J'entends parler, depuis plusieurs années, de génération Y. Et depuis plusieurs années, j'ai envie d'écrire dessus. Sauf que des fois, certaines choses se font en quelques heures, et des fois, il faut une suite d'événements, violent, pour me rappeler à quel point, putain, je suis en colère. En colère, vraiment, beaucoup, souvent. et sur des sujets variés hein. Des sujets sur lesquels normalement je devrai pas être en colère, sur lequel je devrai passer l'éponge, mais voilà, colère, parfois teinté de tristesse, parfois d'incompréhension, mais colère.
Alors je voulais en parler, d'abord parce que ce blog sert aussi à ça, et aussi parce qu'il arrive un moment, un moment X, ou l'on se dit que si ça se trouve, ce qui nous révolte, touche d'autres gens. Peut-être sommes-nous nombreux à être choqué par tout ça, peut-être suis-je le seul ? Mais faut-il que la colère soit partagée pour être légitime ?
"Les jeunes votent de plus en plus pour le FN"
Non, non ducon-la-bite-en-fleur les jeunes votent pas de plus en plus pour le FN. Les jeunes qui VOTENT, se retrouvent peut-être plus dans les statistiques du FN. La majorité des jeunes, ils ne veulent pas voter, ne votent pas, et ceux qui le font sont pour la plupart désabusés. Alors oui, y a toujours du Jean-marie-j'me-kiffe en costume dior dans les jeunesses socialistes pour distribuer tes tracts, et toujours de l'inculte teubé qui vote FN (j'avoue, le Jean-marie-j'me-kiffe s'exporte à l'Ump et au FN)
Et comment le contredire ? On parle de Macron qui remet en cause les 35 heures ? Taubira utilisée comme faire-valoir d'un gouvernement à qui on fait traiter les dossiers dangereux et qu'on abandonne devant les requins ? On parle de Ségolène Royal à l'écologie qui ne réagit pas quand des chasseurs prennent en otage un directeur de parc, et que le préfet cède à leurs exigences ? On parle de ces ouvriers abandonnés à de la prison ferme pour avoir tenter de lutter ? A Manuel Valls qui explique qu'une chemise arrachée est plus violent que des centaines, des milliers de postes fermés ?
On parle de ce gouvernement de gauche, dont l'ennemi est l'entreprise, et que le Médef félicite ? On parle de cette jeunesse qui étaient la priorité de Hollande, lui qui donne du nous pour la jeunesse mais dont son seul exemple de pré-grabataire est Emmanuel Macron ? Et il a pondu quoi ? Il a aidé quoi ? Le service civique ?
Lui qui invite les jeunes à s'engager dans ses voeux 2016. S'engager hein, en citant David Bowie dans ses voeux, lui qui chantait "we can be heroes"... Ah ça, citer c'est simple, sur le nom des morts encore plus. Plus dur de savoir que Bowie chantait un couple qu'il voyait chaque matin s'embrasser devant le mur de berlin.
Et je vous le dis, je vous le rappelle, la politique de communication post-attentat qui parlait de recrutement de l'armée de terre, comme une baffe cynique et atroce nous imposant de faire rempart de nos corps pour protéger les leurs. Qui sont morts dans les vagues d'attentat ? Des artistes, des jeunes, des policiers, des gens du commun. Des politiques ? Des énarques ?
Facile alors de jouer à Bernard Henry-Levy, sur le front-mais-pas-trop-près -des-balles parce que oh, j'ai une chemise blanche et bobonne doit la repasser. Je refuse que mon sang coule, la moindre goutte, pour eux. Et c'est ce qu'ils nous demandent, que ce soit au travail, à la guerre, dans la rue, on doit juste être bon à manger, avancer, et crever.
"On Vaut Mieux Que Ça !"
mouvement citoyen posté et initié par des vidéastes du net, le but est de simplement faire une liste, une liste de tout ces moments gênants où nos employeurs, nos politiques, les gens qui nous entourent nous ont trainé dans la boue. Pourquoi, parce que pour le gouvernement veut simplement pouvoir se féliciter de faire bien n'importe quoi.
Alors oui, j'en ai des exemples, des tas, et j'ai même pas encore 25 ans :
service civique, la réalité :
Entre 24 et 35h par semaine, à boucher le cul de l'éducation nationale, assurer des cours, ouvrir un CDI, te faire engueuler par la documentaliste parce que tu n'as pas le droit, te faire engueuler par le proviseur parce qu'il te laisse pas le choix, se retrouver à répondre à des question ultra polémique "et pourquoi on parle plus de la Shoah que de l'esclavage ?" à des étudiants de lycée technique à qui j'ai fais faire du Roméo et Juliette. Finalement, l'état m'expliquera que tout ça n'est pas du travail, mais au mieux un bénévolat, j'ai été payé en dessous du smic (mais c'est une indemnité, normal) cela pour permettre, normalement, de faciliter les démarches d'emploi. La preuve, je n'arrive pas à être au niveau d'un autre pion.
Aujourd'hui, j'ai raté un boulot d'assistant d'éducation. En terme pur de compétence, comparativement à mon service civique, j'aurai eu moins de responsabilité, pour une meilleure paye. Mais je n'avais pas, apparemment, assez d'expérience.
Quand on te dit qu'il te faut de l'expérience, partout où tu vas, mais que tu n'en auras jamais si on ne te laisse pas ta chance
Quand même à Mcdo ils te disent qu'avoir été en fac d'arts, c'est un point négatif, et que finalement venez comme vous êtes, mais surtout pas bosser
Quand le seul salaire de la maison, c'est ta fiancée, et que tu flippes parce qu'un jour, elle pourrait se dire que ce serait beaucoup plus simple sans toi
Quand on te dit qu'on sait mieux que toi ce qui est bon pour ton futur, alors que le mec qui te dit ça n'en a plus vraiment.
Quand on te brise, qu'on t'humilie, à te demander de faire des lettres pour expliquer combien tu vas vivre et mourir pour l'entreprise,
Quand l'espoir de pas mourir de faim, ou avoir des huissiers à ta porte, dépend du fait de mettre d'autres personnes face à ce dilemme
Quand on te demande toujours de tout justifier, tout le temps, et que ce n'est jamais suffisant,
Quand on te dit que tu ferais mieux de te mettre auto-entrepreneur, parce que la précarité c'est le mieux
Quand on prête l'oreille, mais qu'en fait on se fout totalement de ce que tu dis
Quand on se dit républicain, humaniste, mais que la république n'est qu'un mot, et l'humain qu'un chiffre.
Alors oui, tu as le droit d'être en colère, ici, aujourd'hui, demain, et tout le temps. La vie n'est pas figée, elle ne l'est que parce qu'on l'accepte et qu'on nous force à l'accepter. On vaut mieux que ça, on vaut mieux que ce qu'on veut nous faire subir, des stages précaires en emploi déguisé, des RSA à condition qui ne sont même pas suffisant pour vivre.
Oui, vous, moi, on vaut mieux que ça.
