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L'Homme en Noir

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instants de chroniques pour du temps à perdre !


Humanotopie

Publié par Nicolas Koredly sur 19 Février 2016, 08:16am

Humanotopie

J'avoue, j'avais commencé une critique sur Arlo, qui sortira plus tard, MAIS la portée du film qu'on va traiter ici est beaucoup plus intéressant et pourrait notamment servir de prologue/comparaison avec zootopie, car le but affiché d'intro est quasiment semblable, ressortir un contenu "inhumain" comme parabole de notre société.

Mais si Arlo et ses aventures prennent le pas d'un simple changement de caractère, Zootopie secoue la base et permet bêtement de sortir une d’œuvre mélangeant tellement d'hommage à la culture populaire, et de messages politique qu'on a plus l'impression d'être devant un Pixar que devant un héritier de la maison mère... Et si justement la révolution venait de là ?

On attaque !

1/ La fable du Renard et de Lapine

Les plus cultivés d'entre vous savent déjà le principe, affiché, de la fable. Prendre des animaux pour représenter des humains, en caricaturant leur nature par ce que nous projetons de caractéristiques aux animaux (lion = fort = roi, renard = malin). Mais là où les anciennes productions de disney présenter des animaux totalement humain, qui évoluaient dans un univers conçu pour nous, et ne se préoccuper qu'un aspect de design, Zootopie va bien plus dans un sens Darwinien.

Ainsi, le film présente l'évolution "concrète" bien que fantasmé d'animaux travaillant les uns pour les autres, et s'adaptant aux nécessités de chacun dans une mégapole "zootopie" concentrant à elle seule 4 zones (tempérée, aride, gelée, et tropicale) s'adaptant aux espèces en place.

Et nous entrons dans cette ville en nous la présentant par les yeux de la Lapine Judy Hopps, jeune lieutenante de police, premier Lapin à entrer dans ce service. Appartenant déjà à la catégorie des Proies (les herbivores) elle est de plus petite et jugée à cause de ça comme inutile face aux dangers de la ville et est reléguée aux amendes.

Elle rencontre pendant ses pérégrinations un Renard, Nick Wilde, dont elle se méfie en premier lieu, les renards ayant une très mauvaise réputation même parmi les Prédateurs (carnivores), notamment parce qu'ils forment les plus faibles d'entre eux, et usent d'une ruse pour parvenir à leur fin.

Ils vont travailler ensemble pour résoudre une affaire de disparition de mammifères qui se retrouvent être des Prédateurs. Forcément les choses ne vont pas bien se passer, mais les choses les plus intéressantes ne sont pas en lien avec l'histoire.

Je vais donc spoiler à partir de là

2/ Sortez du carcan

Oui, vous avez bien lu. A l'heure où disney studio produit des films Marvel qui te mettent en avant l'ingérence, des films star wars te faisant craindre le côté obscur qui touche notre pauvre jeunesse et la rend fanatique et tueuse de papa, Disney animation (donc la maison originelle, celle avec mickey) semble prendre une toute autre voie.

Le film commence en présentant une pièce de théâtre qui explique l'évolution des espèces pour cohabiter pacifiquement, qui termine sur Judy présentant notamment à ses parents son souhait de devenir policière. Bien sûr ses parents lui expliquent bien que "alors les rêves c'est bien, les oublier c'est mieux. Regarde ta mère et moi, on a fait beaucoup d'effort pour se conformer à la norme." Le départ est donc clair, conforme toi s'il te plait à ce qu'on attend de toi.

Ce qu'on attend de toi, c'est la place qu'on projette selon ta nature, et ÇA c'est important dans le film. Car il choisit bien de nous présenter les animaux comme des projections de nous-mêmes, et à cause d'un traumatisme d'enfant, Judy se méfie des renards, ersatz de la violence des prédateurs. Mais elle n'est pas la seule, car la société aussi en fait des pestiférés indigne de confiance.

L'héroïne est donc, elle aussi, pleine de préjugée (c'est démontré merveilleusement lors d'une séquence où ils croient avoir résolu l'affaire), et finalement c'est tout les prédateurs qui seront mis au banc de la société à cause de leur héritage violent. Si pour le coup, la génétique est bien à prendre en compte (un carnivore mange de la viande, généralement celle des herbivores), là le propos est systématiquement désamorcé pour évoquer bien davantge.

Ainsi ils ne sont pas appelés carnivores, mais prédateurs. Cette différenciation fonctionne ici, d'abord parce qu'elle fait de ce zootopie un monde de végétariens, mais aussi parce que malgré ce statut de tous copains, le prédateur devient celui capable de devenir le sauvage, le danger ultime.

Ça vous rappelle rien ?

3/ Ne vous fiez pas aux apparences

D'abord, il est intéressant de noter que l'aventure se concentre sur une flic qui fait des délits de faciès. Et il est intéressant de voir ce moment merveilleux où elle va dire que les prédateurs, à cause de la "maladie" qui touche la ville, représentent tous un danger. Si elle le fait "gentiment", ça provoque une mini révolution où les "Proies" demandent à dégager tout les prédateurs, dangers potentiels, à la frontière.

Parce que c'est vrai, salauds de types potentiellement dangereux, avec des ceintures de dynamite, et l'envie de venir nous égorger dans nos lits...

Et oui, Zootopie comme le Pont des Espions parlent beaucoup de notre époque, et le message est d'autant plus clair qu'il met des situations particulièrement intéressante en parallèle. D'abord, on notera que si on change, via les Etat-Unis, le mot prédateur par "noir", toutes les situations prennent une autre tournure (notamment la phrase du maire, lion, rappelant qu'il est lui-même un prédateur et ne peut pas créer la panique le concernant.)

L'autre intérêt est dans la méchante, qui se révèle vite une "proie" qui veut justement mener ses semblables vers une révolution pour foutre dehors tout les dangers potentiels. Pour pas encore voir le parallèle, il faut se crever les yeux là. L'idée est donc bien la manipulation des idées, et la peur pour quelques cas de faire une généralité.

Ce que Zootopie montre, c'est aussi que ces généralités sont à la portée de n'importe qui, même les plus gentils des lapins mignons. Il est aussi intéressant de voir le panel ultra complet de personnages qu'on nous propose (le guépard homosexuel, qu'on relègue au sous-sol pendant la crise parce qu'on préfère éviter de montrer cette image aux gens qui viennent).

Le fait de présenter tout ça sous des atours d'animaux permet d'en parler aux enfants, et donc de ne pas faire de message politique de face, surtout quand on voit comment pourraient le prendre certains trump actuellement en courses pour les élections (on a les nôtres hein). Mais le film ne se contente pas de jouer dans la court du discours politique subversif, car il a bien plus que deux niveaux de lectures.

4/ brulot politique et satyrique violent

Zootopie ne se contente pas de faire de la fable gentillette mais va bien plus loin en tapant dans la fourmilière grâce à des caractérisations particulièrement savoureuses. Ainsi les petites phrases pour faire mouche sont légions, et vont dans plusieurs directions souvent pour parler aux plus grands.

Voir l'adjointe au maire déclarer par exemple qu'elle doit sans doute son poste à la volonté du maire d'avoir "le vote des moutons" laisse un sourire apparaître, notamment pour tout ce qu'il rejoint dans le film.

De la même manière, quand le maire à la fin déclare "Ais-je fait du mal ? Oui. Mais c'était pour faire le bien." dans un discours ultra policé typiquement lié aux politiques aux infos, au public de juger la "sincérité" du discours.

L'autre exemple, bien connu, est celui de l'administration géré par des paresseux. Jusqu'à la fin du film, ce parallèle purement américain répond à la notion bureaucratique de gestion des permis, mais qui en France pourrait parfaitement s'appliquer pour la plupart des bâtiments, qui subissent des coupes de budget et se retrouvent souvent surcharger au point de devenir semblable aux maisons de fous d'Asterix.

Difficile donc de ne pas voir un récit complet et dense, tant dans la trame que dans les propos avec ce Zootopie, et le pire, c'est que ce n'est pas finit.

5/ Les mondes de Lasseter

Parler de Zootopie, et de Disney animation, sans mentionner l'actuelle tête d'affiche des deux studios (ou directeur artistique) ne serait pas rendre justice au principal atout de ce zootopie. Oui Zootopie est un film disney, mais tout comme son grand frère "Wreck it Ralph" il porte une touche de cet absurde Pixarien, et tout ça ça vient d'un monsieur, John Lasseter.

Ce monsieur est l'antithèse de ses deux "collègues" Kathleen Kennedy gérant lucasfilm (et flirtant sur la bourse et twitter pour la rédaction des films) et Kevin Feige (monsieur marvel, qui met des mots dans une machine à laver et fait ses scénars comme ça). La particularité de monsieur Lasseter est déjà d'avoir été viré par Disney il fut un temps. (1981)

Et depuis, Lasseter s'est fait racheté avec son équipe de geek made in apple de chez pixar au prix d'un lucasfilm quasiment. Mais ils se sont pas contentés de le racheter, ils ont laissé monsieur Toy Story prendre la main d'un studio d'animation qui commençait peu à peu à dériver et à perdre des parts de marchés.

Vinrent donc la princesse et la grenouille, Raiponce, Wreck it Ralph, La reine des neiges, etc etc. Bref, des films qui sonnent de plus en plus comme des bulles d'air, ou des moyens de vendre des robes tout en tentant de casser certains codes.

Là, il est difficile de ne pas voir sa patte, notamment avec les pins zootopie qui rappelle étrangement les pins de Tomorowland, petit signe amical à Brad Bird, frère spirituel et révolté de Lasseter, dont je pense qu'ils ont été des inspirations communes pour la vision architectural de leurs univers.

On peut aussi noter la référence plus qu'évidente au monde de la drogue, avec un hommage tout particulier à la méthamphétamine de la série Breaking Bad (et des fois que ce soit pas évident, on te cite dans la même scène Walter et Jesse comme personnages présent). Lasseter est sans doute très présent dans ce film, et offre une vision qui je pense lui tient à cœur redonnant tout son sens au mot Fable.

6/ Bilan

Zootopie est une excellente surprise, bien plus intelligent et fort que ce que les Bandes-annonces promettaient. Il s'agit sans doute du film à voir de cet hiver, avec un message qui comme pour le pont des espions commencent à devenir de plus en plus anticonformiste. Car oui, juger au-delà des apparences, voir la critique de nos comportements extériorisés par l'animation d'animaux permet d'offrir, tout comme dans tomorrowland, un message moins renfermé que la majorité des productions actuelles.

La subversion vient donc de ce refus d'aller dans le sens de la vague, de présenter des personnages dont les erreurs touchent nos peurs actuelles, et finalement font le parallèle parfait entre cette utopie rêvée, et notre monde désespéré et fatigué. Loin d'être aussi vulgaire que deadpool, ou aussi bon public que star wars, je conseille ce film, cette satyre sociale et humaine qui peut toucher, et doit toucher, le plus large public.

Et puis bon, y a Shakira qui va donner des envies Fury à certains :D

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