Prologue : Une brave petite ville
Tout commença dans le Nord de l’Angleterre, région que l’on désigne comme mystérieuse parce que les banquiers et médecins de Londres ne désirent pas s’y rendre. Pourtant, il arrive que l'herbe verte et les vallées cachent des choses bien étrange, et c'est là ce que nous allons observer.
Rejoindre Locktown était loin d'être difficile, il suffisait de prendre une calèche en partant de bon matin de Newcastle, d'aller en direction des monts Cheviot, pour arriver à la tomber de la nuit aux abords de la forêt bordant la ville. Là, vous auriez eu le loisir de rencontrer plusieurs personnages particulièrement intéressant.
Parlons tout d’abord de Old Granny, qui était à l’époque disons-le, l’exemple typique de la parfaite anglaise. Tant qu’elle le put; elle se chargea d’entretenir son gazon elle-même, et passée soixante ans elle s’employa à amener tous les jeunes hommes à s’en charger. Elle prenait son thé à heure fixe, car telle était la tradition et Old Granny n’était pas femme qui échappait à la tradition. Elle avait deux grandes fiertés. La première était d’avoir survécu à trois maris, ce qui n’était pas rien avouons-le. La seconde, dont elle était le plus contente, était sa collection de couvre-chef. Collection composée modestement de cent cinquante-sept pièces aux couleurs bariolées, toutes faites sur mesure, et dans les matériaux les plus nobles : plumes, fourrures, tweed, soie, écailles, laines, tout ce qui avaient pu un jour passé entre ses doigts. A chaque occasion son chapeau, et à chaque chapeau son occasion.
Nous pourrions aussi évoquer Miss Tenenbaum, l’institutrice. Véritable éminence grise, elle était charmante autant que pouvait l’être la seule représentante de la raison scientifique dans cette vieille terre, où tout respirait le mythe. Elle pouvait passionner tout son auditoire, par ses lectures favorites notamment. Celles-ci regroupaient notamment Etudes de la nutrition du mouton en automne et La critique de la raison éphémère qui constituaient ses livres de chevets.
Puis, il y avait Mister Bottle. Ce descendant d’Ecossais à l’allure dégingandée passait pour un infréquentable. Un de ces individus dont la paresse à entretenir sa pelouse n’était rien comparée à son inénarrable manque de savoir-vivre, qui lui faisait donner du salut en lieu et place de bonne journée. Il avait, disait-on, un emploi d’assistant notarial du comté, et ne pourrait jamais décrocher de contrat d’associé, pour la simple et bonne raison qu’il jurait à voix haute et sans aucune retenue.
La ville était géré par le Maire, Mr Kettle, homme rougeaud et sûr de lui, qui travaillait sans relâche à améliorer le quotidien de ses administrés, en passant ses journées à discuter avec eux pendant leurs tâches quotidiennes.
L’une des autres personnalités était Miss Snappy, qui dirigeait l’orphelinat. Elle était douce, autant que l’on pouvait l’attendre d’une personne de cette époque. Sans être maltraitante, elle n’hésitait pas à enfermer les petits chenapans dans le placard, afin de ne pas avoir à utiliser des méthodes moins conventionnelles. Chacun de ses orphelins se devait donc d’effectuer diverses tâches et montrer leur utilité au sein de Locktown, et pouvait être adopté pour la modique somme de 3 shilings.
L'on pourrait bien entendu s'interroger de la présence d'un orphelinat à Locktown. Il s'avérait qu'aussi petite que soit la ville, la nature sauvage reprenait souvent ses droits. Il se racontait, chez les habitants les plus crédules, que ceux qui se baladaient dans la forêt passait une certaine heure ne revenait pas. Des promeneurs aux gens de passages, il était vrai que bon nombres de familles avaient subit des accidents tragiques dans les années précédentes.
C'était d'ailleurs ce qui était arrivée à la jeune fille qui allait nous intéresser à présent : Mary D. Sterling. La jeune fille n'avait pas encore atteint onze ans qu'elle avait déjà un regard dur et un comportement tout aussi rude. Dotée d'une crinière de cheveux noirs et d'un visage poupon, beaucoup la voyant pour la première fois la jugeait sans nulle doute charmante.
Elle restait néanmoins habituée aux fugues, et tous finissaient par admettre que sa sauvagerie l’empêcherait d’être un jour adopté par une de ces bonnes familles, qui à l’occasion passait par la ville. Aussi elle vieillissait dans les couloirs de l'orphelinat, repoussant sans cesse les limites et désireuse plus que tout d'obtenir sa liberté.
Il y avait encore bien d’autres personnages étranges qui restaient là, dans cette petite bourgade du Nord de l’Angleterre. Du postier qui chaque jour déclarait qu’il sentait venir la pluie (ce qui avouons-le n’avait que rarement d’occasion d’échouer dans ses pronostics) ou encore cet étrange bonhomme qui répondait au nom d’Edgar Melcrown qui sortait rarement de chez lui et dont on disait qu’il habitait avec un énorme chien sombre.
Mais il ne serait pas vraiment intéressant de parler de toute la population, nous n'aurions guère le temps, et leurs existences ne seraient guère chambouler comme celle de Mary. Non, ce qu'il fallait dés à présent, c'était parler d’une bien étrange invitation, venant d’un individu bien plus étrange encore.
L'automne n'était même pas encore entamé, et le temps s'était refroidi depuis plusieurs semaines, quand chaque habitant de Locktown reçut un courrier. Les lettres ne mentionnaient aucune adresse, et avaient été distribué en une nuit dans chaque boite aux lettres de la ville. Le postier affirma aujourd'hui qu'il n'était en rien responsable de cette distribution, et pesta pendant plusieurs heures auprès du Maire qu'il ne fallait pas prendre ainsi son travail, et qu'en temps que postier il était seul habilité à distribuer des lettres.
Mary, comme chacun, avait son propre exemplaire, qu'elle ouvrit avec soin, se calant dans un coin tranquille. Le papier était froissé, un peu humide, on avait l'impression qu'il avait bravé une dizaine de tempêtes pour arriver jusque là. Pourtant l'encre était intact et l'écriture lisible, raffinée, à l'exception d'une tache étrange en bas de la lettre.
Aux très braves habitants de Loketown
Nous avons l’honneur de vous annoncer l’arrivée prochaine dans votre merveilleuse bourgade du plus illustre des magiciens de notre bien aimée terre de Grande-Bretagne.
En effet, vous êtes invités à venir assister au plus formidable des spectacles de Magie dans deux soirs, à la sortie Sud de la ville
Le spectacle sera bien entendu entièrement gratuit et nous vous conseillons d’y amener toute votre famille.
Bien à vous,
L. Howard, sous la dictée de Mister N.K., Lord du Nowhereshire, Mage de Grande-Bretagne.
Tous les habitants eurent bien sûr un avis fort tranché sur chaque centimètre de la lettre reçue. De cette tache qui évoquait un étrange oiseau sur chaque lettres, dont certains voyaient un corbeau et donc une macabre plaisanterie, et ou d’autres voyaient une hirondelle de Namibie.
Bien sûr, beaucoup critiquèrent la bêtise du terme, la pauvreté du style, le fait qu’il n’y avait jamais eu à leur connaissance de Comté du nom de Nowhereshire et encore moins de Mage de Grande-Bretagne, et la majorité de reprocher la faute au nom de leur ville, qui était, tous de même, digne d’un analphabète.
Et encore une fois, bon nombre de gens, Old Granny en tête désapprouvaient de se rendre à un tel spectacle. Certains comme Mister Bottle s’étonnait de cette donnée approximative qu’était la sortie Sud de la ville, car il suffisait de se renseigner pour savoir qu'il s'agissait du bout de High street, et qu'elle portait le nom depuis deux siècles. Que les terrains appartiennent chacun à des propriétaires bien sous tous rapport rajoutaient à la confusion, car ceux-là assuraient ne pas avoir connaissance de l’arrivée d’un quelconque saltimbanque d’ici deux jours.
D’autre, comme Miss Tenenbaum s’évertuait à dire que ces soit-disant magicien n’était que de vulgaires illusionnistes et qu’il s’agissait sans doute d’un farceur audacieux. Ce Mister N.K. serait sûrement incapable de réussir à dissimuler une carte sous sa manche face à ses yeux de lynx.
Miss Snappy désirait emmenait les enfants à ce spectacle, car malgré la désapprobation générale cela permettrait de sortir les orphelins et donc de ne pas avoir à trouver une activité pour la soirée. Généralement, ils récitaient des passages de la bible, mais plusieurs générations d’orphelins avaient eu raison de la foi de leur gardienne.
Le pasteur Dimwit lui ne faisait que se plaindre que la soirée en question serait le samedi précédant son habituel sermon d'automne, et qu’il risquait d’avoir peu de monde concentré à son prêche pour l'équinoxe d'automne. Ça ne changerait certes pas de d’habitude, mais tout le monde se gardait bien de le lui dire à voix haute.
Enfin, Mary elle n’attendait pas grand-chose de l’événement. Les grandes personnes ayant déjà toutes un avis plus ou moins tranché sur la question, elle ne désirait pas rajouter au bruit incessant de leurs pensées. Elle se contentait de regarder le monde extérieur par la fenêtre de l’orphelinat, et de se dire que si intéressant que pourrait être le magicien, il ferait comme tous les étrangers et quitterait la ville sitôt la représentation terminée.
Car personne de sain d’esprit ne restait à Locktown, et Mary se voyait comme quelqu’un de relativement saine d’esprit. Aussi cherchait-elle depuis plusieurs semaines une solution pour partir, et ce de manière définitive. Quelque chose dans l’extérieur l’avait toujours appelé, une sensation intangible et forte.
Aussi, et après avoir compris qu’aussi critique que serait la foule, elle se rendrait dans l’intégralité au spectacle, Mary se dit qu’il faudrait sans doute profiter de l’événement pour s’éclipser. Elle avait tenter de quitter l'orphelinat trois fois, et elle n'avait atteint la forêt qu'une seule fois. Les bois étaient relativement dégagés la journée, mais quand la nuit tombait chaque arbre prenait une forme terrifiante.
Elle était donc revenue, toute penaude, vers la ville. Miss Snappy avait déclarée que c'était la dernière fugue qu'elle tolérait, et qu'il était hors de question que quiconque la recherche si elle venait à renouveler sa fuite. Elle l'avait aussi menacé de l'envoyer comme servante dans un pensionnat de jeune fille, si son caractère ne s'améliorait pas drastiquement.
Cette fuite avait eu lieu il y a plus de six mois, et elle n'avait fini ses corvées de punition que depuis deux semaines. Ces taches, qui passaient de l'entretien des sols à la vaisselle lui avait permit de rassembler plusieurs objets dans le but d'accomplir une fuite plus organisée.
Ainsi elle prépara au fil du temps un petit sac, dans lequel elle plaça de manière minutieuse une gourde, des biscuits secs et du pain, une boussole qu’elle avait subtilisée à Miss Tenenbaum.
Mais il manquait un dernier élément, nécessaire à une fuite efficace. Mary savait où trouvait une petite lanterne, le problème était d'atteindre les lieux en toute discrétion.
S'introduire dans le bureau de Miss Snappy était loin d'être facile. L'orphelinat était une battisse rudimentaire, avec trois étages, dont deux pour les dortoirs communs, et un rez-de-chaussée consacré à une unique salle de cours, des appartements de Miss Snappy, de l'accueil et bien sur de son bureau.
Pour que la disparition de l'objet ne soit découvert qu'après sa disparition, elle devait s'en emparer le jour de la représentation.
