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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Les Animaux Fantastiques, et où les trouver (Warner 2016)

Publié par Nicolas Koredly sur 9 Décembre 2017, 16:06pm

Les Animaux Fantastiques, et où les trouver (Warner 2016)

Je voulais parler des Animaux Fantastiques depuis un an. Une actualité et une année chaotiques m'en ont empêché, et finalement on arrive à l'annonce de la suite, une image promo, et une bonne grosse polémique des familles où plein de gens sont pas contents à cause du choix de casting de Johnny Depp. (Etant donné que cette polémique n'a rien à voir avec le cinéma je refuse d'en parler ici, allez plutôt sur les sites de seconde zone pour ça)

Mais il fallait en parler, parce qu'à force de dire que les sagas qui sortent actuellement sont nulles, on pourrait croire que je n'aime pas le principe des sagas modernes, ou pire encore que je suis un blasé qui ne croit en rien. C'est pourquoi je me suis dit que, quitte à parler de quelque chose de populaire, et d'une saga archi-connue, autant montrer aux gens ce que je considère comme un bon exemple de suite à une saga.

On attaque.

1/ J'ai un mauvais pressentiment

Disons le directement, je ne partais pas ave cun bon a priori sur les Animaux Fantastiques. Ca sonnait comme un mauvais divertissement, adapté d'un produit dérivé sans scénario (un peu comme si on avait décidé subitement de faire un film intitulé Attrape-moi si t'es cap centré sur l'apprentissage du Quidditch par un jeune pré-pubère du New Hampshire).

L'histoire semblait plate, les personnages caricaturaux (le petit gros comic relief, Eddie Redmayne en type mal dans sa peau, Colin Farell en méchant)... non, le film avait été mal marketé, mal produit, et la promo mettait en avant un film blockbuster classique se plaçant comme le prologue d'une saga archi-connue.

Au fil des annonces, un nom semblait revenir sans cesse. Le film se situerait dans les années 20, et traiterait de l'ascension du mage noir Grindelwald... Grindelwald... Cette idée me mettait le doute, après tout pourquoi aller chercher pour un film sur des animaux le vilain sorcier ayant été le prédécesseur de Voldemort ?

Et le film est sorti. Il raconte donc l'histoire de Newt Scamander, zoologue du monde sorcier, qui se rend à New York (mais en fait aux Etats-Unis) pour officiellement acheter des espèces particulières, officieusement pour libérer un "thunderbird" ou oiseau-tonnerre en Arizona, terre natale de la bête.

Sauf qu'au hasard de ses pérégrinations, il va tomber par hasard sur un moldu, Jacob Kowalski, et qu'un échange malencontreux de malettes (principe vieux comme le monde dans le cinéma) va le propulser dans une course poursuite pour 1/ retrouver la malette, 2/ retrouver les créatures qui s'en sont échappée.

Les problèmes, c'est que les relations entre sorciers et "non-mages" sont interdites aux Etats-Unis, qu'une créature appelée Obscurus sème le désordre dans New-York, et que l'ombre de Grindelwad plâne sur la Grosse Pomme.

2/ Un film de caractère

Mais pourquoi donc ce film est-il aussi bon ? On va commencer par sa plus grande force : le scénario de ce film est aussi faible que ses personnages sont forts. Oui, si on regarde les enjeux du film, ils semblent bateaux et pas bien impressionnants. Mais dans les faits ils reflètent quelque chose d'étrange, car dans tout le fatra actuel des blockbusters, ce film-là se permet d'être un film intimiste.

Car non, les personnages ne sont pas aussi clichés qu'ils le paraissent. A commencer par le personnage de Newt : Newt est un personnage fantasque, à part, et qui a du mal avec les autres humains. On comprend qu'il est exactement comme ces animaux qu'il protège, fragile, étrange, mais finalement très bon (en témoigne son origine de Poufsouffle, avec son écharpe qu'il conserve toujours).

Il vient d'une famille de sorciers célèbres, et a un frère qui s'est révélé en tant que héros de guerre tandis que lui était sur le front de l'Est, à s'occuper de dragons. Il a aussi noué une relation à l'école avec Leta Lestrange, relation qui a fini dans la douleur le concernant, parce que "les gens changent". Et tout ce que je viens de vous dire vient du film. Pas d'un roman, ou d'informations que j'aurais eu besoin d'aller chercher dans les méandres du web. Elles font partie du personnage et permettent d'en comprendre plus sur lui.

Ce sympathique autiste fait équipe avec Jacob, qui devient très rapidement le personnage le plus attachant du film. Loin d'être juste le petit gros de service, on sait qu'il a fait la guerre (il a donc connu le combat davantage que Newt), et qu'il est resté en Europe pour aider à la reconstruction. Lui fait face à un métier déprimant de travail à la chaine, et on lui explique d'ailleurs la mort de l'artisanat au profit de l'industrialisation à outrance.

S'il s'agit en effet du comic relief, ce n'est pas à l'aide de blagues foireuses mais de situations cocasses plus ou moins fines (le petit rire qui sort comme un hoquet, notamment lorsqu'il boit de "l'eau qui fait glousser" jusqu'à la scène trop longue, et pas forcément finaude, à Central Park). Il n'hésite pas néanmoins à combattre, et n'est limité que par sa nature de moldu, qui ne peut évidemment pas faire grand chose (pour le moment) face au déluge des puissances en place...

Les deux autres personnages, les soeurs Goldstein, viennent terminer notre équipe de héros. Je m'attarderai ici davantage sur le personnage de Queenie, donc le principal trait est qu'elle arrive à lire les pensées des gens. Le parti pris du film est que nous n'entendons pas les pensées qu'elle perçoit, et qu'on ne peut pas voir les limites réelles de son don. On sait qu'elle peut percevoir celles de sa soeur à distance relative et dans le tumulte des voix, mais ça n'est pas incohérent vu qu'elle a vécu toute sa vie avec elle.

Queenie ne se plaint jamais, elle sourit toujours, d'un sourire de façade, et passe pour une potiche dans le but évident que personne ne s'intéresse trop à elle. Elle est abîmée, au même titre que les autres personnages, et sa faiblesse vient de sa plus grande force : le fait de lire les pensées des autres la rend sensible à leurs horreurs. Ce n'est pas un hasard si le premier qui la révèle pour ce qu'elle s'avère être est Newt ; ni qu'elle s'attaque à quelqu'un d'ouvert et de foncièrement bon comme Jacob.

3/ Le cas Gellert Grindelwald

Je souhaitais revenir, le temps d'une partie, sur ce qui pour moi représente un autre point d'intérêt de cette nouvelle série : son méchant. Commençons par ce que tout le monde sait, Grindelwald est conçu comme un parallèle à Adolf Hitler, et je trouve cette idée géniale. D'abord parce qu'elle donne une autre tournure au personnage, nous empêchant de le considérer comme un ersatz de Voldemort, et ensuite parce qu'elle ne pourra jamais au final surpasser l'horizon que représente l'ennemi d'Harry Potter.

Cette différence, nécessaire en soi, est selon moi la démonstration de comment raconter un autre méchant, sans briser la suite. Car le danger de Grindelwald ne vient pas tant de sa personne (c'est un très grand sorcier, certes, mais il n'est pas invincible, passe tout le film à se cacher, et est finalement vaincu par une bestiole et un zoologue) que de son aura. Grindelwald veut une armée, réellement, car son but est de vaincre les moldus et d'asseoir l'autorité de la "race supérieure".

Voldemort méprise les moldus, mais il s'en contrefout aussi. Il se voit non pas comme un roi ou un Empereur, mais comme un Dieu. Sous Voldemort vous pouvez sortir et tuer un moldu qui passe, ou pas, ce n'est pas tant ça qui l'intéresse, non : ce qu'il veut c'est le pouvoir absolu pour lui et juste pour lui. Il est bien en quête d'éternité, d'immortalité, et n'hésite jamais à sacrifier ses alliés les plus proches si ça répond à son désir.

Il a même changé son nom, et son apparence, pour devenir quelque chose de terrifiant et d'inhumain. Vous suivrez Voldemort parce que vous êtes un psychopathe, ou plus généralement parce que vous aurez peur de lui.

Grindelwald, lui, a des adeptes. Des partisans qui suivent ses idées politiques à la manière d'un Mein Kampf et qui se dissimulent derrière tout un chacun. C'est le principe même de la frayeur fasciste, la bête qui rôde, qui sommeille en chacun de nous. Votre barman peut être un partisan de Grindelwald, et aimer sincérement ses idées, être prêt pour la grande guerre qui s'annonce...

C'est ça, un autre méchant. Il ne pourra pas être vaincu de la même manière, car c'est une armée qu'il possède et qu'il monte petit à petit. Il ne dépassera jamais Voldemort mais ça n'empêche pas la situation d'être impressionnante, et les enjeux énormes, justement parce que la faiblesse de Grindelwald peut amener une dose d'épique supérieure à la saga originelle. On n'est plus dans du un contre un, mais dans une multitude contre une multitude : une guerre à grande échelle, voire mondiale, en somme.

Le personnage se rapproche d'ailleurs d'un autre antagoniste de film fantastique : Nuada dans Hellboy 2 qui, de la même manière, préconise un génocide pour en empêcher un autre.

4/ Crypto-Zoologie et socio-magie

Les créatures des Animaux Fantastiques se devaient d'être d'abord réussies, et ensuite originales. Si toutes ne se valent pas (point noir pour le rhinocéros explosif), je me dois d'admirer le fait qu'elles ne sont pas toutes "mignonnes". Elles semblent pour certaines sorties d'un cauchemar délirant de Lovecraft (les Poneys-Cthulhu, ou les amibes avec leurs dizaines de pattes... ou encore le Lion-poisson-bulle).

La palme des créatures revient à deux bêtes absolument fantastiques (c'est le cas de le dire) : d'abord, l'occamy (créature ressemblant au dragon asiatique), qui change de taille pour remplir l'espace qu'il a à disposition. Cette idée inventive donne lieu à une scène intéressante notamment par sa résolution du problème.

Mon autre coup de coeur personnel est le thunderbird, particulièrement imposant et magnifique. La bête apparaît à trois reprises et révèle un attachement aux détails très impressionnant (par exemple, les cicatrices liées au braconnage qu'on observe sur le bec et sur les écailles).

L'autre point important du film est sa situation géographique et sa période (prohibition américaine). Par de petits détails comme par des phrases concrètes, on remarque les différences majeures entre la société anglaise et celle des Etats-Unis. On passera rapidement sur les plus évidents (présidente au lieu de ministre, changement de terme pour moldu qui devient non-mage) pour s'intéresser au plus particuliers.

Le cas des elfes de maison est tout à fait intéressant. On en voit trois dans le film, un qui semble toujours esclave et brosse des baguettes (comme on vernit des chaussures), un qui est libéré et profite d'un uniforme en tant que maitre d'ascenceur du Macusa, et un Barman dont on remarque plus tard qu'il ne porte pas non plus de véritable vêtement.

On peut remarquer que, même si au moins deux elfes de maisons sur trois semblent jouir d'une certaine liberté (le barman toise un individu dont il ignore qu'il n'est pas magicien) chacun travaille dans ce qu'on considère être la basse classe, et sont des invisibles.

Ce statut est partagé aussi par des sorciers, comme les soeurs Goldstein qui malgré un emploi doivent vivre ensemble, chez une logeuse aux règles strictes, et n'ont pas de quoi vivre dans une demeure confortable. Cela ferait presque passer le couple Weasley pour de petits bourgeois (vu qu'un seul salaire arrive à fournir une maison et à faire vivre sept enfants).

C'est trois fois rien, ça n'a pas besoin d'être expliqué vu que c'est montré, et ça fait tout le sel de ce projet. Il n'y a pas besoin d'appuyer en gros sur les bonnes idées, elles sont là, visibles et compréhensibles par le plus grand nombre.

5/ What else ?

Une fois qu'on a fait le tour des différents points que sont les personnages et les créatures, il est bon de parler du reste. La réalisation de David Yates semble enfin arriver à sa juste place. Peut-être le temps et les efforts sur les Harry Potter l'auront-ils enfin conduit à s'émanciper des attaches du livre pour laisser libre court à ses envies de mise en scène.

Car soyons clairs, si J.K. Rowling est bien la mère de la saga, Yates en est sans doute l'oncle attachant. Car il cumule plus de 5 films liés à cet univers, avec bientôt un sixième pour Les Crimes de Grindelwald, prochain de la série consacrée à l'histoire de Newt Scamender. J'aurais aimé parler de sa Légende de Tarzan mais je ne sais pas si j'aurai le temps.

La réalisation est honnête : sans pour autant révolutionner le genre, elle sert bien le propos. La meilleure touche de son travail reste le jeu sur la personnalité de l'Obscurial, puisqu'il amène systématiquement la caméra à filmer en gros plan la jeune fille dès lors qu'on y fait allusion de près ou de loin, ou qu'une de ses futures victimes intervient.

La musique de James Newton Howard emprunte des accents à John Williams autant qu'à Danny Elfman (mais c'est une "critique" qu'on lui a souvent faite, ce compositeur ultra prolifique ayant tendance à travailler sur des grosses productions attachées à l'un ou l'autre de ces compositeurs, ou à hériter de ce que ne veut pas faire Hans Zimmer depuis les années 2000).

L'ambiance est en elle-même travaillée, allant de mélodie évoquant Monstres et Compagnie à Edward aux mains d'argent, pour mettre chaque petit morceaux en place, afin d'évoquer un récit digne d'intérêt, et surtout honnête.

6/ Bilan

Les Animaux Fantastique, et où les trouver constitue une des plus belles découvertes de l'année dernière. Son innocence, sa sincérité, et sa détermination en font un blockbuster que je ne peux que recommander. Il offire un univers cohérent, complet, et loin des standards si bas de l'actuel marché. Si le message politique est un peu faiblard, il faut saluer sa présence, tout comme le fait qu'il n'est pas rabaché comme la démonstration d'une quelconque bienpensance.

Le simple fait de décider de raconter l'histoire de personnages trentenaires, ayant chacun vie, emploi et passé, et de faire profiter de ce même passé au travers de petits dialogues, suffit à donner à ce film une cohérence. Si tout est attendu, et que le film se révèle finalement très classique par la forme, c'est une vraie maitrise de ce classissisme qu'il faut applaudir, car il démontre en toute bonne fois la volonté de bien faire, et d'offrir non pas un produit, mais un monde à son public. Pas le plus impressionnant, ni le plus beau, mais un monde magique à la hauteur de ses prédecesseurs, et c'est tout ce qu'on lui demandait.

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