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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Les Fictions de l'Homme en Noir #2 : Dépression Newtonienne

Publié par Nicolas Koredly sur 27 Janvier 2016, 15:08pm

Les Fictions de l'Homme en Noir #2 : Dépression Newtonienne

Imaginez que vous êtes à un dîner de famille. La télé est trop forte, on y voit un politicien expliquer un tas de choses compliquées sur le monde. Tonton André entame sa troisième blague sur les étrangers pendant qu'il achève son cinquième digestif. Mamie commence à chanter son archaïque et traditionnelle diatribe sur l'autre type mort sur la croix. Papa raconte que, quand même, on devrait fermer les frontières et qu'une bonne guerre, ça sauverait le pays. Maman, elle, apporte les coupes de dessert rhum-raisin-caramel en disant qu'attention, c'est chaud. Et vous... Vous ne savez pas comment sortir d'une telle situation.

Moi, je sais.

Il me suffit de me lever, de renverser la table en prenant soin de tout briser, la porcelaine, la croix, les frontières, la bouteille de digestif et la grand-mère. Parce qu'en fait, à un moment, ça suffit... A un moment, je ne peux plus accepter ce cadre, cette vision, ce monde. Parce que moi, je sais.

Je sais quel bruit fait un corps qui se brise après une chute de trois étages.

C'était la semaine dernière. C'était peut-être même hier, pour ce que ça change, et si ça remontait à une année ça ne changerait rien non plus, en fait. J'allais à l'école, écouteurs dans les oreilles, balançant la tête et les pas au rythme de la musique. Elle hurlait aussi fort que la rue pour couvrir le bruit du monde. Take me to Church de Hozier, un hymne personnel, un blues moderne noir et triste, une ballade païenne sur un air d'alléluïa.

Je regardais le sol comme tout le monde, peut-être que j'aurais dû regarder vers le ciel cette fois. Mais la lumière y est éblouissante, et pour ne finalement pas voir grand chose de plus qu'un trottoir couvert de cadavres de chewing-gum et de clopes finies.

Les grilles du lycée étaient derrière moi quand j'ai vu l'ombre masquer le soleil. J'ai levé les yeux, mais ce n'était pas un éclipse. La lune n'est pas passée devant le soleil, c'était une étoile filante qui lui faisait de l'ombre.

Je n'ai pas eu le temps de faire un vœu, je n'ai fait que voir le corps tomber devant moi, à quelques mètres. J'ai entendu le son malgré les écouteurs, j'ai entendu malgré la musique, malgré le bruit, malgré Hozier. Ce n'est pas un grand crac. Ce n'est pas un aplatissement cartoonesque de Coyote contre Bip-bip.

C'est un corps entier qui vient frapper le sol. Un millier de sons différents en une seule seconde, rivalisant d'horreur et d'inconnu. Il n'existe rien de semblable dans l'univers des bruitages en cinéma, et pourtant c'était là, juste devant moi.

Je savais qui c'était. Je ne sais pas si ça aurait changé quoi que ce soit pour d'autres, mais en cet instant précis ça comptait.

Car j'ai vu des gens hurler en courant. Le monde s'est brutalement agité comme un millier d'atomes face à une réaction en chaîne. Moi ? Je suis resté là, je n'ai pas agité mon téléphone fébrilement pour appeler les secours ou filmer la scène. Je n'ai pas couru. Je n'ai pas crié... Je suis resté stoïque, droit, l'amen d'Hozier reprenait sa place dans mes oreilles.

Et je la connaissais. Je ne sais pas si ça doit me faire passer pour un monstre à vos yeux. Je ne sais pas si vous pouvez comprendre, car même moi je ne comprends pas. Mais je suis resté là devant elle, j'ai regardé, je n'ai ni pleuré ni hurlé.

J'ai vu les lumières des secours arriver, pour ne rien sauver que cette foule anéantie. J'ai vu le sac. Mais je n'ai pas parlé, ni même émis un seul son à ce moment là. Parce que je la connaissais, et que je me souvenais.

Je me souvenais, comment la veille, on remplissait nos vœux d'affectation pour ce qu'on ferait après le bac. Bon, bien sûr, dans les vœux, il n'y avait pas cosmonaute, cow-boy ou chômeur, plutôt des noms absurdes de formations de stagiaires, de facultés de socio-psycho-littérature. On était tous là, en ligne, à remplir ces souhaits indignes du Génie de la Lampe, qui nous expliquaient ce que c'était de devenir adulte.

Et elle, elle était là, dans le rang, mais déjà en dehors. Ce n'était pas les moqueries quotidiennes le problème. Ce n'était même pas la façon que les requins avaient de tourner autour, attendant la goutte de sang et de faiblesse pour se jeter sur elle. Non... C'était sa fragilité. Que nous répéte-t-on sans cesse depuis qu'on est enfant ? Il y a les proies et les chasseurs ?

Alors elle était désignée comme la proie, et qu'importait que certains s'en émeuvent. La gazelle dévorée par la lionne n'a que peu de réconfort en voyant les larmes de l'éléphant. Et puis, combien considèrent que c'est l'ordre des choses que la gazelle soit mangée ? C'est juste qu'elle courait pas assez vite. Et qui l'avait décidé ? Est-ce que ça avait été la gazelle dès sa naissance ? Uniquement lorsqu'elle avait passé la porte de l'école ?

Sauf que ce n'était pas une gazelle, nous n'étions pas des lions. C'était la même créature dans le même rang de chaises, mais l'ordre instauré avait décidé qu'elle serait le sacrifice. Elle serait ce qu'on peut dévorer, la perte minimale. Cette métaphore sociale très propre n'aurait pas dû finir le lendemain écrasée au milieu de la cour.

Mais voilà que la réalité de la violence se rappelait au monde commun. Le sang éclaboussé devait nourrir la foule qui en demandait tellement la veille. Alors bien sûr, ils se sont alignés les uns derrière les autres, expliquant à quel point ils ne comprenaient pas, que c'était la fille la plus gentille du monde, sans aucun doute un ange.

La vérité, c'est que tout ange qu'elle était, elle n'avait pas d'aile. Et c'est peut-être ça les démons, juste des anges qui ont voulu atteindre le paradis et se sont brisés parce qu'ils n'avaient pas d'aile. Je comprends alors qu'elle ait voulu quitter l'attraction terrestre, qu'elle se soit jetée en battant des bras, juste pour avoir le sentiment de voler quelques secondes.

Elle a affronté des forces cosmiques, l'ordre naturel des choses, et elle a perdu. Toute puissante que soit notre croyance, Newton et sa pomme sont plus forts. Et le fait de viser le ciel n'est que la démonstration perfide qu'on ne l'a pas encore compris. Peut-être parce qu'on est une proie, ou peut-être parce qu'on est qu'un humain qui se veut ange.

Et je sais le bruit que fait un ange qui tombe et se brise le corps quand on lui a retiré ses ailes...

Pourquoi je n'ai pas pleuré ? Je ne le savais pas. Je n'étais pas heureux non plus. J'étais éteint, comme une lampe sans énergie. Je sentais simplement que je respirais, et que ma musique tournait en boucle. Qui j'étais n'avait plus d'importance, je n'étais qu'un grand vide traversé par de la musique, de la batterie, et une voix qui criait amen.

Je ne priais pas, j'écoutais un cri. Les paroles et les mots s'enfilaient posément comme si la scène n'avait été qu'une illustration des paroles du chanteur. Je voyais tous ceux qui avaient ri la veille se mettre à pleurer, déclarer que c'était injuste. Et que devais-je dire ? Qu'ils étaient hypocrites ? Le son ne sortait pas de ma bouche, il restait étouffé par le vide qui me composait.

Je les voyais si misérable, et je comprenais peu à peu ce que ça signifiait. Pourquoi, après autant de siècles, on continuait de voir des gens s'agenouiller devant la représentation d'un type sur une croix. Ce type n'était pas le fils de Dieu, et quand bien même il l'aurait été, on l'avait tué simplement pour l'avoir dit. Des gens depuis se sentent toujours coupables, et c'était peut-être ça qu'il voulait.

Le problème, c'est que deux mille ans plus tard, rien n'a changé. On en appellera demain à la mort de quelqu'un d'autre. Parce que le monde se divise en deux catégories, hein...Ceux qui mangent et ceux qui sont mangés ! Et personne n'a envie d'être mangé, alors à table les enfants. La chair fraîche était là, juste devant les cris, en train d'être emballée, prête à l'emploi. Mais personne n'a sorti un service à thé, des couverts, une serviette. Personne n'a dressé la table. Personne pour simplement dire « ceci est sa chair, prenez, ceci est son sang. »

Juste des cris, des pleurs, des pourquoi, et moi. Moi qui restais debout, que la jambe commençait à tirer, et qui regardais ce tableau affreux en me rendant compte que tout ça n'avait aucun sens. Est-ce qu'elle voulait saigner pour tout le monde, comme ça ? Est-ce qu'elle voulait s'offrir en sacrifice comme la proie qu'elle se devait d'être ? Est-ce qu'elle voulait finalement juste fuir la Terre et ceux qui y vivaient ? Est-ce qu'elle voulait faire un bras d'honneur à Newton et à la loi cosmique ?

La seule chose qui m'importait, c'était Hozier suppliant qu'on l'amène à l'église pour y être sacrifié pour ses péchés.

Je pense que je me suis rendu compte seulement deux heures après que mon appareil avait consommé toute sa batterie que la musique s'était enfin arrêtée.

Mais je suis resté là, on a bien tenté de m'évacuer, mais j'ai joué du coude pour qu'on me laisse tranquille. Là, comme ça, vide et sans musique. J'ai vu les gens être éloignés, vite. J'ai vu le lycée se vider, mais plus personne n'est venu pour moi. J'ai vu la nuit tomber, sans bouger. J'ai vu l'homme de ménage venir, renifler et s'essuyer le visage tandis qu'il jetait un seau et effaçait toutes les marques de cette vie laissée là.

C'est l'être le plus sincère que j'ai vu ce jour-là dans ce lieu précis. Une tristesse pragmatique, quelque chose d'essentiel à la compréhension de ce qui se déroulait devant mes yeux. Il n'y que quand il s'est approché pour m'annoncer qu'il fallait qu'il ferme les lieux que je suis enfin rentré. J'ai marché longtemps sans regarder le ciel. Il ne devait sans doute pas être aussi obscur que la vraie nuit : la lumière de la ville illumine la nuit quand les immeubles assombrissent le jour.

Tout ça me donnait l'impression d'être dans un dôme immense, découpé de la réalité physique de l'univers lui-même... Toujours en train de lutter contre tout, mais Newton reste le plus fort, et tout ce qui monte finit par redescendre. Et je préférais ça. Je préférais cette science pragmatique et froide, à cette illusion de chaleur de la croyance. Ces croyances qui faisaient de l'acte que j'avais vu un péché mortel.

Se donner la mort est un péché mortel... Je commençais à comprendre, doucement, en retraçant chaque fil. La vie était remplie de verres de venin qu'on faisait boire aux gens. Elle était morte pas parce qu'elle l'avait voulu, mais parce que quelque part, il y avait toujours eu cette foule face à elle, lui hurlant de sauter. Et pendant qu'ensuite les gens pleuraient et hurlaient, l'ordre du monde se résolvait et chacun buvait un verre de venin en attendant le suivant.

Et moi, vide, sans musique, je ne faisais que me souvenir. Me souvenir de ces sentences froides et terribles qui tombaient comme des anges. Nous sommes toujours coupables, toujours bourreaux, et toujours victimes. Et nous marcherons avec l'assemblée, condamnerons ceux qui peuvent l'être, et nous les exécuterons sur la place publique, à grand renforts de hourra et sans la moindre hésitation. Certains s'en voudront, pleureront face à la mort, mais d'autre ne pourront s'empêcher de dire tant mieux.

Parce que je me souviens. Je me souviens de la sentence, prononcée la veille, de cette condamnation de la foule. Un élève, un seul, appuya ce fait, et sa blague en fit rire beaucoup dans la rangée, beaucoup sauf une.

« Vous savez qu'on nous donne notre bac si quelqu'un se suicide. Y aurait pas un volontaire ? Pas même toi ? »

Alors voilà pourquoi je fais voler la table aujourd'hui. Voilà pourquoi les hurlements de Mamie ne m'émeuvent pas, pourquoi la colère de Papa me passe au dessus, pourquoi je pourrais presque rire de Tonton qui s'étouffe avec son verre, et de Maman qui voit les miettes de son rhum-raisin-caramel qui recouvrent le sol.

Voilà pourquoi je saisis ma chaise pour l'envoyer planer contre cette télé trop forte, espérant que ce battement d'aile de papillon vienne faire trembler l'ouragan qui viendra frapper la tête de ce politicien.

Voilà pourquoi mon hurlement, retenu dans mon corps, s'extirpe en rendant douloureux chaque centimètre de mon intérieur. Il sort, s'arrache, comme le rythme salvateur d'une musique dont j'avais oublié la mélodie. J'ai toujours un souffle, j'ai toujours une voix, et elle surgit de mes tripes comme si je vomissais mes organes.

Ce cri est primal, violent. Il bloque ceux qui me regardent. Il les terrifie comme si je ne devais pas réagir, que je ne le devais plus. Ça faisait des années que j'étais comme eux, à l'abri et au chaud à contempler le monde par la lucarne d'un quotidien bien rangé. Je ne dois pas me révolter, je dois me contenter d'avoir une larme, ou de pleurer un bon coup.

Mais la larme de l'éléphant ne touche pas la gazelle. Et si l'éléphant, au lieu de pleurer, venait attraper la lionne, lui faisait quitter le sol pour un tour de manège, avant de l'étaler loin, si loin que la gazelle pourrait s'enfuir sans aucun risque, ce ne serait pas plus efficace ? Alors je hurle, pas d'horreur, ni de tristesse, mais de colère.

La colère liée à la frustration, à la rage d'avoir observé sans rien dire, et pire encore que d'avoir ri, qu'on m'en veuille de ne pas avoir pleuré.

J'ai brisé tout ce qui était à ma portée, les murs, les meubles, les vases, les cadres, sans jamais cesser de hurler. Ce n'était pas la frustration de quelques jours qui parlait, mais celle de toute une vie, toute une vie à observer les jugements, les condamnations, et finalement ce monde qui t'explique que tu ne peux qu'être prédateur ou proie, que tu ne peux pas faire autre chose que de pleurer, ou d'avoir une colère polie.

Quand tout autour de moi il n'y avait que du vide, des morceaux brisés du foyer rétro-moderne du parfait petit adulte occidentale, j'ai regardé. Ma famille me voyait comme un monstre. Tonton se disait sûrement que c'était à cause des jeux vidéos. Papa se disait que c'était les profs qui m'avaient monté la tête. Maman se disait qu'elle aurait du prendre rendez-vous avec un médecin pour voir si je n'étais pas troublé, et Mamie... Mamie ne faisait que regarder ces vieilles idoles et se dire que décidément, on avait été trop laxiste avec moi.

Mais c'était eux les responsables. Eux qui m'avaient appris que je devais être un gagnant à tout prix. Que si je perdais, je ne pourrais pas me relever. Que si je n'avais pas mon bac, je finirais avec les proies. Que si je voulais m'envoler, il fallait le faire en prenant appui sur les cadavres des autres, c'est comme ça que le monde fonctionne. Qu'on mange mieux à la table des puissants, car là on est sûr de ne pas y être mangé.

Sauf que non. Le monde ne fonctionne pas comme ça. Le monde se contente de tourner et d'approcher à lui la matière. Le monde ne fait qu'exercer la gravité dans l'écosystème, il ne pleure pas, ni pour les anges, ni pour les démons, ni pour les desserts rhum-raisin-caramel qui finissent tous par recouvrir le sol.

Le monde s'en branle de ce que peuvent bien faire ceux qui l'habitent, et heureusement, sinon ça fait longtemps qu'il aurait arrêté de tourner.

Je suis parti, j'ai à peine eu le temps de prendre mes affaires et je n'ai ni fermé la porte ni emporté mes clefs. Le retour à la case départ n'était pas envisageable, même pour vingt milles francs. J'ai simplement passé le portail et je me suis enfui vers la rue. Vers la rue puis une autre, encore une autre, encore... J'évitais les voitures sans m'arrêter, je les entendais klaxonner, piler juste devant moi. Mais je continuais à courir, éternellement seul face à la mort, juste seul face au monde.

Face à mes parents trop choqués pour tenter de comprendre. Face à mes camarades trop cons pour voir. Face à ce système trop sale pour protéger. Face à moi pour n'avoir ni pleuré ni gémi, n'avoir même pas esquissé une once de peine quand la lionne approchait la gazelle... Et surtout, surtout pour n'avoir rien fait avant, quand il l'aurait fallu.

Et je sais ce que fait le bruit d'un corps qui se brise sur le sol après une chute de trois étages, car je l'ai entendu toute ma vie. Ce son, c'est celui de toute les personnes adultes qui se lèvent pour aller travailler, pour aller pointer au chômage. De chaque enfant qui doit apprendre la valeur monétaire des objets, que le père noël n'existe pas, qu'il y a une limite au bonheur.

Chaque jour nous nous extirpons de notre lit, nous luttons contre l'attraction terrestre pour nous relever, et c'est une chose tellement dure qu'on finit par vieillir penchés, habitués à courber l'échine. Et la société nous façonne ainsi, on doit rester debout, droit, tant qu'elle a besoin de nous, pour mieux finir plié entre quatre planches pour prendre moins de places.

Tout n'est qu'une histoire de gravité, de relativité restreinte et générale. La relativité de nos vies et d'un ensemble de celles des autres. Le monde ne se divise pas en deux catégories, il n'y en a qu'une seule et elle ne fait que tomber. Nous ne connaissons que la chute car c'est notre fin à tous, même les oiseaux tombent ou se posent. Chaque chose qui monte finit par redescendre, et la Terre rappelle tout à elle.

Alors je cours contre ça. Je cours contre cet absolu et chaque pas en avant me fait sentir la lourdeur de mon propre corps face à cet infini. Je me dresse face au vent, et je me dresse face à la gravité. Je crie encore, jusqu'à que ma propre voix s'étouffe, et que mes jambes n'aient plus la force de me faire continuer, de me faire simplement avancer.

Mais je reste debout, je ne tomberai pas. Je battrai des bras s'il le faut. Je n'irai pas pointer à Pôle Emploi, je n'irai pas voter, je n'irai pas passer mon bac, je ne me lèverai pas parce qu'on me l'ordonne, mais parce que j'en aurai envie ! Je ne serai pas ce qu'on attend de moi, bordel. Je serai moi.

Je ne mangerai pas mes congénères, et je ne serai pas mangé par eux. Je ne rentrerai pas dans ce système artificiel et cannibale, et finalement je ne grandirai pas pour faire plaisir à ceux qui de toute manière s'en foutent.

Je porterai des pyjamas de super-héros. J'écouterai la musique que je veux. Je n'irai pas à l'église, je ne prierai pas, je ne me marierai pas, je n'aurai pas d'enfant. Je jouerai des nuits entières aux jeux vidéos, et je ne tuerai personne à cause de ça. Je ne prendrai pas les règles parce qu'elles sont mieux pour la société, je les prendrai parce qu'elles sont mieux pour moi.

Je serai le premier et les autres suivront, car on est bien plus nombreux que ce qu'ils croient à en avoir assez. Le monde tournera encore si je fais ça, et je serai heureux, sans barrière, car le monde n'a pas besoin de moi pour tourner, et je peux tourner sans le monde.

Je peux marcher.

Je peux courir.

Encore un peu, juste un petit peu. Juste pour me sentir humain... Juste pour me sentir moi encore quelques instants. Le pied se lève, je le vois s'affaisser lourdement, mais il me supporte toujours. Je lève son miroir, et je m'élance à nouveau, en avant, toute voile dehors. Encore un pas et puis un autre, et je me remets à courir !

Je pense qu'il pleut, mon visage est trempé. C'est peut-être ma sueur, mais ça donne une sensation étrange. Je sens chaque élément en moi, mais finalement mon moteur primordial c'est le feu, je ne suis qu'une boule de feu qui avance et consume tout.

Soudain je me sens plus léger. Je me sens quitter le sol, mes pieds ne balaient que du vide. J'ai réussi ? J'ai quitté cette putain d'attraction, cette putain de gravité ? Je suis en apesanteur sur notre propre planète ! Il me suffisait d'y croire, de frapper du pied pour décoller. Je suis une boule de feu qui s'élève vers le ciel !

Je vois une lumière intense, et je sens mon corps être parcouru par un courant électrique de puissance. Je suis un super-héros ! Mais j'ai un étrange goût liquide dans la bouche. Pourtant je vole, là, maintenant, l'espace d'un instant qui me semble infini.

Mais tout objet qui monte finit par redescendre. Je sens le sol contre ma joue. Le jour et la nuit se confondent, j'ai volé. Deux infimes secondes, mais j'ai quitté le sol et j'ai réussi à me libérer de tout, et maintenant je sais.

Je sais le son que fait un corps qui se prend une voiture lancée à 75 km/h. Ce son je l'entends très bien, là, car il vient de moi.

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L
D'une telle beauté ! Quel talent *love*
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