Personnage de comics que je ne connaissais absolument pas (avant qu'il apparaisse dans X-men Origins : Wolverine, mais j'y reviendrai), deadpool en film solo était un projet qui tenait à coeur de Ryan Reynolds depuis des années, mais que la Fox jugeait absolument casse-gueule, pour diverses raisons (notamment d'images). Avec une fausse fuite très bien pensée il y a un an, la Fox décide de donner un budget minimum à l'équipe pour qu'elle arrête de lui coller aux basques façon bichon maltais en chaleur.
Donc, un tournage expédié en un an, avec post-production, et tout l'barda, pour une sortie février 2016 (soit une période dites de "creux"). Un projet ultra marketé, ultra brancardé, avec une multiplication partout de lien vers l'anus, le cul, ou les testiboules de Ryan Reynolds moulé dans son costume rouge. Et pour quel résultat ?
On attaque !
1/ Le tueur de piscine
Wade Wilson est un mercenaire, apparemment, qui bosse comme homme à tout faire dans une agence (qui fait plus des actions d'utilité public). Lors d'une visite au bar, il tombe sur Morena Baccarin et décide de jouer à mettre les balles dans le trou. Et comme ça plait à notre charmante amie, voilà qu'ils se revoient à chaque fête pour faire des bisous câlins thématique (mention spéciale à la journée de la femme)
Mais Wade Wilson n'a pas de chance, il se tape un cancer métastasé sur tout les organes vitaux, dans une scène étrangement tragique (mais j'y reviendrai). Voilà qu'ils perdent tout espoir quand un étrange G-man vient voir Wade, lui proposant de le soigner dans un centre spécial. Ce faisant, par amour, Wade tente le tout pour le tout.
Sauf que ce centre, contrôlé par Francis Ajax (un vilain) est là pour éveiller les gênes mutants, et voilà t'y pas qu'ils ont l'intention de faire de Wade un esclave contrôlé. Mais il se rebelle, fait tout cramer (après que sa peau ait subit un contre-coup des effets de la mutation) et décide de péter des gueules pour retrouver Ajax et son beau visage.
Voilà donc qu'il prend comme nom Deadpool; un super costume pour passer inaperçu, et va jouer du katana et des pisto-flingues pour tuer les méchants vilains pas beaux, qui en plus capturent sa copine (l'a pas de bol, pool)
Deadpool va donc tout faire péter en prenant des poses épiques, etc etc, sauver la madame et le monde, et les bisounours.
2/ Cheap, c'est cool
Le film a été fait par bout de ficelle, et avec un budget à faire rire un cadre de Disney, mais putain ce que c'est cool. D'abord, ça permet à Tim Miller (dont c'est le premier vrai long-métrage) de tourner tout à Toronto, qui a ce côté gris urbain et en même temps sauvage qui colle parfaitement à son personnage.
La séquence d'ouverture dans le taxi est aussi merveilleuse, avec un côté film d'auteur particulièrement savoureux (la scène de la fenêtre avec le fait de l'ouvrir et la fermer, c'est con mais c'est une des meilleures idées du film). Le fait de montrer les moments qui sont normalement des ellipses, avec le côté ennuyeux de la situation d'être dans un taxi, c'est un truc que j'avais pas vu depuis spiderman (et la merveilleuse scène de l’ascenseur dans spiderman 2, une des meilleurs du genre, big up sam)
Malgré le budget ric rac (ils sont pas non plus aux assedics hein) ils parviennent à avoir des combats bien rythmés et sympas. (oui j'ai trouvé les choré sympas)
Les scènes se retrouvent certes amputés par le budget de certaines situations "cocasses", et il est dommage notamment que le 4e mur n'ait pas de vrais intérêts
exemple typique : "j'ai oublié d'éteindre le gaz ? Attendez, je regarde" le film recule, on voit bien qu'il a oublié, fin de séquence il revient chez "lui" en train de bruler "ah oui, merde." Et hop on explique pourquoi il va vivre chez une vieille aveugle.
Les destructions de 4e mur sont systématiquement là pour raconter le film (à part deux trois vannes) et n'influent en rien sur la situation. On se retrouve donc à une voix off classique, et on arrive au gros problème du film.
3/ non mais non
Il y a de très nombreuses erreurs, non pas dans le film en lui-même, mais dans ce que les gens en disent (oui, un peu comme star wars VII). Si des quidams, c'est compréhensible, de la part des gens sensé travailler dans le cinéma, c'est plus problématique.
J'ai lu partout que deadpool (le personnage du film, et le film en lui-même) cassait tout les codes du genre, était subversif, un anti-héros... Etc etc...
Alors, c'est faux, totalement, absolument, et Deadpool est le pur produit des codes du MCU (Marvel Cinematics Universe) et on va reprendre ça dans l'ordre suivant : il n'est pas un anti-héros, il n'est pas subversif, et finalement il respecte tout les codes du genre.
Quand je vois, dans le film, pourquoi il est un anti-héros, on me le résume à différentes choses : il tue des gens avec un katana (ce qui apparemment ne fait pas de lui un héros) et achève Ajax d'une balle dans la trogne. Ok... Admettons. Mais en quoi ça le rend différent des autres héros marvel, qui achèvent tous leur méchant, et passe leur flm à les zigouiller par paquet de 40 ?
Iron man 1, 2 et 3, captain america 1 et 2, thor 2 (ce qui sauve loki officiellement c'est que c'est le frangin de thothor, officieusement parce que tom hiddleston est la caution sexe), ant-man, les gardiens de la galaxie... Dans tout les films marvel universe, c'est une hécatombe de mecs qui crèvent à coup de balles dans la nuque et autre tarte en titanes.
Alors je sais ce qu'on va me dire : "mais, c'est pas pareil, c'est tous des méchants !"
Donc, quel "gentil" Deadpool tue dans le film ? Même le pervers du début survie parce que "bah, c'est pas un méchant bougre". Et dans les films produit par la fox, le constat est semblable, seul Spiderman fait figure d'exception, ne tuant aucun méchant (ils meurent plus sans son intervention, où de leur faute. Il choisit même dans une scène merveilleuse de pardonner à l'homme-sable dans le trop mésestimé spiderman 3).
Donc, il n'y a qu'un héros aux films Marvel, c'est Spiderman (de sam raimi hein). Et tout les autres sont des anti-héros ? Ça change un peu la donne non ?
Je passerai sur le fait que deadpool ne tue pas ses anciens amis, même chez les méchants, et qu'il est mit en scène de manière ultra héroïque (musique badass, tout ça).
4/ Mais en fait, c'est quoi un anti-héros ?
Un anti-héros, c'est un personnage dont les codes ne correspondent pas aux canons attendus d'une œuvre DANS SON CONTEXTE. Ainsi, un anti-héros actuelle pourrait être vu, selon le contexte appliqué, comme un total héros. On va prendre deux exemple classiques :
Un justicier dans la ville, avec Charles Bronson : Dans ce film, Paul Kersey est un type gentil, de gauche (oui oui) dont la femme et la fille se retrouve violées et battues à mort. Paul, après une série de rencontre, décide de se faire justice lui-même en devenant un vigilantes. Si le film est subversif, ce n'est pas tant par son héros que par son propos, et son propos peut être interprété très facilement comme un pamphlet anti-américain.
Les Etats-Unis sont vus comme un lieu obscur, au passé enragé du Western encore présent dans ses veines. et qui broient les hommes qui n'ont d'autres choix que de recourir à la violence pour survivre. Le film montre même combien le monde n'a pas évolué en un siècle, et combien le western est toujours ancré dans chaque individu. Constat d'échec d'un monde à la dérive, Paul Kersey est un anti-héros parce qu'il n'est pas surentrainé, et qu'il dénonce et démonte des codes faisant des amériques un rêve ultime (et qui sera contredit des années plus tard par les héros "Reaganiens" classiques.)
L'autre exemple est dans the Big Lebowsky des frères Coen. Le film est vu comme un film noir, genre dont les codes sont connus et ultra précis (ambiance rétro, enquête "policière", femme fatal), et dans tout ça, au lieu du personnage de détective privée, beau, rasé de prêt, en costume cravate, on a quoi ?
The Dude (intraduisible, se rapprochant de "tocard"), chômeur de longue durée, en peignoir, short et tong, cheveux longs et barbes et joint au coin du bec. Ce mec se fait balloté par les événements comme un vulgaire sac, avant de se rebeller et de prouver qu'il est loin d'être le con du mois. Mais la force de the Dude, c'est d'être autant dans son genre cinématographique que dans notre monde quelqu'un qui ne rentre absolument pas dans les codes du héros.
Comme on l'a vu plus haut, Deadpool lui n'est pas différent des codes en vigueur dans son genre, ne se contentant même pas d'une vengeance typique mais allant jusqu'à chercher sa belle dans une dernier élan d'honneur.
5/ "on a cassé toutes les règles"
Dixit Paul Wirnick, qui n'a jamais du voir une adaptation de comics de toute sa vie... Ce monsieur est le scénariste du film, et si je peux comprendre qu'on veuille toujours voir son travail comme révolutionnaire, faut peut-être pas poussé mémé dans les orties avec l'eau du bain. Même en prenant point par point, Deadpool ne révolutionne rien du tout.
Un mec avec le corps/visage ravagé qui dégomme des vilains (responsable de la défiguration) à l'arme blanche en se planquant derrière un masque : V pour Vendetta.
Un concours de trash vulgos avec des pétarades sanguinolentes : Kick-ass
Une histoire d'amour qui motive le héros à tout risquer et finalement un combat final dans des ruines où il sauve la belle avec grand renfort d'explosions : TOUT les putains de films des années 80 à aujourd'hui
Ce n'est pas parce que le personnage rajoute du fuck et des trucs cradingues que ça en fait un film révolutionnaire, même Postal est plus trash. Et qu'est-ce que c'est gentil finalement, pas de torture, pas de boyaux envoyés contre l'écran, pas d'un bain de sang. Flanders company arrive à être plus trash et violent que Deadpool.
Et ce n'est pas un concours hein, mais c'est comme ça que le film se vend, et ça me pose un soucis parce qu'on fait croire à quelque chose d'inédit quand Matthew Vaughn fait ça dans quasiment chacun de ses films. L'ultra-violence par ordinateur et les scènes de sexe toutes propres (on ne voit rien hein) c'est tout ce qu'il y a de plus classiques dans le cinéma.
Et, il est important de le préciser, ça ne me dérange pas. Deadpool n'est pas un mauvais film, c'est un film relativement bon, drôle, avec pas mal d'idées savoureuses, mais il est ultra convenu. J'ai bien aimé deadpool, mais je n'aime pas qu'on le mette en pinacle sulfureux quand il n'est qu'un produit ultra-marketté pour geek fan de Postal d'Uwe Boll. Et c'est triste, parce qu'à vouloir jouer les rebelles, j'ai plus l'impression de voir un ado qui aurait écrit un film pour faire rougir les autres ados et faire crier au scandale trois vieilles mamies cathos coincées.
6/Bilan
Le produit Deadpool reste un film sincère et porté par une équipe qui veut vraiment bien faire, ce que je n'ai pas vu depuis très longtemps au cinéma dans le genre du comics (typiquement, le dernier remonte à X-men Origins : Wolverine). Peut-être que le succès leur donnera carte blanche, et qu'ils pourront vraiment tenter des trucs innovants, en attendant le film reste un bon divertissement.
Pure produit de son époque, il a du mal à se faire une place dans un monde où un dessin animé pour "enfant" déjanté comme south park va largement plus loin, et où kick-ass explose le box-office à deux reprises. Ni irrévérencieux, ni subversif, il se contente d'une vulgarité qui n'est pas déplaisante et qui est loin d'être aussi horrible que ce qu'on en dit. Pas loin d'un pétard mouillé, il est rattrapé par l'amour sincère qu'on ressent (et qui est rare) des membres du projet pour un film et un personnage qui sans une bonne dose de courage ne serait jamais sorti de l'ombre, reste à voir si ça a de l'intérêt qu'il sorte ou si au contraire ça ne deviendrait qu'une énième franchise insipide et pompe à fric.
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On se retrouve vite pour Spotlight !!
