar 2017)

Publié par Nicolas Koredly sur 8 Décembre 2017, 14:54pm

Coco (Pixar 2017)

Alors que Disney est au centre de l'actualité en ce moment (sortie de Star Wars VIII, trailer d'Avengers Infinity War, mais aussi discussion avec la Fox pour un potentiel rachat auquel je crois moyennement), voilà que sort sur les écrans la dernière création des studios Pixar, le film Coco.

C'est le deuxième Pixar à sortir cette année après un Cars 3 particulièrement bon (mais sur lequel je ne pense pas qu'on reviendra). Coco décide de se concentrer sur une histoire mexicaine, se déroulant durant "la dia de los muertos", fête traditionnelle mexicaine centrée sur le souvenir des morts. C'est avec un bagage culturel très fort qu'on est donc embarqué dans le nouveau Pixar, mais avec comme dernier exemple du même genre Rebelle (ou Brave en anglais) on est en droit de s'inquiéter.

On attaque.

1/ La familia c'est important

Coco, c'est l'histoire de l'arrère-petit-fils de la-dite Coco, Miguel, qui du haut de ses 12 ans, veut faire de la musique. Sauf que dans sa famille, la musique est interdite (interdit d'en écouter, d'en jouer, et même d'en parler), parce que le père de Coco a abandonné sa famille pour aller tenter de parcourir le monde en jouant de la musique.

Miguel a donc quelques petits soucis pour concilier les attentes familiales et son désir personnel. Surtout que sa mamie n'est pas réceptive à ses envies, et va détruire sa guitare, obligeant le jeune garçon à courir en chercher une autre ; problème, la seule disponible est dans un mausolée.

Comme voler un mort ça se fait pas, il est d'un coup maudit et se retrouve transporté dans le monde des morts, et doit alors recevoir la bénédiction d'un membre de sa famille. Comme ses ancêtres proches partagent la cause familiale, il va devoir retrouver l'arrière-arrière-grand-père qui a fut sa famille, pour obtenir de lui le droit de rentrer ET de jouer de la musique.

2/ Mais il est où Robert Rodriguez ?

Autant le dire ici, avant de rentrer dans le coeur de la critique, si on regarde les réalisateurs que j'affectionne le plus, au moins deux d'entre eux sont mexicains : Alfonzo Cuaron et bien entendu Guillermo Del Toro (sans compter le directeur de la photographie de ce dernier, Guillermo Navaro).

J'aime bien l'aspect de la culture mexicaine qui a pu s'infiltrer dans les oeuvres et le visuel de ces différentes personnes, notamment une étude de la couleur comme vecteur de sens, et un aspect du fantastique comme faisant activement parti de l'univers qu'ils peignent.

Donc autant dire que tout comme pour Brave, j'avais tout pour apprécier le bagage culturel d'un film comme Coco. Et donc tout autant peur, étant donné ma déception du premier.

Concernant l'aspect culturel, on sent un amour vrai et sincère de la part des auteurs pour l'univers qu'ils utilisent (c'est pas un film de Rodriguez, quoi). Le film est coloré, immersif, et prend le parti de ne jamais tenter de raccrocher le public avec quelque chose qu'il pourrait connaître. Si vous voulez suivre le récit, il vous faut vous accrocher et adhérer à ce que l'on vous raconte.

C'est en soit un des "soucis" que je peux soulever. Difficile de comprendre la tension qui préoccupe Miguel si on n'a aucune idée du mode de vie des familles hispaniques. L'oubli, le bannissement, l'interdit sont des sentences plus violentes que la mort (parce qu'après tout, si la mort n'est pas la fin, elle ne peut ni être tragique, ni être action de justice).

Perdre le spectateur est une bonne chose de mon point de vue, mais il faut garder à l'esprit que cette dimension clanique peut ne pas être comprise, et être jugée avec un certain cynisme par le spectateur moyen, qui trouvera dès lors le scénario ridicule (ce qu'il n'est pas).

3/ Film ou Comédie Musicale ?

Coco est un film musical, et je pense qu'il est nécessaire de revenir sur ce point et cette définition avant d'aborder la suite de la critique. Un film musical est une grande catégorie dans laquelle la musique tient une grande importance, il peut s'agir d'un biopic sur un chanteur, d'un film fictionnel sur un groupe, bref... Les gens chantent sur scène, avec des instruments qu'on voit.

La comédie musicale est un genre cinématographique à part entière où la musique, la chanson et la danse sont des ressorts dramatiques. La comédie musicale évolue dans un univers Fantastique où même votre boulanger est un danseur de conservatoire, et où votre facteur peut improviser un air d'opéra. Là, la chanson est toujours un point nécessaire pour faire avancer l'intrigue, contient des éléments clés, et surtout sert à exprimer quelque chose pour la personne qui chante.

Une fois ce petit précis fait, je tiens à dire ceci : Coco n'est pas une comédie musicale. Lorsque les personnages chantent, ils ont des intruments en mains, la musique est systématiquement intradiégétique pour les scénes musicales. Ceci étant dit : pourquoi avoir choisi de traduire les chansons, bon sang de pipe en bois ?

Admettons que la chanson "Ne m'oublie pas" soit importante (véritable ressort dramatique), mon problème vient de chansons bâtardes qui mélangent français et espagnol. Que dire lorsque pour "Un poco loco" le chanteur improvise du français qui brise le ressort dramatique, et surtout quitte cet aspect de découverte culturelle ?

Je ne suis pas un partisan absolu de voir un film en version originale. Mais soyons clairs, si votre film est une invitation au voyage culturel vers une contrée où la chanson est si particulière et le timbre de voix si évocateur, laissez au public la possibilité de découvrir ça. C'est encore plus marquant que, pendant deux scènes, ils décident de ne rien traduire du tout (et ça fonctionne très bien).

4/ Paso de la llama

Sur un film traitant de la mort, il fallait s'attendre à un côté larmoyant. Sauf que comme je l'ai dis plus haut, la mort n'est pas un problème, et l'oubli l'est bien davantage. Et c'est bien ça la grande tragédie que sous-tend le film : la peur de l'oubli.

Ainsi, les morts restent dans le monde des morts tant que quelqu'un se souvient d'eux. Difficile de ne pas repenser dès lors à Bing Bong, sympathique ami imaginaire de Riley dans Vice Versa, condamné à l'oubli avec les souvenirs perdus. Difficile aussi de ne pas voir le parallèle avec Toy Story, où les jouets oubliés souffrent au point de devenir aigris et dangereux, ou même avec Wall-E où le robot éponyme, imperturbable, continue sa tâche, oublié sur terre, où encore avec Bob Parr dans Indestructibles...

Vous voyez où je veux en venir ? Coco, comme ses prédécesseurs est bien un film Pixar pur jus et on y retrouve la peur symbolisée dans tant de leurs films... La peur de l'oubli. La référence au passé est quelque chose qui imbibe la plupart des Pixar, et on est en droit de me clamer alors : "Mais pourquoi donc critiques-tu Star Wars VII pour ses références au passé, alors que tu encenses Pixar précisément pour la même raison ?"

Pixar a toujours fourni ce retour à la nostalgie comme quelque chose de normal, mais rappelez vous aussi que tout les personnages qui s'y cantonnent finissent par tourner maboule et commettre les pires atrocités au nom de cette recherche du bonheur passé. Depuis Woody dans Toy Story, véritable flambeau de la cause "doudou", chaque personnage trop versé dans la nostalgie finit par faire du mal et à nuire à sa propre cause.

La solution à ce problème est donnée par Toy Story 3, et par extension dans pas mal de films qui concluent leur série par un biais important, le passage de flambeau. En effet, la solution pour ne pas oublier, c'est de raconter pour que d'autres s'en souviennent. Raconter, pour transmettre, et pour que les souvenirs fassent perdurer les gens et les histoires. Ce principe est au centre de Pixar depuis des années, et donc finalement de Coco qui l'exprime par le biais le plus sacré, et le plus culturel, possible.

5/ Bilan

Coco est un bon film, même si il est triste de voir un manque réel du côté spectaculaire de ses grands frères, et malgré des chansons qui se retrouvent peu inspirantes en français. Le film souffre aussi d'un problème de lenteur, à cause d'un rythme basé sur une urgence (Miguel n'a qu'une nuit pour recevoir la bénédiction de son arrière-arrière-grand-père et rejoindre les vivants) que les personnages ne semblent pas ressentir. On passera sur les quelques deus ex machina particuliers, pour finalement se concentrer sur le fait que oui, c'est un bon film.

Toujours dans l'ancienne tradition des films Pixar, on ne ressent pourtant pas la majesté de la scène des ballons de là-haut ou des valses spatiales de Wall-E, mais l'ambiance chaleureuse, la découverte de ce monde des morts envoie valser les désirs morbides de Corpse Bride de Tim Burton, et permet à tous de profiter d'un spectacle ma foi fort agréable.

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